Tarek Mitri : Ce n’est pas une vraie proportionnelle

 

Tarek Mitri. Photo d’archives
TROIS QUESTIONS À
Yara ABI AKL | OLJ
05/06/2017

Si l’écrasante majorité des formations politiques assure qu’une nouvelle loi électorale prévoyant la proportionnelle appliquée à 15 circonscriptions verra le jour prochainement, il reste que d’aucuns estiment que cette entente pourrait être dynamitée par les débats portant sur les détails techniques du texte. D’autres vont même jusqu’à dénoncer « un retour implicite » au mode de scrutin majoritaire, notamment avec le recours au vote préférentiel appliqué au niveau du caza. À ce sujet, l’ancien ministre de la Culture Tarek Mitri, qui avait dénoncé sur son compte Twitter le recours au vote préférentiel, répond aux questions de L’Orient-Le Jour

Que pensez-vous de l’entente autour de la proportionnelle appliquée à 15 circonscriptions avec vote préférentiel 

La proportionnelle possède de nombreux avantages, et elle est peut-être beaucoup mieux que le mode de scrutin majoritaire, dans la mesure où elle élargit le champ de représentation politique. Mais au Liban, comme il n’y a pas de partis politiques dans le vrai sens du terme, un tel mode de scrutin pourrait causer un « déséquilibre » entre les partis politiques et les indépendants. Et pour cause : la proportionnelle pousserait les formations majoritaires à s’allier pour remporter le scrutin. Parallèlement, il n’est pas facile pour les indépendants de former leurs listes. Ainsi, la proportionnelle risque de défavoriser les indépendants au profit des forces majoritaires. Cela pourrait bien interdire le renouvellement des élites politiques. Ce n’est donc pas une vraie proportionnelle

Qu’en est-il du vote préférentiel et du seuil d’éligibilité

Le vote préférentiel conduit à une compétition entre les candidats d’une même liste, ce qui signifie que les alliés peuvent facilement devenir rivaux politiques. Les partis politiques traditionnels vont donc intervenir pour départager les votes préférentiels de leurs bases populaires respectives. Ils exerceraient donc une pression sur leurs électeurs. De plus, le vote préférentiel contribue à consacrer les rouleaux compresseurs traditionnels. À titre d’exemple, si Saad Hariri se présente dans une circonscription où le nombre d’électeurs s’élève à 40 000, au moins 39 000 d’entre eux lui accorderont leurs votes préférentiels. Il sera donc automatiquement élu, aux dépens des nouvelles forces politiques
Quant au seuil d’éligibilité, il faut l’appliquer à de grandes circonscriptions et le fixer à 15 % pour qu’il soit significatif, dans la mesure où il est difficile pour les nouvelles forces politiques de l’atteindre dans les 15 petites (ou moyennes) circonscriptions dont il est actuellement question

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