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Sous la plume de Levon Nordiguian, le Metn dévoile ses pépites

Sous la plume de Levon Nordiguian, le Metn dévoile ses pépites

LA DERNIÈRE

HÉRITAGE

Publié par les Presses de l’Université Saint-Joseph, « Patrimoine archéologique et architectural du Metn » déploie aux yeux du lecteur certains des trésors méconnus de la région.May MAKAREM | OLJ11/02/2020

Pour s’échapper un moment loin de la réalité et de la situation dramatique dans laquelle est englué le pays, quoi de mieux que d’emprunter ces machines à remonter le temps que sont les beaux ouvrages abondamment illustrés. Levon Nordiguian, directeur de la photothèque de la Bibliothèque orientale de l’Université Saint-Joseph et fondateur du musée de Préhistoire libanaise, nous en offre un sous le titre : Patrimoine archéologique et architectural du Metn.

Fenêtre à mandaloun de la maison Haddad à Beit Méry.


























Illustré de près de 200 photos, dont des clichés datant du début des années 1900 empruntés à la Bibliothèque orientale de l’USJ et d’autres de la seconde moitié des années 1800 issues de la collection de Fouad Debbas au musée Sursock, l’ouvrage raconte en textes, images et photos, un certain nombre de sites qui jalonnent le paysage du Metn, comme Qanater Zbeidé, Deir el-Qalaa, haut lieu de la colonie de Béryte, Salima et le faste des palais Abillama, les églises rurales, les habitations traditionnelles, l’ermitage et refuge fortifié de Daychounié et de Chîr Raheb (connu aussi sous le nom de Zahiriyé), les magnaneries ou encore les ponts ottomans d’Arsoun.

Maison Bachaalani à Salima. Saccagée durant la guerre civile de 1975, elle vient de subir une restauration abusive, selon Levon Nordiguian.

Le livre n’est pas un inventaire des monuments du Metn. L’auteur a laissé de côté Mtein, Bickfaya, Baskinta et autres bourgs qui recèlent des bâtiments historiques importants. « Nous n’avons pas cherché à être exhaustifs ; les monuments présentés dans cet ouvrage sont un choix personnel », souligne l’auteur Levon Nordiguian, qui ajoute que « le lecteur pardonnera à l’archéologue que je suis d’avoir favorisé des monuments appartenant à un lointain passé alors qu’il existe aussi une architecture datant de l’époque du mandat et d’époques plus récentes qui mériterait une étude particulière ».

Qanater Zbeidé, un des grands ponts du monde romain

Le site de Deir el-Qalaa, à Beit Méry, sans doute le monument historique le plus ancien de la région, n’est plus à présenter. Les joyaux d’architecture des palais Abillama à Salima avaient fait l’objet d’une étude par l’historienne Ray Jabre en collaboration avec Levon Nordiguian. Le sujet le moins traité reste l’aqueduc romain de Qanater Zbeidé qui alimentait en eau la colonie de Béryte, la plaine de Chiyah, et s’écoulait au niveau de l’église Mar Mikhaël, de Furn el-Chebback et du Palais de justice. Beaucoup de gens ignorent qu’il s’agit là d’un des plus hauts aqueducs de l’époque romaine. Nordiguian révèle en effet que le fameux pont aqueduc du Gard, en France, qui surplombe le paysage à 49 mètres de hauteur, est considéré comme le plus haut du monde romain. En comparaison, celui de Qanater Zbeidé se dresse à 42 mètres au-dessus du niveau de la rivière. « Il devrait à ce titre figurer sur la liste des plus grands ponts de cette époque », écrit l’auteur.

Situé entre les collines de Mkallès et Fayadiyé, ce pont à trois niveaux d’arches en pierre de taille s’étendait sur 220 mètres de long. Aujourd’hui, il n’en reste que quelques vestiges spectaculaires du premier et deuxième niveau, ainsi qu’un fragment du troisième.

Les travaux de débroussaillage et de dégagements des abords immédiats entrepris en 1995 ont révélé que l’aqueduc était conçu pour porter deux canaux. Un seul a été repéré à quelques centaines de mètres à l’amont de la source de Daychouniyé où se faisait le captage d’eau. Des portions de ce canal de plusieurs kilomètres sont conservées, particulièrement dans sa partie souterraine, dite Specus. Elle a été creusée dans la falaise, où une galerie de pilotage de deux mètres de haut, couverte de dalles de pierres disposées en bâtière, a été aménagée. À intervalles réguliers, le canal communique avec un replat de la falaise à travers 13 puits d’aération ou cheminées d’environ dix mètres de haut. Celles-ci sont couvertes d’un tronçon de voûte en berceau destiné à protéger le canal des chutes de pierres provenant des pentes supérieures. Les fouilles préventives menées à l’occasion de la construction d’immeubles en contrebas de Fayadiyé ont d’autre part révélé que ce canal débouchait autrefois au niveau du rond-point de Hazmieh. En raison de son environnement qui s’urbanise, la situation de ce site est malheureusement très critique et mérite une protection spéciale.

