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La femme est un homme comme les autres

La femme est un homme comme les autres

11/03/2017

Ça fait des millions d’années que l’homme va chasser, tuer le mammouth, lancer des guerres. Des millions d’années qu’il bosse dur pour sa femme et ses gamins. Qu’il affronte le froid, les dangers, les routes périlleuses pour nourrir son beau petit monde. Pour les protéger, pour les faire vivre. Des millions d’années qu’il est l’alpha mâle par excellence. Le chef de la famille, de la meute. Le roi de la tribu. Qu’il est le dominant. Des millions d’années qu’il vient de Mars.
Ça fait des millions d’années que madame, quant à elle, enfante, élève, cuisine, rassure, couve. Des millions d’années qu’elle soutient son homme, l’épaule, le choie, le dorlote. Qu’elle s’occupe de son beau petit monde. Des millions d’années qu’elle vient de Vénus.
Et puis un jour, la révolution, le droit au travail (il y a 50 ans à peu près), le droit de vote. La situation change. Et les hommes sont perdus et perplexes. Surtout au Liban. Et vous savez quoi, on vous comprend, nous les femmes. C’est difficile d’avoir à s’habituer à cette nouvelle donne. D’avoir à supporter une femme fatiguée, épuisée même, d’avoir à faire à manger soi-même, parfois parce qu’elle n’a pas eu le temps. De faire étudier les gamins, aussi. De l’entendre dire dans le lit conjugal, « pas ce soir, j’ai une réunion à 8h demain matin». De la voir sortir prendre un verre avec ses copines parce que… Parce que sans raisons. D’avoir une femme qui végète en survet’ devant un match de foot ou devant The Crown, durant toute la journée, le dimanche. C’est vrai que ce n’est pas sympa qu’elle ne veuille pas sortir le soir parce qu’elle est crevée ou parce qu’elle n’aime pas nos potes. Pas sympa non plus qu’elle préfère aller s’éclater avec sa bouta à Hydra plutôt que de nous accompagner à un colloque à Zurich. Et surtout pas sympa qu’elle claque la porte le jour où elle en a marre de se taire, de fermer les yeux.
On vous comprend. Elle ressemble si peu à votre mère. Vos mères qui, pour la plupart d’entre elles, ne travaillaient pas. C’est compliqué de ne pas avoir le même schéma à réitérer. Les mêmes références auxquelles se fier. Comment pourrait-on vous reprocher d’être totalement paumés aujourd’hui, vous la génération des quadras ou celle des quinquas. Comment pourrait-on vous reprocher de vous retrouver en déséquilibre face à ces « nouvelles amazones » qui se coupent un sein pour accrocher leur arc et aller combattre ; et utilisent l’autre pour allaiter.
Mais ce nouveau modèle ne perturbe pas que les hommes. Ce sont surtout les femmes qui en payent le prix. Elles payent le prix de cette incompréhension qu’est souvent la vôtre. « Les femmes d’aujourd’hui se comportent comme des hommes. Elles sont autoritaires, indépendantes. Elles ouvrent leur gueule », dixit un ami de 46 ans. « Vous avez perdu votre féminité, vous êtes nerveuses. »
Non, les femmes ne se comportent pas comme des hommes. Elles ne cherchent pas non plus à leur ressembler. Les femmes d’aujourd’hui se sont adaptées à leur temps. Ces temps où l’équilibre et la survie d’un foyer ne tiennent plus uniquement sur les épaules d’un mâle. Et soyez-en sûrs, les femmes d’aujourd’hui ne cherchent pas à prendre la place des hommes. Loin de là. Les femmes ont tout simplement récupéré la place qui est la leur.
Depuis la nuit des temps, on les a empêchées de s’exprimer. On les a privées du droit à l’éducation, à l’enseignement. On les a dépouillées de leurs droits les plus fondamentaux, et ce depuis les débuts de la civilisation, il y a quoi, 5 500 ans ? Elles ont été tour à tour accusées de sorcellerie ou de gronderie. En France, jusqu’en 1907, leur salaire appartenait à leur mari. Jusqu’en 1924, elles ne pouvaient pas passer leur bac. Jusqu’en 1938, elles n’avaient pas le droit d’avoir une carte d’identité. Avant 1965, elles ne pouvaient pas avoir de compte en banque (ah si, avec l’autorisation de leur mari). Et on parle de la France. Qu’en est-il au Liban donc… Alors non, nous ne voulons pas prendre votre place, rassurez-vous, on se porte beaucoup mieux sans pénis. Et si on vous comprend, comprenez-nous à votre tour. Activité ne veut pas dire masculinité et passivité ne veut pas dire féminité. Nous sommes et serons toujours des femmes. Il faut juste que certains hommes commencent à s’habituer et à s’adapter aux femmes de maintenant.

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