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Le comédien qui murmurait à l’oreille des chevaux

Le comédien qui murmurait à l’oreille des chevaux

 

Lors de la 36ème Nuit des César. Photo Bertrand Guay/AFP.

DISPARITION

Jean Rochefort, la moustache la plus légendaire de France, le cavalier le plus élégant de l’Hexagone, et l’acteur à la verve iconique et au verbe gracieux, a tiré sa révérence.

Colette KHALAF, avec agences | OLJ10/10/2017

Il y avait eu le départ de Philippe, son ami, parti le 23 novembre 2006. Le trio parfait qu’il formait avec Jean-Pierre Marielle et Philippe Noiret s’est trouvé ce jour-là amputé, plus encore, orphelin. Aujourd’hui, avec Jean Rochefort, le cinéma français perd une de ses plus belles figures.
Du Capitaine Fracasse à L’Horloger de Saint-Paul, en passant par Salut l’artiste !,
Un éléphant ça trompe énormément ou Nous irons tous au paradis, mais aussi Le Grand Blond et, bien sûr, Le mari de la coiffeuse, où il fait une géniale danse du ventre, un des acteurs les plus populaires de l’Hexagone aura fait, dans une élégance de chaque instant, le tour des genres du cinéma français, leur soufflant sa touche atypique et particulière. Mais c’est évidemment le réalisateur Yves Robert qui aura le plus employé l’acteur.
Premier à avoir reçu un césar, Jean Rochefort décrochera par la suite trois autres statuettes, pour ses rôles dans Que la fête commence (1976) de Bertrand Tavernier, puis dans Le Crabe-Tambour (1978) de Pierre Schoendoerffer, avant un trophée pour l’ensemble de sa carrière en 1999. Il a même tourné une série diffusée l’an dernier sur France 5, Boloss des belles lettres, dans laquelle il interprète une œuvre du patrimoine littéraire en langage de la rue. Jean Rochefort promenait avec une tendre nonchalance sa longue silhouette et son allure de dandy tellement bien qu’en les portant, un pantalon jaune, une veste rouge, un nœud papillon ou un foulard rose prenaient avec lui tous leurs titres de noblesse.
« Jean, c’était la classe, un homme élégant dans sa façon de jouer, d’être, de rire avec vous, de rêver avec vous » , a commenté sur France Inter le scénariste Jean-Loup Dabadie.
Rochefort s’est fait connaître et apprécier tard, bien après la Rue Blanche et le Conservatoire. Lorsqu’il jouait dans la série Angélique, le comédien, qui n’avait pas de moustache et pas vraiment le physique, passait plutôt inaperçu. À 40 ans, en jouant dans le Misanthrope, il perdait tellement sa fausse moustache qu’il décide de faire pousser la sienne. « Puis je l’ai gardée parce que, quand je l’enlève, j’ai l’impression de ne plus avoir de slip » , expliquait-il à un téléspectateur dans le cadre du Festival du film français, à Avoriaz, en janvier 1994. Ses répliques avaient d’ailleurs toujours le style facétieux d’un gosse qui n’aimait pas grandir et faisait des farces, d’un fêlé qui ne se prenait pas au sérieux. « Je suis un Don Quichotte de la réalité et non de la fiction » , a-t-il encore avoué après le rêve brisé en 2000 pour son rôle dans L’Homme de la Mancha de Terry Gilliam. Le projet s’est arrêté net après une sale hernie qui l’a cloué au lit.
À l’instar de cette fameuse moustache qu’il s’est fait pousser sur le tard, Jean Rochefort fera de la compétition équestre à l’âge de 39 ans alors qu’il y était prédestiné depuis son enfance, ayant grandi dans cette ambiance. « J’avais trop de respect pour les êtres, avait-il confié à Thierry Ardisson, pour monter sur leurs dos. » Mais la fusion était si grande entre le comédien et la monture que certains croyaient qu’il faisait du cinéma en dilettante. C’est peut-être là le secret de l’élégance : faire croire aux autres qu’on n’est pas sérieux et qu’on s’amuse en travaillant.
Et partir au galop.

EN QUELQUES DATES…

– 1930 : naissance à Paris, d’un père cadre dans l’industrie pétrolière, originaire de Dinan, et d’une mère comptable.
– 1947 : il prend des cours de théâtre à l’école de la rue Blanche. Il entre ensuite au Conservatoire national de Paris, où il a pour condisciples Jean-Paul Belmondo, Claude Rich et Jean-Pierre Marielle.
– 1961 : premier succès au cinéma avec Cartouche.
– années 1970 : acteur favori d’Yves Robert, avec qui il tourne de nombreux films très populaires (Le grand blond avec une chaussure noire, Le retour du grand blond, Un éléphant, ça trompe énormément)…
– 1973 : il tourne dans L’horloger de Saint-Paul, de Bertrand Tavernier, qu’il considère comme un tournant majeur dans sa carrière.
– 1976 : il obtient le césar du meilleur acteur dans un second rôle pour Que la fête commence, de Bertrand Tavernier.
– 1978 : césar du meilleur acteur pour Le crabe-tambour, de Pierre Schœndœrffer.
– 1999 : césar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.
– 2015 : à 85 ans, il tourne dans Floride, de Philippe Le Guay, avec Sandrine Kiberlain.

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