Le groupe Mashrou’ Leila à New York : plus grand, plus fort

Mashrou’ Leila à la conquête de New York. Photo Mashrou’ Leila×

CONCERT

En quatorze jours, le quatuor a donné huit concerts dans huit différentes villes, aux États-Unis et au Canada.Nour BRAIDY à New York | OLJ14/10/2019

À l’entrée du Knockdown Center, on entend du français, de l’arabe et de l’anglais. Il est 22 heures, et la salle de cette ancienne friche industrielle new-yorkaise n’est pas encore remplie.

La fête « Get Lost », organisée par le DJ Damian Lazarus et qui s’étend sur deux jours, a commencé il y a une heure. Plus de 3 000 billets ont été vendus, des artistes chauffent la scène, mais peu importe ! Les fans ont été prévenus : Mashrou’ Leila ne commence pas à jouer avant minuit.

Minuit tapante à New York. La foule devient plus compacte près de la scène. Firas Abou Fakhr, Carl Gerges, Haig Papazian et Hamed Sinno doivent apparaître à n’importe quel moment. La salle de cette ancienne usine de verre est maintenant pleine. Les techniciens préparent encore la scène, les spectateurs les scrutent impatiemment.

Quinze minutes plus tard, le public aperçoit d’abord Carl Gerges, le batteur. Il est accueilli par des cris et des applaudissements. Hamed, en bomber à paillettes noires, surprend son public avec Sand King, un nouvel opus qu’il chante en anglais. Puis un autre : Moustahil. Un cadeau que le public apprécie, le groupe ayant l’habitude de garder ses œuvres secrètes jusqu’à la sortie d’un nouvel album. Un petit problème de son ne perturbe pas le chanteur. « Shit happens », lance-t-il.

Les spectateurs sont entraînés par la musique. Ils sont jeunes, ou un peu moins, blonds, bruns, asiatiques, arabes, voilés, barbus. Et pas nécessairement arabophones. Alors entre une chanson et une autre, Hamed parle à son public. Il explique par exemple que Roman est un hommage à la femme, que Falyakon est inspiré des « politiques stupides » et Maghawir des fusillades. Derrière son micro, le chanteur devient activiste. Il parle de féminisme, des immigrants « à la recherche de la liberté », du racisme …  Faites évoluer votre abonnement et profitez maintenant d’un accès illimité aux contenus réservés aux abonnés PremiumPlus de détails

Un message citoyen

Des visuels sont toujours là pour accompagner le groupe : un clip réalisé par Jessy Moussallem pour Roman, mais aussi, et surtout, l’animation de Radio Romance, que Mashrou’ Leila avait diffusée sur ses réseaux sociaux le jour où devait avoir lieu le concert finalement annulé à Jbeil, le 9 août dernier. On y voit le rocher de Raouché, les tours et les arcades beyrouthines, les escaliers de Mar Mikhaël, une mosquée et une église. Un message citoyen d’amour, de tolérance et de résistance.

Lorsque le rythme de Lil watan s’élève, une danseuse du ventre apparaît à l’écran, mais c’est le déhanché de Hamed, dos tourné au public, qui a le plus de succès. Derrière son clavier, Firas sourit, amusé.

Plus d’une fois, Hamed parlera de ce qui s’est passé en Égypte en septembre 2017. Après l’un de leurs plus grands concerts au Caire, des dizaines de personnes ont été arrêtées pour avoir brandi un drapeau arc-en-ciel, symbole mondial de la communauté LGBT. C’est comme ça qu’est née la chanson Cavalry.

Au bout d’une heure, le leader du groupe annonce la « dernière chanson » à un public qui en réclame encore. Elle « a été mal interprétée », confie-t-il. Il parle de Djin, chanson dont les paroles ont été considérées dans certains milieux chrétiens au Liban comme faisant l’apologie de l’occultisme.

Lorsque la musique commence, le public applaudit sans cesse et chante avec le groupe. Comme une résistance ou une revanche. Mais certainement un message de solidarité.

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