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Quand l’artisanat vu par Akram Zaatari devient de l’art

Quand l’artisanat vu par Akram Zaatari devient de l’art

Abou Abdo posant devant la courtepointe réalisée pour Akram Zaatari. Photo A. Zaatari×

INSTALLATIONGilles Khoury | OLJ02/10/2019

Alors que la plupart des artistes invités à investir « La Vitrine » de la Beirut Art Residency ont, tour à tour et chacun à sa manière, pensé réinventer l’espace en allant à l’encontre de sa fonction première de vitrine, l’installation d’Akram Zaatari se démarque par son retour aux sources, et par la puissante simplicité de son propos. C’est que l’artiste a choisi de concevoir cette vitrine comme toute autre devanture de la rue Pasteur, dans l’objectif d’y présenter et promouvoir des biens commerciaux. Dans cette perspective, et pour monter « Photographic Currency », Akram Zaatari a été puiser l’inspiration de son œuvre dans la pratique des fabricants de courtepointes à Saïda. Au gré d’images glanées chez le photographe Hachem el-Madani, l’artiste découvre ces visages d’artisans qui, à la fin des années 50 et par fierté, avaient l’habitude de poser à côté de leurs œuvres en satin rose, vert et bleu dont les souks de Saïda étaient constellés. Chevillé à sa pratique artistique qui s’apparente à celle d’un archéologue du passé, Akram Zaatari présente ces images jaunies à des artisans œuvrant actuellement à Saïda, dont un certain Moustapha al-Kadi (Abou Abdo), qui reconnaît son père et son oncle sur l’une des photos. C’est d’ailleurs cette même photo que l’on retrouve à côté de la courtepointe tissée par Abou Abdo, qui trônera au cœur de La Vitrine jusqu’au 15 novembre.

« L’idée était pour moi de travailler avec une économie de petite échelle, exposer le travail de ces artisans au public et les connecter à un marché potentiel. Tout cela en partant d’indices trouvés sur une image », résume l’instigateur de « Photographic Currency ». Ainsi, éternellement fidèle à sa démarche qui se nourrit des archives, Akram Zaatari parvient non seulement à (re)faire exister un artisanat ancestral, à le marier à des technologies nouvelles, car les motifs de cet édredon ont été réalisés à partir de dessins imprimés en 3D, mais aussi et surtout à hisser une pratique mourante au rang d’art.

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