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L’imprévoyance et la guerre des prérogatives ont contribué à l’ampleur du désastre

L’imprévoyance et la guerre des prérogatives ont contribué à l’ampleur du désastre

Des arbres calcinés à Mechref. Photo Marwan Assaf

INCENDIES

Une défense civile sans moyens, un approvisionnement en eau rendu difficile et une absence complète de planification sont pointés du doigt par les experts.

Jeanine JALKH | OLJ17/10/2019

Le désastre écologique qui a frappé le pays au cours des dernières 72 heures a révélé au grand jour une série de dysfonctionnements et de bavures. En sus du spectacle terrifiant des flammes dévorant des kilomètres carrés de forêts, les citoyens ont eu droit à un autre spectacle tout aussi affligeant : celui des esclandres entre responsables politiques et des échanges d’accusations autour des compétences et responsabilités respectives de tel ou tel ministère, qui ont mis en lumière un manque d’organisation et de planification outrancier.

Par-delà le scandale des trois hélicoptères spéciaux pour la lutte contre le feu, les Sikorsky, déclarés inopérants par manque d’entretien et de ressources, ou encore le refus inacceptable d’affecter les gardes forestiers ayant réussi le concours de la fonction publique par souci d’un rééquilibrage forcé de la parité communautaire, c’est toute une chaîne de dysfonctionnements, couplée à un manque de prévention que l’on peut pointer du doigt.

En tête de ces dysfonctionnements, le manque de coordination notoire dont les différents ministères et services ont fait preuve, générant par moments des situations de désordre et de confusion comme l’ont relevé des témoins sur place.

Dans un communiqué fourni détaillant les failles qui sont apparues sur le terrain, le président de l’association Green Globe, Samir Skaff, dénonce entre autres « l’absence de centralisation » de la prise de décision qui, selon lui, a fait défaut lors des opérations de sauvetage, à tel point qu’ « on a assisté à une querelle entre les représentants de deux administrations différentes qui en sont venus aux mains. Le sang a coulé alors que les incendies faisaient rage », raconte l’expert en environnement qui refuse toutefois de désigner les ministères dont relevaient les deux protagonistes.

Pis encore, ajoute M. Skaff, le refus de coopérer dont ont fait preuve différents services dans un souci de protéger leurs prérogatives respectives. « On a vu par moments les pompiers refuser de recevoir des directives de l’armée, dépêchée en renfort, ou les militaires refuser de collaborer avec le mohafez, etc. »

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Autant de problèmes logistiques dus à l’ampleur de la catastrophe, certes, mais surtout à l’absence de planification et de répartition des tâches selon une structure et une hiérarchie bien définies en amont. L’étendue des incendies qui se sont propagés aux quatre coins du pays et la difficulté de maîtriser des flammes aussi rebelles ont poussé les responsables à mobiliser toutes les ressources humaines disponibles pêle-mêle, sans organisation et avec un manque de moyens désarmant.

M. Skaff dénonce au passage la réduction de 20 % du budget alloué par l’État à l’entretien du matériel de la Défense civile dont les unités opèrent déjà dans des conditions inacceptables, sans équipements de protection et sans bénéficier de rémunération ni de sécurité de l’emploi.

Ainsi, la somme de 100 000 LL par an est octroyée à l’entretien d’un véhicule de la Défense civile dont les membres sont régulièrement sollicités pour secourir le pays des désastres.

Tout en saluant l’esprit de volontariat dont ont fait preuve un grand nombre de citoyens et la société civile dans son ensemble, M. Skaff insiste sur l’importance de professionnaliser les interventions de sauvetage. « Il y va quand même de la vie et des biens des personnes », dit-il, insistant sur la nécessité d’assurer la durabilité et la continuité de ce qui devrait être dûment consacré comme un métier à part entière.

Un avis largement partagé par Andrée Nassif, membre de l’Unité de gestion des risques de catastrophes et volontaire, depuis 2013, au sein de ce service. Mise en place par le PNUD qui lui fournit un soutien technique et financier, cette unité fonctionne sur base de volontariat, à l’exception d’une dizaine de membres au sein de la cellule de crise qui, eux, sont rémunérés par l’organisation onusienne.

Son chef, Zahi Chahine, avait déjà mis en garde, il y a quelques moins dans nos colonnes, contre l’absence d’un plan d’intervention précoce en cas d’urgence et insisté sur la nécessité d’investir dans la prévention.

« Les volontaires se donnent à fond pour accomplir leur mission. Mais à un moment, le volontariat n’est plus efficace, d’autant que nous intervenons dans des conditions extrêmement difficiles sans aucun moyen logistique », explique Mme Nassif, qui souligne l’urgence d’allouer un budget à cette unité afin de fidéliser ses volontaires pour les inciter à un travail plus méthodique et organisé.

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Les mesures préventives
Autre problème majeur rencontré sur le terrain, l’approvisionnement en eau des hélicoptères de l’armée qui ne peuvent transporter que 600 à 800 litres. D’où les multiples allers-retours effectués par les militaires qui perdaient un temps précieux pour aller puiser l’eau de mer. Au Metn, le problème a été partiellement résolu par la présence de réserves d’eau artificielles à Zaarour. Selon Mme Nassif, la mise en place de ces réserves d’eau artificielles devrait être généralisée à toutes les régions, une tâche qui incombe aux municipalités. Mais, avant d’en arriver même à la catastrophe, plusieurs mesures auraient dû être prises en amont par les autorités locales, mais aussi par les ministères concernés. Parmi ces mesures, le défrichage régulier des forêts et surfaces boisées, l’édification de sentiers praticables au sein des forêts pour faciliter l’accès des véhicules de sauvetage et la sensibilisation ainsi que la communication autour des dangers et risques d’incendie.

Selon plusieurs experts, ce qui a notamment contribué à alimenter les incendies ces derniers jours est l’absence de gestion appropriée des matières végétales hautement inflammables – les branches, feuilles et brindilles desséchées que les spécialistes désignent sous l’appellation de biomasse.

« Il n’y a qu’à se rappeler comment nos grands-parents récoltaient cette matière en nettoyant régulièrement les lieux pour ensuite les utiliser dans les cheminées », indique Zahi Hani, responsable de la réserve des cèdres du Chouf.

Convaincu que la prévention est fondamentale, M. Hani insiste sur l’importance de la formation, de la communication et de la sensibilisation, qui doivent toucher l’ensemble des habitants d’un village. « Près de 90 % des incendies sont provoqués durant la semaine qui suit les pique-niques du dimanche par les barbecues mal éteints et les mégots de cigarette qui jonchent le sol », rappelle l’écologiste. Face au cycle du réchauffement climatique qui va durer jusqu’en 2050, il faut, dit-il, adopter de nouveaux comportements si l’on veut éviter de plus amples catastrophes.

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