VII – Ces dates qui marquent tout expatrié

Le charmant Aamo Élias. Photo C. K.
CARNET DE BORD
Christian KAMEL | OLJ18/10/2019

Pour l’expatrié que je fus, certaines dates ont une grande importance. Toutes les personnes qui ont, un jour, quitté leur pays le comprendront. Un 18 octobre peut être banal pour certains, mais pour moi et les miens, c’est une date capitale, un moment essentiel. Car c’est un 18 octobre, il y a plus de trente ans maintenant, que nous avons fait nos adieux au Liban dans un déchirement qui, avec les années, s’est transformé en blessure (plus ou moins) bien cicatrisée. Pour les uns, ce départ devient un lointain souvenir, pour les autres, il refait surface au gré du temps qui passe et des moments de vie particuliers où, crise existentielle oblige, on se pose des questions, et où l’envie du retour, de combler ce vide, ou tout simplement une envie de dépoussiérer cette nostalgie dont nous avons héritée, finit par nous rattraper.

Ces dates représentent aussi toutes ces occasions ratées ; les jours heureux et tristes que l’on n’a pas pu partager avec la famille restée au pays, ces deuils que l’on a dû vivre loin, ces moments de bonheur dont nous étions absents. Tous ces rendez-vous manqués ont creusé la distance avec les nôtres restés au Liban – et vice versa avec la vie que l’on s’est construite dans nos pays d’adoption.

Mais trêve de nostalgie ! Ce retour au Liban, après des années aux États-Unis et au Canada en ce qui me concerne, que l’on vit aujourd’hui est aussi pour nous synonyme de découverte. La chance de se retrouver et d’emprunter les routes du pays, de (re)découvrir les coins oubliés, d’aller à la rencontre de ces belles expériences locales, et surtout de ces personnages qui forgent l’identité et l’âme du Liban, ou du moins de ce Liban qu’on aime. Et des personnages, nous en avons ici, ceux qu’on chérit et qui sont au cœur d’un Liban qui fait rêver, et les autres, qu’on voudrait tant voir disparaître !  Faites évoluer votre abonnement et profitez maintenant d’un accès illimité aux contenus réservés aux abonnés PremiumPlus de détails

Le week-end dernier, dans notre quête hebdomadaire de fuite de la pollution urbaine, nous avons pris la route des fermes de Taanayel. Nous avons profité de la promenade pour faire un arrêt dans une fameuse laiterie qui a un atout que ses concurrents n’ont pas : Aamo Élias, comme l’appellent les habitués. Un de ces personnages particulièrement attachants, une belle âme qui nous rappelle les caractéristiques qui ont toujours forgé l’identité du peuple libanais, sa spécificité et son charme : l’accueil, l’hospitalité, la joie de vivre, pour ne nommer que ceux-là. Un sandwich de ariché au miel dévoré rapidement, et nous voilà « calorifiés » pour le reste de la journée !

La visite de Taanayel fut à la hauteur de nos attentes. Une belle découverte, et surtout un terrain de jeux, un espace de liberté où un enfant peut courir à sa guise, participer à des activités extérieures en toute sécurité, et tout simplement se promener dans la nature le temps de se dépenser un peu, puis de mériter une petite sieste. À peine les yeux du petit fermés, les parents que nous sommes en profitons pour filer vers de célèbres vignobles de la région, après avoir confortablement installé notre fils dans sa poussette, le temps de nous offrir une parenthèse de détente et de dégustation ! Là aussi, nous avons rencontré une belle équipe motivée et passionnée qui a rendu notre virée encore plus agréable. Preuve, s’il le fallait encore, que lorsqu’on s’y met, au Liban, on peut atteindre un niveau international.

Ce carnet de bord est le récit, partagé une fois par semaine, du retour de Christian Kamel, son épouse et leur fils au Liban. Alors qu’ils sont si nombreux à vouloir quitter le pays du Cèdre, un émigré fait le chemin inverse. Parce que ce pays, qu’il a quitté enfant, est aussi le sien.

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