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Pour les chrétiens d’Iran, une tolérance à géométrie variable

Pour les chrétiens d’Iran, une tolérance à géométrie variable

 

ÉCLAIRAGE

Trois Azerbaïdjanais chrétiens et un Iranien converti au christianisme ont été condamnés il y a une dizaine de jours à 10 ans de prison pour « activités missionnaires » et « actions contre la sécurité nationale ».

19/07/2017
L’histoire se répète. Le 7 juillet, trois Azerbaïdjanais chrétiens, Eldar Gurbanov, Yusif Farhadov and Bahram Nasibov, et un Iranien converti au christianisme, Naser Navard Gol-Tapeh, ont été condamnés à 10 ans de prison pour « activités missionnaires » et « actions contre la sécurité nationale ». Ils avaient été arrêtés le 24 juin 2016 alors qu’ils assistaient aux fiançailles d’un ami commun à Téhéran. Si les trois Azerbaïdjanais ne purgeront leur peine que dans le cas où ils retourneraient en Iran, il en va autrement pour Naser Navard Gol-Tapeh, soumis à la loi iranienne.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle condamnation a lieu en Iran. En 2014 déjà, l’ONG Portes ouvertes estimait à au moins 75 le nombre de chrétiens condamnés pour prosélytisme.
En Iran, tous les chrétiens ne bénéficient pas du même statut. Présents dans le pays dès le IIe siècle comme en témoigne la construction des premières églises dans le nord de l’espace perse, les chrétiens d’Iran sont historiquement répartis entre l’Église arménienne d’Iran et l’Église d’Orient, composée de l’Église assyrienne et de l’Église chaldéenne. À cette mosaïque ethnico-religieuse, il faut ajouter les catholiques latins et les nombreuses Églises protestantes. Toutefois, seules les minorités religieuses implantées de longue date sont reconnues par la Constitution de 1979.
Basées sur la charia, les lois iraniennes confèrent à ces communautés le statut de dhimmis. À ce titre, les assyro-chaldéens peuvent élire un représentant au Majlis, le Parlement iranien, contre deux pour les Arméniens, et ces communautés jouissent d’une certaine liberté de culte et sont autorisées à boire de l’alcool. « Les limites, explique à L’Orient-Le Jour Clément Therme, chercheur à l’IISS de Londres (International Institute for Strategic Studies), étant le prosélytisme et l’apostasie, qui sont punis par la loi islamique. » Limites auxquelles il faut ajouter notamment l’interdiction de l’accès pour les chrétiens à certaines professions comme officier de l’armée ou magistrat, et celle pour un homme chrétien de se marier à une femme musulmane.
« Mais en Iran, il y a une tolérance sociale. À la différence de l’Irak et de l’Afghanistan, ou même de la Turquie, la situation est plus favorable. Il n’y a pas de crimes antichrétiens par exemple. La société est beaucoup plus ouverte sur la relation entre différentes communautés que la théocratie qui, par définition, est prosélyte », nuance le chercheur.
La question des convertis reste toutefois un sujet très sensible en Iran. Dans un entretien donné à L’Œuvre d’Orient en date du 22 janvier 2015, le père Humblot, au service de l’Église chaldéenne de Téhéran pendant plus de 40 ans avant d’être contraint de quitter l’Iran en 2010, affirme qu’« il y a eu une vague importante de convertis, principalement des jeunes, qui en ont assez d’un certain type d’islam qui leur est imposé ». Il estime leur nombre à plus de 300 000. Selon Clément Therme, « le prosélytisme des Églises dérange dans la théocratie iranienne, où le chiisme est le socle commun de la société. Ces arrestations, qui concernent en majorité des protestants, montrent la peur de perdre le contrôle de la part du régime iranien. De plus, elles peuvent être vues par certains hommes politiques comme une tentative américaine d’infiltrer la société iranienne ». L’ONG protestante Portes ouvertes rapporte que le régime iranien utiliserait un puissant système d’espionnage pour identifier les convertis. Des sites chrétiens seraient régulièrement piratés, les boîtes mail surveillées et, surtout, le régime s’appuierait sur la dénonciation.

Espoirs déçus

L’arrivée au pouvoir de Hassan Rohani à la présidence en 2013 avait pourtant fait souffler un vent d’espoir pour les chrétiens d’Iran qui ont très majoritairement voté pour le candidat modéré. Dès novembre 2013, le président fraîchement élu avait multiplié les signes d’ouverture, comme en témoignent ses échanges de tweets avec le pape François portant sur le dialogue interreligieux, mais sans que cela n’entraîne de réels changements dans la vie quotidienne des chrétiens.
« Ce qu’il faut comprendre, c’est que la question des minorités religieuses n’est pas sous le contrôle total du président, mais celui du pouvoir judiciaire. Ce qui change, c’est simplement l’image de l’Iran qui apparaît plus ouvert au dialogue interreligieux », explique Clément Therme.
La restriction de certaines libertés serait la cause d’un danger plus grave pour les chrétiens d’Iran : l’émigration. C’est ce que met en avant Mgr Garmou, évêque des chaldéens à Téhéran et président de la conférence épiscopale iranienne. Lors d’une interview donnée à Radio-Vatican le 5 février 2015, celui-ci évoquait « le désir d’émigrer de beaucoup de chrétiens iraniens ». M. Therme confirme : « Les minorités se sentent confinées dans un espace restreint. Ceux qui ne sont pas d’accord s’en vont. Il y a une émigration importante des minorités chrétiennes même si les mouvements migratoires ne touchent pas uniquement ces communautés. Simplement, compte tenu de leur nombre réduit, cela les touche plus durement. »
Cette émigration concerne principalement l’élite et les jeunes, ce qui entraîne une véritable hémorragie au sein des communautés chrétiennes historiques. Il resterait en effet seulement 80 000 Arméniens et entre 15000 et 30 000 assyro-chaldéens actuellement en Iran. Dans un entretien donné à Famille chrétienne en date du 22 octobre 2015, Mgr Garmou répondait à la question de savoir quelle était la place des chrétiens en Iran en ces termes : « Selon la Constitution, les chrétiens sont une minorité reconnue officiellement. Ce statut nous permet d’exercer notre religion à l’intérieur des églises, mais la liberté de religion n’existe pas. De fait, cela limite nos activités. Nous espérons que cette situation changera un jour. »

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