Walid Joumblatt dans « Playboy », c’était en juillet 1984

La couverture du numéro de juillet 1984 de « Playboy », avec Walid Joumblatt en invité politique.
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Carla Henoud | OLJ29/09/2017

À l’occasion du décès, mercredi, du fondateur de la revue Playboy, Hugh Hefner, le blog Plus 961 a ressorti une interview inattendue (dont il avait parlé pour la première fois en 2009) du leader druze Walid Joumblatt, alors âgé de 34 ans, parue dans le numéro de juillet 1984. Surprenante à plus d’un titre, et quelque part encore d’actualité, révélatrice de l’état d’esprit de l’époque et de Joumblatt plus précisément, l’interview politique, réalisée par le journaliste Morgan Strong, spécialiste du Moyen-Orient, a été publiée sur huit pages. Une interview annoncée sur la couverture, entre le « Playboy’s choice » et une Bo Derek X Rated.

Dans cette interview, le « seigneur de la guerre », comme le qualifie le journaliste visiblement impressionné par sa personnalité et sa culture, aborde avec la légèreté et la profondeur qu’on lui connaît des sujets aussi divers que complémentaires. Tout ou presque, surtout l’essentiel, de l’histoire du Liban aux conflits politiques et militaires, de la politique locale aux guerres intestines, à celle internationale, menée par la Russie, la Syrie et les États-Unis, en passant par un arrêt sur tous les personnages-clés de la guerre civile libanaise : les Gemayel, Hafez el-Assad, Reagan, Kissinger, Rumsfeld, Philippe Habib et l’OLP. « Il est grand et très mince, avec de grands yeux fixes. S’il fallait choisir un mot pour le décrire, ce serait : intense. »

Dans ce dialogue entre les deux hommes, qui se sont rencontrés plusieurs fois, l’héritier des Joumblatt, politicien malgré lui, parle également de la destinée et du destin, en précisant, fataliste : « Mon père et mon grand-père ont été tués, c’est une tradition familiale. Le père de mon grand-père et ma tante aussi. Depuis 300 ans, peu de Joumblatt sont morts de mort naturelle. » Il partage également son point de vue sur la réincarnation, le pouvoir, la corruption, le communisme et le socialisme, la société civile, les droits de la femme et… la série américaine Dallas, alors suivie par des milliers de téléspectateurs libanais en pleine guerre. « J’ai deux fils, confie-t-il aussi. Je vais devoir apprendre à l’un d’entre eux, qui a deux ans, à devenir un leader politique et à faire ses preuves. »

Parmi les pépites d’une interview à garder dans les archives de l’histoire locale, à la question « Vous avez mentionné votre destinée, croyez-vous être destiné à devenir président de la République libanaise ? », Joumblatt répond : « Je dois croire que cela est possible, mais je ne sais pas si c’est réalisable. » « Aimeriez-vous être président ? » insiste Morgan Strong. « Eh bien, oui ! Mais je ne crois pas que je le serai dans un futur proche. Je représente une petite minorité. Si nous réussissons à séparer l’État de la religion, je pourrais être le prochain président. » Enfin, sur une note aussi inattendue que drôle, Joumblatt demande : « Quand doit paraître cette interview ? » « Dans deux mois environ », répond le journaliste. Et Walid Joumblatt de préciser : « J’espère que la playmate sera belle. Je l’espère. »

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