LA DERNIÈRE : Lettre ouverte aux dirigeants libanais


UN PEU PLUS
Médéa AZOURI |
OLJ04/05/2019

Messieurs,

Maintenant que vous avez vampirisé comme jamais notre pays qui n’est sûrement pas/plus le vôtre, qu’il ne reste plus aucune goutte de sang à boire ou de moelle à dévorer, et que le Liban agonise, que comptez-vous faire ? Jusqu’où comptez-vous aller ? Jusqu’à quand ? Il ne nous reste plus rien. Et pourtant vous êtes toujours avides. Vous puisez encore et encore dans les caisses. Vous détournez les lois. Vous vous moquez de l’état du pays, de sa viabilité, de son environnement, de son paysage et de son avenir. Vous nous faites payer des impôts en échange de rien. Vous voulez faire passer la TVA à 15 %. Vous soustrayez 3 % de la retraite des militaires. Vous voulez augmenter de 30 % les factures des gens qui ont une ligne fixe de téléphone mobile. « Parce qu’ils sont riches. » Vous continuez à laisser les prix flamber : à l’aéroport, dans les stations d’essence, les écoles, les supermarchés. En France, le panier de la ménagère, les restaurants, les spectacles sont moins chers qu’ici. Ils payent plus d’impôts certes, mais avec tous les frais directs et parallèles que nous avons, nous finissons par garder la même chose, la dignité en moins. Vous laissez les mafias des générateurs faire leur loi, alors qu’on pourrait avoir l’électricité 24h/24. Vous laissez les citernes d’eau faire leurs valses dans les rues beyrouthines, alors qu’il n’a pas arrêté de pleuvoir. Vous creusez des tranchées tous les quelques mois pour on ne sait quoi. Vous construisez des ponts qui ne servent à rien, des routes qui ne changent rien à la circulation. Vous faites des chantiers qui ne mèneront à rien. Tout ça pour avoir des commissions, des pots-de-vin. Pour vous sucrer encore et toujours sur le dos du contribuable à qui vous ne garantissez plus rien. Ni la sécurité sur les routes ni la sécurité tout court. Un grand nombre de vos agents de police ne respectent pas les règles – alors comment s’étonner que le peuple ne le fasse pas. Vous bloquez les routes quand vous vous déplacez n’importe où, mais pas pour vaquer à vos occupations officielles. Vous empoisonnez nos vies et vous vous en tamponnez. Et si l’on a le malheur de se plaindre ou de vous critiquer, vous nous punissez. Vous arrêtez les « rebelles », et vous laissez un nombre incalculable de gens pourrir dans les prisons où les conditions carcérales sont lamentables. Et la réinsertion impossible.

Vous aurez l’air fin quand le pays s’effondrera. Quand nous serons contraints de déclarer faillite, mais que, contrairement à la Grèce, il n’y aura personne pour nous relever. Quand on annoncera la dévaluation de la livre, comme les rumeurs et les spécialistes le prévoient. Quand le peuple crèvera de faim. Littéralement. Mais finalement, est-ce que cela vous importe vraiment ? Votre avenir est tout tracé. Celui de vos enfants aussi. Ils ne sont déjà plus là, ou hériteront de vos sièges. Et continueront à ronger tels des vautours les os du squelette de notre pays. Qui n’est sûrement pas le leur.

Certains commerçants ferment boutique. Certains restaurateurs mettent la clé sous la porte de ce qu’ils avaient construit. Certaines sociétés déposent le bilan. La presse s’effondre. Les jeunes s’enfuient. L’ambiance est morose. Et le peuple a du mal à joindre les deux bouts et déprime. Ce peuple qui ne bouge toujours pas. Qui reste les bras croisés en vous laissant faire. Qui s’est inscrit dans une résignation sans nom. « Tamsa7na », comme qui dirait. Mais pouvons-nous le lui reprocher ? Nous le reprocher ? Quand la moindre manifestation se termine en pugilat, quand on sait que finalement, ça ne mènera à rien, quand ils continueront à voter pour les mêmes, en échange de services dont ils ont besoin ?

Que va-t-il se passer ? Nul ne le sait. Nous vivons au jour le jour. « À une minute la minute. » La lumière au bout du tunnel n’est peut-être pas très loin. Mais encore faut-il qu’on l’aperçoive.

Messieurs, je ne vous salue pas.

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