Une chambre de tir dans une église

L’église Saint-Georges à Baabdate couronnée d’une rangée de merlons





















Dans un autre chapitre intitulé « Des églises rurales sans ostentation », l’édifice Saint-Georges à Baabdate est présenté comme « une des plus belles réalisations d’architecture religieuse ». Construite en 1740, l’église a un schéma classique d’une nef à deux travées dont les voûtes d’arêtes retombaient sur de puissants piliers ; ainsi que des colonnettes jumelées portant l’arc absidal. « Elle est cependant parmi les rares églises dotées d’une abside semi-circulaire inscrite dans un chevet droit », précise Levon Nordiguian. En plus, le bâtiment se singularise par la rangée de merlons qui le couronnent, qu’on retrouve aussi à Saint-Élie de Sfeilé et à Saydé de Baabdate. Fait rare toutefois : la présence de meurtrières et d’une niche cintrée servant de chambre de tir. L’auteur de l’ouvrage fait observer que « ce dispositif a été peut-être introduit tardivement à la suite des évènements communautaires qui ont secoué la région à partir de 1840 ». La façade est percée d’un oculus quadrilobé, encadré par des motifs de billettes typiques de l’architecture du XVIIIe siècle. À l’instar de nombreuses églises de l’époque, la porte présente 0,80 mètre de largeur et 1,38 m de hauteur, et ce, afin d’empêcher les cavaliers ottomans de pénétrer dans l’église avec leurs chevaux.

Le directeur de la photothèque de la Bibliothèque orientale indique également que la plupart des églises du Mont-Liban comportaient autrefois une cloison de moucharabieh qui séparait les femmes des hommes. À travers une petite ouverture aménagée dans cette cloison, les fidèles recevaient l’hostie du prêtre. Mar Youhanna de Salima est l’une des rares églises où cette cloison a été conservée. Démontée pendant la restauration de 2002, elle n’a toujours pas été remise à sa place.

Maison close et les ponts d’Arsoun

Le pont ottoman sur le vallon d’Arsoun.



















Des pages illustrées sont consacrées aux habitations traditionnelles bien préservées ou en ruines comme la maison Haddad, à Beit Méry, dont le « mandaloun (XVIIIe) est un des plus beaux spécimens du Metn ». L’auteur aborde également le sujet des magnaneries qui a engendré « des problèmes de moralité publique », comme il l’écrit. « Kerkhana pour filature finit par désigner aussi les maisons closes. Dans une circulaire, les évêques maronites de Beyrouth et de Chypre, qui avaient aussi la juridiction sur une partie du Metn, demandaient aux propriétaires des filatures de faire respecter une stricte séparation des sexes sur les lieux de travail et d’hébergement (…) et qu’il y ait pour chaque groupe une porte et des dortoirs spécifiques. »

C’était au XIXe siècle, l’âge d’or de la production de la soie grège dans la montagne libanaise. L’essor semble avoir contribué aussi au développement des voies de communications et à la construction des ponts pour permettre l’acheminement de la production vers le port de Beyrouth. Deux petits ponts jetés sur le Wadi Arsoun et datant de l’époque ottomane sont encore parfaitement conservés mais hors d’usage puisqu’ils ne peuvent pas être franchis par des voitures à quatre roues. L’un des ouvrages est situé en amont de la filature de Aïn Hamadé, l’autre en contrebas. Le premier a « une arche en plein cintre avec une flèche de 4,5 m de haut portant un tablier horizontal de 5,2 m de long et 2,5 m de large. Le second présente aussi une seule arche mais avec un tracé en dos d’âne, et se dresse à environ 5,7 m au-dessus des berges rocheuses ». Publié par les Presses de l’Université Saint-Joseph, l’ouvrage permet à ceux et à celles qui s’intéressent à l’histoire, et qui sont insatiables de nouvelles informations, de compléter leurs connaissances générales et leur curiosité sur le patrimoine.

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