La carte bancaire résiste aux aléas politiques et aux progrès technologiques

 

Le nombre de cartes bancaires a bondi d’environ 64 % depuis le début du conflit syrien, pour atteindre 2,75 millions fin 2015.

Le segment des cartes bancaires, à l’instar du secteur duquel il émane, continue de faire de la résistance. En effet, en dépit de la forte dégradation de la conjoncture économique au cours des cinq dernières années, et d’un recul du pouvoir d’achat des Libanais, le nombre de cartes émises par les établissements a progressé, voire affiché des taux de croissance à deux chiffres.

Selon les données les plus récents publiées par la Banque du Liban,
2 754 657 cartes bancaires étaient en circulation au Liban fin 2015 – les chiffres de 2016 n’étant toujours pas disponibles –, en hausse de 13,2 % par rapport à l’année précédente, alors que le nombre de cartes avait déjà progressé de 11,4 % en 2014 par rapport à 2013. En outre, depuis le début du conflit syrien, le nombre de cartes en circulation a bondi d’environ 64 %, attestant du potentiel de croissance élevé de ce moyen de paiement – élément typique des pays émergents –, mais aussi d’une forme de résilience de la consommation, en dépit de la conjoncture négative. Cette évolution révèle, en parallèle, une augmentation de la population consommatrice, dopée par l’afflux de centaines de milliers de réfugiés syriens, dont une partie non négligeable appartient aux catégories moyenne et aisée. En termes de répartition géographique, quelque 97 % des cartes bancaires étaient détenues par des résidents sur le sol libanais, contre 3 % par des non-résidents, toujours selon la BDL.

Quant à la distribution par type de produits, les cartes de débit représentaient 50,4 % du total des cartes en circulation fin 2015, contre 23,3 % pour les cartes prépayées, 20,7 % pour les cartes de crédit et 5,6 % pour les autres cartes.

Parallèlement à cette progression, le nombre de distributeurs de billets (DAB) a augmenté de 6,5 % en rythme annuel à 1 707 fin 2015, et de 32,8 % par rapport à début 2011. Ceux installés dans le Grand Beyrouth représentaient il y a près d’un an 40,9 % du total, suivis de ceux du Mont-Liban avec 32,2 %, du Nord avec 10,1 % et du Sud avec 7,8 % (en excluant Nabatiyé).

Développement de nouveaux outils : une menace ?

Cette croissance observée sur le segment des cartes bancaires, toutes catégories confondues, est en phase avec le développement continu de services numérisés, tels que la consultation des comptes en ligne, mis à la disposition des clients par les banques. Selon un rapport sur l’état de la banque en ligne au Moyen-Orient publié par le réseau ArabNet en 2016, 54 % des Libanais auraient déjà adopté des services bancaires numérisés, contre néanmoins 75 % en Arabie saoudite, 74 % aux Émirats, et une moyenne de 62 % parmi les cinq pays examinés.

Le « conservatisme » des clients libanais, qui protège pour l’instant la pérennité et le développement de la carte conventionnelle comme mode de paiement, s’applique d’ailleurs à d’autres nouvelles méthodes de traitement des transactions, comme le paiement mobile ou à travers une « smartwatch » ou un bracelet NFC.

En quelques années, plus d’une quinzaine d’établissements se sont lancés dans une course au paiement mobile à travers quatre applications : Tap2pay (Bank Audi), Simba (Fransabank), Hey (BLC Bank) et CMO, lancée en 2015 et qui réunit quelque 12 banques.

Le potentiel de croissance de ce créneau, encore timide pour l’instant, est d’autant plus important que 60 % des quatre millions de téléphones portables au Liban sont des smartphones.

Quant aux moyens de paiement sans contact, ils ont connu un certain élan, quoique encore faible, après le lancement par Apple de sa montre intelligente en septembre 2014 et le développement d’une gamme d’accessoires, dont les bracelets, équipés avec la technologie de communication en champ proche (NFC). Bank Audi commercialise depuis avril dernier ces deux produits, utilisables dans plus de 3 000 points de vente équipés avec les bornes de paiement adaptées sur tout le territoire.

Les banques et les cartes ne vont pas pour autant disparaître. Le Liban est le pays où l’on franchit le plus souvent la porte de sa banque, avec 75 % de visiteurs fréquents, selon l’étude d’ArabNet, contre des proportions bien plus faibles à l’échelle régionale.

La préférence pour le guichet relève d’une question de confiance, mais aussi de la nature encore majoritairement fiduciaire de l’économie locale. Au Liban, 53 % des transactions s’effectuent en liquide, contre 43 % pour les cartes de crédit, 23 % pour les cartes de débit et 17 % pour les chèques.

 

 

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