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Quand mon identité confessionnelle m’est renvoyée à la figure

Quand mon identité confessionnelle m’est renvoyée à la figure






OLJ / Par Youssef MOUAWAD, le 18 février 2021 à 00h00

Sommes-nous sous Jamal pacha pour que la hiérarchie maronite doive se justifier devant une autorité d’occupation ? Sommes-nous si pitoyables pour nous désolidariser publiquement de notre frère en Christ, un prêtre qui a entonné un chant témoignant de l’humanité de notre liturgie syriaque ?

Et alors ?

Est-ce galvauder notre stabat mater (ana al-Um al-Hazina) que de le moduler aux funérailles d’un patriote? Et même si Lokman Slim n’a pas reçu le sacrement du baptême* ! Évidemment, il y aura toujours un histrion pour crier au scandale ou un cabotin pour accabler l’ecclésiastique qui a osé et pour appeler à le défroquer. N’en doutez pas, Caïphe est parmi nous, lui qui a déchiré ses vêtements d’un geste théâtral pour accabler Jésus devant le Sanhédrin. C’était un certain vendredi saint, quand le fils de Dieu fut renié par l’un des apôtres.

Or Maximilien Kolbe a déjà répondu à cette interrogation, pour le cas où il y aurait un flottement dans l’esprit des bien-pensants de notre communauté. À l’approche de la mort violente qui allait emporter ce franciscain polonais, il a fait chanter, à ceux qui partageaient son sort, des hymnes religieux de l’Église romaine. Voyant sa dernière heure venir dans un camp de concentration nazi, il ne lui serait pas venu à l’idée de vérifier si les condamnés étaient croyants, agnostiques ou athées. Dans sa vénération de Marie, il n’allait pas s’assurer s’ils étaient catholiques ou protestants, juifs ou luthériens, anabaptistes, calvinistes ou que sais-je ? Car il portait en lui le message de Paul de Tarse : « Il n’y a ni hommes ni femmes, ni juifs ni Grecs, ni hommes libres ni esclaves, vous êtes tous un en Jésus-Christ » (Galates, 3, 28).

Allons-nous capituler ?

Complaisance à l’égard des usurpateurs du pouvoir au plus haut niveau de la hiérarchie et collaboration avec l’ennemi ne sont qu’infamie. Quant à ce mythe de la résistance, il est l’alibi le plus odieux des chantages subis tout au long de notre histoire. Mon seul regret, c’est d’avoir à me rétracter au niveau de mon engagement citoyen, pour n’être plus qu’un chrétien assiégé. Le parti de l’étranger l’a emporté; il a ramené tout un chacun à son identité confessionnelle. En récusant le Liban libéral qui était une projection vers l’avenir, il nous a signifié une mise en demeure : inutile en cette génération de tenter le vivre-ensemble dans la tolérance bien comprise ou l’assimilation sur une base laïque. Car un régime proprement républicain ne saurait qu’exiger le divorce consommé entre le sacré et le profane.

Constat d’échec d’un projet de libération s’inspirant des Lumières ? Oui, malheureusement.

Détrompez-vous, cependant, ce constat n’implique pas capitulation.

Alors à ceux qui croient pouvoir nous grignoter, nous amadouer ou nous contourner, j’ai une réponse vintage. Elle est vieille de cent ans, mais elle est toujours d’actualité. C’est celle qu’a faite le patriarche Hoyek à Jamal pacha, et c’est la suivante : « De ce que nos ancêtres nous ont transmis, nous ne céderons sur rien ! »

*Nos pharisiens des réseaux sociaux, attachés qu’ils se disent à la stricte conformité et au respect de la liturgie, ont-ils oublié qu’il y a un baptême de sang (celui des martyrs) comme il y a le baptême de l’eau et de l’Esprit saint ?