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CULTURE : « Tripoli aussi a faim d’art et de culture »

CULTURE : « Tripoli aussi a faim d’art et de culture »




INITIATIVE

Warche 13, un café-bistro culturel situé à el-Mina (Tripoli), est en train de réveiller la scène underground artistique de la deuxième ville libanaise.Emmanuel KHOURY | OLJ04/07/20192

Sommes-nous encore dans cette ville surpeuplée, dévorée par les conflits régionaux et confessionnels, où le taux de pauvreté est le plus élevé du pays ? Sommes-nous encore dans Tripoli, « la cousine pauvre de Beyrouth » comme on l’a parfois surnommée, cible d’un attentat terroriste le 4 juin dernier ?

Rien n’est moins sûr quand, au détour d’une des ruelles sinueuses d’el-Mina, on se retrouve dans un café qui semble n’avoir de commun avec son environnement que les pierres anciennes qui le supportent. On entre dans Warche 13 comme on entre dans un autre monde : musique jazzy des années folles, portraits suspendus aux murs, peintures dans les coins, fauteuils de toutes les couleurs et à la mode d’une autre époque… Un piano qui trône contre un mur, un oud posé dessus, des échiquiers sont installés sur les tables, des livres amoncelés et, enfin, là-bas tout au bout, un bar comprenant tous les alcools dont un esprit émancipé et libertaire peut rêver. « Les gens de Tripoli qui viennent ici cherchent quelque chose d’alternatif. Ils cherchent un endroit où ils se sentiraient comme chez eux. Il y a beaucoup d’artistes, de musiciens, d’étudiants, d’enseignants, d’étrangers qui viennent à Warche. C’est d’ailleurs toujours un spectacle très intéressant quand il y a des femmes voilées qui viennent écouter du jazz, à côté d’autres personnes qui boivent de l’alcool. Cela dit, elles peuvent prendre du thé, de la limonade… en toute liberté », souligne Nadine Ali Dib, fondatrice de Warche 13.

Tripoli underground

Cette Tripolitaine de 34 ans, qui a toujours appartenu à une communauté de gens se sentant quelque peu en marge de la société traditionnelle de la ville, s’est lancée en novembre 2016 dans une folle aventure : monter un café-bistro où l’on peut, de manière informelle, se retrouver autour d’un verre dans un cadre esthétique bien particulier : « Avant Warche, je faisais partie d’une communauté qui essayait de donner naissance à une scène underground à Tripoli. Un de nos amis avait organisé des événements au palais Nawfal, une très belle bibliothèque appartenant à la municipalité de Tripoli. On s’est joint à lui, et on a pu recevoir des peintres, des poètes, des illustrateurs et musiciens comme Mazen Kerbage, par exemple. Mais, malheureusement, ces événements n’avaient lieu que pendant une saison, et tout le reste de l’année, il n’y avait plus rien ! À Beyrouth il y a tous ces lieux qui sont plus que de simples cafés : ce sont des espaces où se créent des communautés, des microsociétés de penseurs. Ici, j’ai toujours eu la sensation d’être limitée sur le plan artistique et culturel. Les quelques endroits qui offrent de l’art et de la culture sont souvent très institutionnels et formels : quand on va voir une exposition à Tripoli, c’est soit dans une université, soit dans un institut… », déplore Nadine Ali Dib.

Pour pallier ce manque, elle organise à Warche 13 des ateliers consacrés à l’origami, au dessin, à l’écriture. « À chaque fois, ce sont des professionnels, originaires de Tripoli ou d’ailleurs, qui animent ces ateliers, comme Mahmoud Awad pour le dessin, des gens de Fade In pour les ateliers d’écriture, Sarah Abou Jaoude pour la bijouterie asiatique. » Aussi, chaque mois, des événements musicaux et artistiques forment un calendrier mensuel mis en ligne sur les réseaux sociaux : concerts de jazz, de musique arabe folk, sessions de jam, « open mic », déclamations de poèmes, projections cinématographiques, expositions de peinture, de photos, tables rondes avec des écrivains, des poètes, des activistes… « Nos événements affichent souvent complet. Au concert de Sandy Chamoun, il y avait plus de 70 heureux spectateurs », s’enthousiasme Nadine Ali Dib. Il faut dire qu’en moins de trois années d’existence, du beau monde a déjà eu l’occasion d’explorer Warche, comme le Jazz Quartet du Salon de Beyrouth, Sharif Sehnaoui, Nobuko Miyazaki (une flûtiste japonaise), Donna Khalife, ou encore Omaima el-Khalil. Mais, surtout, ce sont des gens de toutes conditions, en quête de partage et d’expression, qui constituent l’âme de Warche 13 : « Il y a eu aussi ces poètes inconnus venus des camps palestiniens lors d’une soirée à scène ouverte. C’était sublime », se souvient la tenancière. Et le café ne cesse de grandir : un deuxième espace vient tout juste d’être monté, un lieu adjacent à quelques dizaines de mètres de Warche, qui sera consacré aux ateliers et aux expositions : le Warche 13 Civic and Art space.

Succès encourageant et prometteur, l’histoire de Warche 13 est l’illustration parfaite de ce qu’une initiative individuelle peut provoquer et susciter de nouveau dans une ville où tant de choses restent à faire. Dans une région libanaise septentrionale dont la richesse est encore mal exploitée, on constate une soif de culture. Warche 13 se joint ainsi, de toutes ses forces, au chantier d’un avenir meilleur pour Tripoli.


Événements à venir

Du samedi 6 au jeudi 11 juillet, à l’occasion de la 4e édition de la Global Week for Syria, des ateliers organisés par le programme « Recreating Pluralism in Post-Ottoman Societies » (https://recreatingpluralism.wordpress.com/) seront mis en place au Warche 13 Civic & Art Space – espace adjacent au bistrot, qui vient tout juste de naître. À voir : des expositions de photos sur Alep, Master Class sur le jazz, concerts, conférences… Le programme détaillé est disponible sur la page Facebook Warche 13.

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