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LIBAN : L’ouverture de la chasse se heurte à l’inquiétude des écologistes

LIBAN : L’ouverture de la chasse se heurte à l’inquiétude des écologistes

Le respect des réglementations est censé empêcher que ne se reproduisent de tels carnages. Le ministre de l’Environnement a d’ailleurs menacé de porter plainte contre tous ceux qui publieront de telles photos sur les réseaux sociaux. Photo tirée de Facebook

ENVIRONNEMENT

Pour Paul Abi Rached, les autorités n’auront pas les capacités nécessaires pour faire appliquer la loi.

Léo ADDE | OLJ
15/09/2017

Grande nouvelle pour les chasseurs du pays : aujourd’hui s’ouvre la saison de la chasse, une première depuis plus de vingt ans. Néanmoins, après de nombreuses années de non-respect de la loi et de répercussions sur la faune du pays et sur les oiseaux migrateurs, nombreux sont ceux qui attendent le gouvernement au tournant pour s’assurer qu’il sera bien assez ferme pour éviter les dérives.

Promulguée en 2004, la loi n° 580 n’avait, jusqu’à aujourd’hui, pas été mise en œuvre car les décrets d’application se faisaient attendre. Cette loi stipule que les chasseurs doivent être soumis à des examens théoriques et pratiques et passer un examen dans un club de tir avant d’obtenir leur permis. L’ouverture de la chasse s’accompagne de la liste d’oiseaux pouvant être chassés et d’un nombre maximal de sorties autorisées.

Quand il avait annoncé, en avril dernier, l’ouverture prochaine de la saison de chasse, le ministre de l’Environnement Tarek el-Khatib avait précisé que les Forces de sécurité intérieure (FSI) seraient chargées de vérifier le respect des réglementations. Mais aujourd’hui, c’est précisément la question de la capacité des autorités à assurer le respect des réglementations liées à cette activité, qui ne concerne pas moins d’un demi-million de personnes au Liban, qui inquiète des écologistes. Le ministère de l’Environnement n’a d’ailleurs pas encore pu répondre à nos questions, malgré nos demandes répétées.

Et cette inquiétude exprimée par les écologistes semble justifiée. En effet, malgré l’interdiction de la chasse dès 1995, les dernières années ont été un désastre pour la faune locale. Paul Abi Rached, président de l’association environnementale TERRE Liban et du Mouvement écologique libanais (LEM), nous fait part de ses préoccupations et de ses doutes quant à la capacité du ministère de l’Environnement à maintenir un semblant de règle concernant la chasse.

Des raisons politiques et économiques plutôt qu’écologiques
« Je ne fais pas confiance au gouvernement qui, depuis l’interdiction il y a vingt ans, n’a rien fait : pas d’éducation, pas de régulation », regrette l’écologiste. Il explique aussi que le gouvernement avait pris comme prétexte des considérations de sécurité et une volonté de limiter la circulation excessive des armes pour maintenir l’interdiction de la chasse dans un contexte de conflits dans la région. Ce n’était donc pas pour des raisons écologiques. Ce qui explique, selon lui, qu’aucune mesure de protection de la nature et de sensibilisation de la population n’ait été prise.

Pour Paul Abi Rached, le gouvernement semble changer de position sur la chasse aujourd’hui pour diverses raisons, notamment politiques et économiques. « Il y a à peu près 500 000 chasseurs adultes au Liban, et ce sont des électeurs potentiels, dit-il. Ils devront aussi payer pour obtenir des permis de chasse, ce qui va représenter une source de revenus importante. » Le fait que le gouvernement en général et le ministère de l’Environnement en particulier soient incapables de régler des dossiers environnementaux comme la pollution de la mer ou la crise des déchets n’est en outre, souligne l’expert, par rassurant quant à son engagement pour le respect de la réglementation en matière de chasse.

Paul Abi Rached s’étonne aussi du timing de l’ouverture de cette saison de chasse, en pleine crise des réfugiés syriens, dans une conjoncture sociale tendue et dans un contexte de corruption qui pourrait affecter le respect des mesures de réglementation, comme le procédé d’obtention de permis par exemple. L’écologiste craint des pratiques douteuses, comme l’achat de permis par exemple. « Ce n’est vraiment pas le bon moment pour que les Libanais soient encore plus armés », résume-t-il. Pour lui, le gouvernement devrait former les Libanais avant d’ouvrir toute saison de chasse.

Réglementation dans la forme pas dans le fond
L’environnementaliste dénonce également des pratiques généralisées comme, dans la Békaa, l’utilisation d’appeaux pour attirer des oiseaux dans des filets préalablement installés, ce qui ne laisse à l’animal aucune chance et qui est contraire aux principes de la chasse sportive. Il explique aussi que la loi ne pourra pas être respectée si certains donnent le mauvais exemple en ignorant la réglementation, ce qui entraînera un mouvement global de fronde. Il espère que la police fera appliquer la loi de manière stricte, sans aucun laxisme. « Cette loi est une réglementation de la chasse dans la forme, mais pas dans le fond » conclut-il.
L’interdiction de la chasse avait été conçue à la base comme une mesure permettant la régénération de la biodiversité après la guerre. Cette initiative, qui se voulait à l’époque provisoire et visait à favoriser le retour des animaux dans leur habitat naturel, s’est révélée plus longue que prévue. Malgré l’interdiction, la pratique a repris de manière agressive et débridée. Le fait que des observateurs d’une organisation internationale, avec la Société de protection de la nature au Liban (SPNL), aient constaté, en août, un abattage massif d’oiseaux migrateurs n’est pas, en outre, de bon augure pour l’ouverture de la chasse.

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