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Le site historique de Nahr el-Kalb défiguré par le CPL… qui y construit son quartier général

Le site historique de Nahr el-Kalb défiguré par le CPL… qui y construit son quartier général

Une gravure ancienne d’un site classé Mémoire du monde par l’Unesco.×

PATRIMOINE

Ce sacrilège environnemental dans une zone non constructible a été rendu possible grâce à une autorisation de l’ancien ministre de la Culture, Ghattas Khoury.May MAKAREM et Fady NOUN | OLJ17/02/2020

Envers et contre tout bon sens, le promontoire de Nahr el-Kalb, un lieu de mémoire unique dont la sauvage beauté avait été préservée depuis l’Indépendance, même des panneaux publicitaires, va être définitivement défiguré par la construction d’un ensemble de bâtiments qui serviront de quartier général au Courant patriotique libre. Ce complexe sera construit au voisinage immédiat du parcours, défendu par des grillages défoncés, longeant sur plusieurs centaines de mètres les stèles dont les plus anciennes remontent au IIe siècle avant J.C.

Ce véritable sacrilège historique et environnemental a été rendu possible grâce à une autorisation accordée au CPL par l’ancien ministre de la Culture, Ghattas Khoury. Loué à long terme par les wakfs maronites, le site haut perché est donc depuis quelques mois livré aux ronflements des bulldozers et des pelleteuses. Selon May Khoreiche, vice-présidente du CPL, la construction n’aura « aucun impact négatif sur le site ». « Les études préalables aux opérations de construction ont été approuvées par la direction générale de l’urbanisme et les autorités concernées. Preuve en est, l’autorisation obtenue pour bâtir », a-t-elle déclaré à L’Orient-Le Jour. Pourtant, en 2003, la Direction générale des antiquités (DGA) ne pouvant avec ses moyens limités exproprier les terrains environnants, avait décrété la région zone non constructible (non aedificandi).Au demeurant, le site historique de Nahr el-Kalb a été classé par les décrets N° 166/ L.R, de novembre 1933, et N° 225 du 28 septembre 1934 sur la liste nationale des monuments historiques. En 2005, il a été inscrit sur le registre de la Mémoire du monde de l’Unesco.

Un impact certain
Pour Jad Tabet, président de l’ordre des ingénieurs et architectes, le projet « aura certainement un impact », contrairement à ce qu’affirment ses promoteurs. Selon lui, le projet présenté au Conseil supérieur de l’urbanisme, il y a deux ans, était beaucoup plus près des vestiges. La DGA l’avait refusé insistant pour qu’il soit placé plus loin à l’arrière de la colline. Mais il restera toutefois visible du côté de Jounieh.

Prié par L’OLJ de commenter ce projet, le vice-président des Kataëb Salim Sayegh s’est déclaré favorable « à la constitution d’une commission d’enquête pour vérifier s’il y a vraiment atteinte au patrimoine ». Mais à ses yeux, « cela ne fait aucun doute ». M. Sayegh a demandé « le gel immédiat du projet en attendant qu’une étude sérieuse de son impact écologique » soit établie.  Faites évoluer votre abonnement et profitez maintenant d’un accès illimité aux contenus réservés aux abonnés PremiumPlus de détails

Témoins épigraphiques
Les lieux conservent des témoins épigraphiques et iconographiques gravés sur les rochers de première importance pour l’histoire et la mémoire du Liban. Il comprend 22 stèles, reliefs et inscriptions commémoratives datant du IIe millénaire avant J.C (XIIIe siècle) jusqu’au IIe millénaire de notre ère (XXe siècle).

En 2003, une réhabilitation des lieux, financée par la Fondation nationale du patrimoine, avait été menée. Les travaux exécutés comprenaient le nettoyage des stèles, l’aménagement des sentiers, la clôture d’une partie du site et l’installation des panneaux signalétiques et explicatifs.

Promontoire stratégique séparant le Metn du Kesrouan, creusé par le fleuve Nahr el-Kalb (Fleuve du Chien) prenant sa source dans les grottes de Jeïta, le massif rocheux, situé à 15 kilomètres au nord de Beyrouth, témoigne des événements marquants de la région depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Tous les conquérants ont tenu à y laisser les marques de leur passage. On y trouve notamment des inscriptions égyptiennes de l’époque pharaonique, assyriennes, babyloniennes, hittites, grecques, romaines, arabes, françaises et britanniques et même libanaises, depuis l’année 2000 et le retrait de l’armée israélienne.

Sa valeur historique est inestimable, bien que certaines des stèles, usées par les intempéries, soient devenues illisibles. Trois reliefs égyptiens du XIIIe siècle av. J.C., dont celui du pharaon Ramsès II, y donnent une définition du contexte géopolitique du Levant au IIe millénaire av. J.C. Cinq reliefs assyriens y exposent la politique expansionniste des rois assyriens sur les rives de la Méditerranée, dont celle du souverain assyrien Assarhaddon) et de Nabuchodonosor II (néo-babylonienne). On y trouve aussi une inscription de l’empereur Caracalla (211-217 ap. J.C.), une autre de l’époque mamelouke attribuée au sultan Barqûq (1382-1399). Des inscriptions commémorant des événements entre 1860 et 2000, comme celle au nom du général Henri Gouraud (25 juillet 1920), sont venues se placer à côté.

En plus des diverses stèles et inscriptions, d’autres vestiges historiques et archéologiques font partie de cet environnement historique de premier ordre qu’est la vallée de Nahr el-Kalb : pour exemple, le pont arabe construit par le sultan mamelouk Saïf el-Din Barqûq. Sa dernière restauration daterait de l’époque de l’émir Chéhab II (1809). Il est

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