Une forêt urbaine près du fleuve de Beyrouth

Photo aérienne, dans la région du fleuve de Beyrouth. DR×

ENVIRONNEMENT

Beirut RiverLess est un projet développé par un cabinet d’architectes, The Other Dada. L’initiative vise à remédier à la détérioration de la rivière et à son impact négatif sur les collectivités locales et l’environnement.Aline LAFOY | OLJ07/08/20190

En mai dernier, le cabinet d’architectes The Other Dada et Afforest ont planté plus de 1 200 arbres de 16 espèces indigènes libanaises à Sin el-Fil et dans un cimetière près du Bois de Pins de Beyrouth. Afforest est une entreprise indienne qui réimplante des forêts dans le monde entier. Pour réintroduire des arbres dans l’espace urbain, les deux partenaires utilisent la technique Miyawaki. Cela permet de créer des forêts avec une grande biodiversité, absorbant le bruit et la pollution efficacement et poussant dix fois plus vite qu’une forêt artificielle. Adib Dada, fondateur du cabinet qui porte son nom, en explique le fonctionnement. « Cette technique permet de créer des forêts dans des espaces réduits. Des espaces d’une grande densité : 4 arbres par mètre carré. Nous nous sommes rendus dans la vallée du fleuve de Beyrouth avec des spécialistes pour étudier quels arbres endémiques existaient au Liban, pour les réintroduire dans la ville, explique-t-il. Après deux ou trois ans d’entretien, plus besoin de la moindre intervention, la forêt devient autosuffisante ». Le premier site accueillant la forêt urbaine se trouve à Sin el-Fil, sur la rive du fleuve de Beyrouth. Une quinzaine de volontaires ont ranimé un espace de 200 m² dans le cadre d’un atelier de travail. Le directeur de The Other Dada a souhaité transmettre le projet aux bénévoles pour qu’ils entreprennent à leur tour des initiatives pour protéger l’environnement. Le deuxième site se trouve près du Bois de Pins de Beyrouth, dans le cimetière, où 100m² d’arbres ont été plantés le long de la clôture et aux abords des tombes, avec l’accord des familles, certes. M. Dada déclare « ne pas être intervenu sur la rivière elle-même, car c’est un projet à la fois grand et politique ». « On peut toutefois intervenir autour de la rivière pour replanter des écosystèmes », note-t-il.

L’année où la rivière est morte…

Le projet a commencé en avril 2013. Il porte le nom de Beirut RiverLess. Le déclic pour Adib Dada a été la lecture d’un article de L’Orient-le-Jour qui évoquait un appel à projets pour installer des panneaux solaires sur le fleuve. « Ce qui m’a beaucoup gêné, c’est qu’ils utilisaient l’énergie renouvelable aux dépens de notre rivière », regrette-t-il. Si l’énergie renouvelable lui tient à cœur, et qu’il l’utilise dans ses projets, il considère que « cet emplacement est mauvais ».  Faites évoluer votre abonnement et profitez maintenant d’un accès illimité aux contenus réservés aux abonnés PremiumPlus de détails

C’est en 1968 que le gouvernement a décidé de bétonner les rives du fleuve. « Pour moi, c’est l’année où la rivière est morte, car elle cesse de faire partie d’un écosystème. Elle est détournée de son lit pour être enfermée dans du béton. Et elle devient une autoroute pour les déchets », confie le directeur. Pendant la crise des déchets de 2015, des tonnes des déchets ont été jetés dans le fleuve de Beyrouth. Aujourd’hui encore, des usines de textiles et les municipalités y déversent leurs déchets et eaux usées. Adib Dada dresse un portrait alarmant des lieux : « Au Liban, on a le taux de cancer le plus haut de la région. En termes d’espace vert, on est à 0,8 m² par personne au lieu de la norme qui est de 9m². Et à Beyrouth, 100 % des eaux sont polluées. »

Avec l’aide de SUGI, une application de crowdfunding pour renaturaliser les villes, The Other Dada tente de sensibiliser les habitants de Beyrouth à la sauvegarde de l’environnement. Ils vont à la rencontre des habitants de Bourj Hammoud et des municipalités environnantes pour renouer avec cette espace communautaire qu’était le fleuve. « Nous avons une responsabilité en tant que citoyens et compagnie qui travaille dans cette région. La rivière de Beyrouth est un emblème pour montrer ce qui ne va pas dans la capitale », conclut Adib Dada.

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