LIBAN : Abolir le mariage des enfants : le débat est lancé

 

Parmi les intervenants, de face, Nabil Nicolas, Philippe Lazzarini, Jean Oghassabian, Fatmé Fakhreddine, Gilberte Zouein et Élie Keyrouz. Photo Anne-Marie el-Hage
SOCIÉTÉAprès le « non » de Hassan Nasrallah, un député FL s’apprête à présenter une nouvelle proposition prohibant les mariages précoces.

24/03/2017

Assistera-t-on bientôt à l’abolition des mariages d’enfants au Liban ? La question se pose avec acuité à l’heure où le mariage des mineures prend de l’ampleur, principalement au sein des communautés réfugiées de Syrie, syriennes et palestiniennes, et persiste parmi la population libanaise. Rien n’est moins sûr, en revanche, que d’assister à un chambardement sur cette question encore taboue, vu la grande réticence du pays du Cèdre à rejoindre les objectifs de développement durable fixés pour 2017 par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles. Et pour cause, les affaires liées au statut personnel sont du ressort des communautés religieuses et de leurs lois discriminatoires à l’égard des femmes. Ce qui est sûr par contre, c’est que le débat sur les mariages précoces est désormais lancé, non seulement à l’échelle nationale, mais au sein des communautés religieuses

Des débats animés
Dans cet état des lieux, le Parlement et le PNUD ont organisé hier un atelier de travail sur l’« Abolition des mariages d’enfants au Liban ». Réunis dans la bibliothèque du Parlement, parlementaires d’un côté, société civile de l’autre, ont échangé leurs réflexions et propositions, pour mettre un terme aux mariages précoces. Des échanges houleux par moments, les participantes de la société civile, représentées par KAFA et le Regroupement démocratique des femmes libanaises (RDFL) notamment, faisant part d’une certaine impatience, face aux exceptions accordées par les communautés pour autoriser les mariages d’enfants. Présentant les conséquences néfastes de telles unions pour la fillette, elles réclament ferme que l’âge légal du mariage soit fixé à 18 ans révolus et que soient donc modifiées les lois sur le statut personnel. Modéré par le député Nabil Nicolas et par la responsable du projet conjoint entre le Parlement et le PNUD, Fatmé Fakhreddine, le débat a vu la participation du ministre d’État aux Droits de la femme, Jean Oghassabian. Ce dernier insiste sur la nécessité de traiter le mariage des mineures « comme une affaire humaine et non seulement légale », et fait l’apologie de la femme, comme « partenaire de l’homme » au sein du couple, de la famille, de la société et de la classe politique
Seule ombre au tableau, le refus du Hezbollah, représenté par les députés Nawaf Moussawi et Bilal Farhat, de débattre de cette « question culturelle ». Faut-il rappeler que le secrétaire général du parti chiite, Hassan Nasrallah, s’était prononcé avec véhémence sur la question, le 18 mars dernier, accusant les détracteurs du mariage précoce de « servir Satan »
Quoi qu’il en soit, le Liban est lié à ses engagements internationaux dans le respect des droits de l’enfant et de la femme. Il se doit donc, avec l’aide des Nations unies, de faire montre de bonne volonté, d’autant que les chiffres sont alarmants. « Selon une étude de l’Unicef publiée en 2016, le mariage des enfants (avant l’âge de 18 ans révolus) affecte aussi bien les filles libanaises que les petites réfugiées syriennes ou palestiniennes », lance Philippe Lazzarini, coordonnateur spécial adjoint de l’ONU pour le Liban. « Le plus haut pourcentage de filles mariées entre 15 et 19 ans se situe au sein des réfugiés syriens, il est de 27 % ; vient ensuite la population palestinienne de Syrie, avec 13 % ; enfin au sein de la population libanaise et des réfugiés palestiniens du Liban, le taux de mariage précoce est de 4 %. » Le coordonnateur résident tient à préciser qu’au Liban-Nord (Tripoli et Akkar) et à Baalbeck, les taux de mariage précoce dépassent de loin la moyenne nationale, pour atteindre 8 à 10 %. Dénonçant l’absence d’un mécanisme national pour mettre fin à cette réalité, le représentant onusien insiste sur le lien entre le faible taux d’éducation des mères et le mariage des filles

Le Liban à la traîne face aux pays arabes
Réunie le 23 février dernier, la Commission parlementaire de la femme et de l’enfant avait déjà étudié la possibilité d’élever l’âge légal du mariage, qui varie selon les communautés religieuses. La présidente de cette commission, Gilberte Zouein, rappelle à cet effet « qu’une sous-commission est aujourd’hui chargée d’étudier la question avec les différentes instances religieuses ». Et insiste sur les « avancées réalisées par nombre de pays arabes dont l’Égypte, la Palestine et la Tunisie », pour fixer l’âge légal du mariage à 18 ans révolus, sans exception. Le Liban, lui, fait figure de mauvais élève
L’initiative risque de prendre du temps. Dans l’attente, le député Ghassan Moukheiber rappelle avoir présenté en 2014 une proposition de loi « visant à réglementer le mariage des mineures ». « Une proposition réaliste, qui protège les mineures, par le biais du juge des mineurs, tout en tenant compte des lois communautaires », assure-t-il. « Elle constitue la seule alternative actuelle, la modification des lois communautaires n’étant pas imminente. »
Sauf que son collègue des Forces libanaises, Élie Keyrouz, promet de soumettre au Parlement, pas plus tard que lundi prochain, une nouvelle proposition de loi de « protection des enfants des mariages précoces ». Présentée par le juge John Azzi, fervent défenseur des droits de la femme, et par RDFL, cette proposition fixe l’âge légal du mariage à 18 ans révolus, sans exception. Une mesure qui ne manquera pas de relancer le débat

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