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Saison de migration musicale au Liban-Nord

Saison de migration musicale au Liban-Nord

C’est à Tripoli, dans le quartier de Mina, qu’Alexandre Khouri fonde Rumman, un centre culturel pour accueillir les musiciens de la région et leur offrir un espace d’échanges et de créations, en partenariat avec l’ambassade de France et l’Institut français du Liban.

OLJ / Par Danny MALLAT, le 01 octobre 2021 à 00h04

Rumman, dans le quartier de Mina, propose des soirées conviviales et ouvertes à tous. Photo DR

Originaire de la ville de Tripoli dans le Liban-Nord, Alexandre Khouri a grandi en France et ne manquait jamais de revenir en famille passer ses vacances dans cette ville qu’il affectionne. À l’âge de 20 ans, il s’installe définitivement au Liban et décide de monter un projet social pour encourager la culture au sein de cette ville, soutenu par des collaborateurs motivés. L’Institut levantin de Tripoli voit alors le jour en 2016. Il a pour mission de mettre à la disposition des étudiants internationaux des cours en langue arabe et en langues étrangères, ainsi que des facilités au quotidien. Une entreprise sociale où les profits servent à financer des projets, comme un centre de langues pour réfugiés syriens afin de permettre aux écoliers d’intégrer sans grande difficulté des établissements scolaires et de pallier l’échec scolaire.

« À Tripoli, confie celui qui est aussi journaliste au service local de L’Orient-Le Jour, aucun projet de cette envergure n’avait encore émergé, la place était donc vacante et la ville offrait un environnement oriental plus propice à la pratique de la langue arabe pour les étudiants étrangers que Beyrouth. Avec la fermeture de la Syrie, où Damas constituait le centre principal d’enseignement, et la cherté de la vie à Amman (Jordanie), Tripoli se présentait comme une alternative intéressante. Avec le temps, la demande s’est accrue. Le projet social avait aussi pour but de réveiller l’attention à l’international. Lorsque nous avons lancé le projet en 2016, nous étions une petite poignée de gens qui avions pour but de faire bouger la ville. » Musicien de formation, Alexandre Khouri enseignait aux élèves de la région et a vite réalisé qu’aucune infrastructure n’était mise à leur disposition. « Il n’y avait pas de salles pour répéter ni pour se produire ou enseigner, dit-il. La dernière salle de répétition de Tripoli avait fermé ses portes en 2013 et aucun endroit équipé et insonorisé ne subsistait. On migrait de caves en restaurants pour organiser nos soirées Jam et c’est ainsi que Rumman, un espace pour la musique, a commencé à émerger. »

Pour abriter Rumman, une vieille demeure à Mina s’est présentée comme le lieu idéal dans ce quartier qui symbolise la fusion entre culture traditionnelle et moderne. Photo DR

Sous l’ombre bienveillante d’un grenadier
« À la suite de ma rencontre avec Emmanuel Khoury, directeur de l’Institut français de Tripoli, nous avons décidé de monter ensemble le projet qui sera placé sous l’égide financière, administrative et légale de l’Institut levantin. C’est le 21 juin, confie Alexandre Khouri, au moment de la fête de la Musique, que nous avons lancé le projet. L’équipe est composée d’un conseiller culturel, Mohammad Tannir, d’un conseiller technique et organisationnel, Germain Bassot, d’un coordinateur, Saadeh Katouh, et de moi-même, directeur de production. » Alexandre Khouri précise d’ailleurs que c’est la collaboration avec l’ambassade de France et l’Institut français du Liban « qui (leur) ont permis de mettre sur pied cet espace de rencontres, comme une nébuleuse pour encourager la musique live à Tripoli. » Une vieille demeure à Mina s’est présentée comme le lieu idéal dans ce quartier qui symbolise la fusion entre culture traditionnelle et moderne. Une salle de répétitions et une salle de cours sont mises en place. Les services sont gratuits et une petite cafétéria permet de fournir quelques rentrées financières au centre. Des musiciens, des groupes se croisent, Rumman les aide à créer un réseau de connexion. « C’est un beau grenadier qui surplombe la place qui a donné son nom au lieu », indique le jeune homme.

Estimant que la relation de la ville de Tripoli avec la musique acoustique avait carrément disparu, Rumman a voulu redonner vie à cet art en créant des partenariats avec des cafés et des artistes. Le musicien entrepreneur partage avec fierté les différentes étapes du développement du projet. « La première phase qui a démarré en juillet dernier s’étalera jusqu’en décembre afin de créer du réseau et d’inciter les jeunes à venir pratiquer dans l’enceinte de Rumman pour construire des bases solides. La seconde étape serait de mettre en place une dynamique pour encourager la musique live en investissant les espaces publics et en développant une clientèle. » Malgré les obstacles auxquels il est confronté avec la situation économique actuelle, Alexandre Khouri reste très optimiste en espérant être bientôt autonome. « Nous réfléchissons à des événements plus larges avec une billetterie qui renflouera nos caisses pour faire vivre l’endroit par le spectacle. »

Rumman bénéficie aussi du soutien de Tri-pulley, une organisation qui aide des citadins de Tripoli et de Beyrouth à joindre les deux bouts, et qui paie une partie des salaires des trois employés du centre. Du funk au tarab classique, du jazz au rock et au métal, Rumman s’intéresse à toutes les musiques et exhibe une volonté inébranlable de redonner à Tripoli ce qu’elle a perdu, Beyrouth ayant drainé tous les artistes.

Les fruits de cette initiative ne tarderont d’ailleurs pas à voir le jour. Le 7 octobre, un groupe français, « Ko Shin Moon », se produira au Timmy’s, également dans le quartier de Mina. Un concert (entrée gratuite) qui s’annonce comme « le plus intéressant et le plus exotique » pour la ville de Tripoli.

Rumman – el-Mina – face Beit el-Nessim – Tripoli.

Rumman@levantinonline.com ou 70/970573.