Kaftoun, dans le Koura : comme un air de carte postale

Le couvent Notre-Dame de Kaftoun.×

QUE FAIRE CE WEEK-END

Il est des villages qui n’apparaissent pas ou rarement dans les brochures du ministère libanais du Tourisme ou les diverses vidéos circulant sur les réseaux sociaux pour promouvoir le tourisme interne. Et pourtant, parmi ces oubliés figurent de petits trésors, à l’instar de Kaftoun, village niché dans le caza du Koura.

D’origine araméenne, le nom de Kaftoun signifie une structure en dômes. Le village mérite bien cette appellation avec son église Saints-Sarkis-et-Bakhos creusée dans le roc ainsi que le couvent Notre-Dame de Kaftoun vieux de quelque 733 ans.

Ce petit village, que longe le Nahr el-Joz, est un havre de paix. En arpentant les sentiers de Kaftoun, le visiteur peut avoir l’impression de se promener dans la carte postale du village typique libanais. Celui des histoires de grand-mère ou des chants de Sabah qui répétait inlassablement « al-dayaa yammi al-dayaa ». Avec environ cinquante maisons seulement et quelque six cents habitants, Kaftoun est une véritable « dayaa » (village). Pour y accéder, il faut emprunter, une dizaine de mètres après la sortie du tunnel de Chekka, la petite sortie, puis prendre à gauche. À la deuxième bifurcation, il faut de nouveau s’engager à gauche, puis suivre la route qui mène aux villages de Rasnhach, Kfarhetta et Btaaboura.

Tourisme religieux, culturel et artistique

Il y a quelques années, la découverte de fresques médiévales à Kaftoun avait fait sensation tant sur le plan artistique qu’aux niveaux historique et religieux. La plus grande surprise a été découverte dans l’église Saints-Sarkis-et-Bakhos bâtie vers le Xe siècle. Cette église est dotée de trois nefs dont l’architecture ancienne inspirée du Moyen Âge occidental abrite des fresques remontant aux XIe, XIIe et XIIIe siècles. Au fil des siècles, l’église a subi des dégradations successives. Jusqu’à cesser de remplir ses fonctions liturgiques et être finalement abandonnée à son sort. La nef nord fut en partie détruite et les murs extérieurs affaiblis furent envahis par une végétation sauvage qui les couvrait encore en 2002. Deux ans plus tard, lorsque les travaux de restauration ont été lancés, la nef nord a été reconstruite, les murs en pierre nettoyés et la toiture consolidée.

C’est ainsi que les fresques ont été découvertes : des figures de saints, dont celles de Sarkis et de Bakhos, d’apôtres et d’archanges, des écritures en araméen, grec et arabe désignant les noms des disciples de Jésus, représentés sur les peintures murales. Dans l’abside, le Christ siège entouré de la Vierge et de saint Jean-Baptiste. Sous l’abside, les croyants peuvent entrevoir les pieds de la Vierge et ceux de l’archange Gabriel sur le toit.

Ces fresques, d’une beauté exceptionnelle, suggèrent deux techniques au niveau de leur exécution, toutes les deux dénotant une forte influence byzantine. Selon Nada Helou, historienne d’art et spécialiste en art chrétien du Liban, la communion des apôtres serait de style strictement byzantin. Il s’agirait de l’œuvre, selon elle, soit d’un peintre grec en quête de travail qui s’est retrouvé à Kaftoun après la chute de Constantinople, soit d’un peintre local, mais travaillant exclusivement selon la manière byzantine.

La fameuse icône du couvent Notre-Dame de Kaftoun est une tout autre histoire. L’icône a été volée à deux reprises au cours des années 60. La première fois, elle a été retrouvée à Londres par Interpol. La seconde fois, elle a été rendue au couvent par l’homme qui l’avait achetée en toute connaissance de cause. Ce monsieur aurait par la suite fait un rêve dans lequel figurait la Vierge Marie. Dans son rêve, il l’interpellait, mais elle lui tournait le dos et ne lui répondait pas. Réveillé en sursaut, et en butte à un fort sentiment de culpabilité, il décida de rendre l’icône au couvent Saydet Kaftoun. Sur cette icône recto verso, l’on peut voir le visage de la Sainte Vierge et le baptême du Christ. Elle est exposée dans une petite église au fond du couvent, ancré dans le roc et entouré d’oliviers et d’orangers.

La nature encore sauvage

Autre spécificité intéressante de ce village : la réserve privée Farid et Daad Karam d’une superficie de près de 60 000 m2 où l’on retrouve une grande variété d’arbres tels que des saules pleureurs, des chênes, des eucalyptus, des caroubiers et des arbres fruitiers. Au beau milieu de ces arbres, s’élève une sculpture de Basbous qui représente la fleur de lys, symbole des scouts. En effet, M. Karam, marqué par le scoutisme, a aménagé la réserve de façon à accueillir les campeurs, les randonneurs, les touristes et ceux qui désirent profiter de cet espace pour organiser des pique-niques en pleine nature. Toutefois, la particularité de cette réserve réside dans l’amphithéâtre aménagé en son centre et qui peut accueillir jusqu’à 300 personnes. Non loin de la réserve se trouve le Nahr el-Joz, le joyau de Kaftoun. Enfoui dans la vallée, l’endroit offre aux visiteurs un cadre sans pareil. La rivière coule sur de grosses pierres, les ponts sont couverts d’un tapis de végétation sauvage et les moulins hydrauliques rappellent la vie villageoise d’antan. Après une randonnée le long de la rive, ou alors sur les grosses pierres au beau milieu de la rivière presque sèche en été, il fait bon s’étendre sur le dos, le visage tourné vers le ciel. Il fait bon aussi se reposer dans l’ombre des platanes, des peupliers et des pins qui s’élèvent très haut et dont les branches s’enlacent pour former une sorte de parasol vert qui permet, par moments, aux rayons de soleil de s’infiltrer. Dans ce cadre, le visiteur est plongé dans un silence que seul le contact du vent avec le feuillage des arbres vient interrompre, de la plus belle des manières, par moments.

اضف رد

لن يتم نشر البريد الإلكتروني . الحقول المطلوبة مشار لها بـ *

*