SCAN TV : Découpons-le, ce Liban, non

SCAN TV
01/07/2017
Il fut un temps où la proposition de calquer le système fédéral et celui des cantons au Liban était l’insulte par excellence et représentait une haute trahison envers le pacte national. Des voix arguant du patriotisme et du vivre-ensemble clamaient à tue-tête la nécessité d’établir et de préserver des relations intercommunautaires saines rassemblant toutes les communautés religieuses, les tendances politiques et les couches sociales dans une symbiose utopique

Même durant la guerre fratricide, l’option des cantons a été rejetée, car humiliante et contraire aux principes mêmes selon lesquels cette terre bénie a pu arracher son attestation comme entité indépendante à la France

Vivre ensemble, oui, mais mourir comme des chiens à chaque fois que le sceptre du pouvoir change de propriétaire, non ! C’est quoi, être libanais, actuellement? Quelle loi est souveraine, et sur quel territoire au juste ? À la télé, nous avons vu il y a quelques jours la fameuse agression contre le cameraman de la LBCI Samir Baytamouni à Tyr, sur la plage de Mansouri, en présence d’une journaliste, Sobhiya Najjar, et d’autres activistes écologistes armés de leur foi en la protection de la nature et de l’environnement, déterminés à protéger les tortues de mer et leurs pontes.

À vrai dire, l’incident frise le ridicule et même la science-fiction. Un bison à forme humaine accourt poing en l’air, affichant sur son visage déformé une colère et une hargne injectées probablement par un coup de fil musclé, et attaque un cameraman inoffensif. Ce dernier, préférant sauver sa caméra, s’est pris le poing grossier dans le corps et a été jeté et bousculé comme un vulgaire citoyen de troisième catégorie ne méritant même pas de rester debout. Le plouc testostéroné menace avec véhémence, « au nom du Hezb et de la haraké, de venir mettre le feu à des pneus devant la maison de la journaliste » responsable du reportage télévisé

Le cameraman ne réplique pas et reste calme, la journaliste essaye tant bien que mal d’apaiser les esprits et d’autres individus essayent de calmer l’homme enragé, mais rien n’y fait. Il continue à vociférer des menaces en répétant aux hommes présents :  –  Tu sais très bien qui je suis, tu sais très bien ce que je peux faire

Seigneurs acclamés
L’exemple de Mansouri est un parmi tellement d’autres. Ce qui s’y est déroulé a déjà eu lieu, et aura lieu, dans toutes les régions du Liban. Pour toutes les communautés. Avec des inféodés à chaque zaïm. Sans exception aucune. Qui sont-ils, ces enragés, et qui sommes-nous ? Qui est chez lui et qui ne l’est pas ? Qui est gêné de l’application de la loi et des règlements, du respect des droits de l’homme, des libertés publiques, de la construction d’un État, de la diffusion de la culture de la vie, de la préservation du patrimoine culturel, de la recherche de la vérité, de la liberté d’expression, de la femme forte, des journalistes ? Qui empoisonne nos rivières, notre mer, notre air ? Qui, entre cent autres exemples, a interdit la diffusion d’une chaîne libanaise, al-Jadeed, sur une large parcelle du territoire libanais, car contredisant et remettant en cause un ancien seigneur de guerre et garant actuel de ce que la démocratie a de plus cher, le Parlement ? Quelle est la frontière qui délimite les espaces de non-droit de ceux où le citoyen a des droits et où la liberté d’expression est toujours sauvegardée. D’autres Samir et Sobhiya peuvent-ils être tués la prochaine fois pour n’importe quel prétexte bidon ? Peuvent-ils disparaître au fond d’un ruisseau ou au volant de leur voiture

Nous ne voulons pas vivre dans ces mini-Liban, encore une fois quels qu’ils soient, où la loi de la jungle milicienne prime et où les ignorants se réjouissent de leurs victoires éphémères en terrorisant le voisinage et en diffusant la culture de la mort. Nous ne voulons pas vivre sous un régime politique hypocrite qui se prévaut de démocratie (il faut lire le rapport accablant du centre de recherches Arab Reform Initiative) mais qui muselle les libertés. Nous ne voulons pas vivre avec ceux et celles qui jettent leur poubelle par la fenêtre et dans les rivières. Nous ne voulons pas vivre collés à des îlots de sécurité, des zones délicates, des régions où règnent les cartels et les clans, près de ou dans des mini-États… Puisque nous sommes arrivés à un accord, un découpage électoral qui assure la victoire parlementaire des différents blocs à l’avance, pourquoi ne pas faire du bien aux Libanais ainsi qu’aux touristes et diviser carrément le pays selon les mêmes tendances en adoptant les mêmes critères « démocratiques et constitutionnels ». Que chacun des seigneurs acclamés, local ou non, peu importe, prenne sa part du territoire sur laquelle il déploie déjà tous les efforts pour prouver sa mainmise, qu’il y installe ses partisans et son public, qu’il y applique ses valeurs et principes, qu’il forme sa propre police et sa propre armée, qu’il protège les siens qui lui prêteront allégeance et qu’on en finisse de cette mascarade. Découpons nos plages, nos rivières, nos montagnes, nos ondes, notre ciel et surtout notre mer, découpons

Que chacun salisse devant chez lui, qu’il nage dans ses saletés et qu’il regarde la chaîne de télévision qu’il veut… Découpons le Liban, sauvons les Libanais qui restent avant qu’une partie de la population, n’importe laquelle, puisque cela s’applique à toutes, exhaustivement, n’achève les autres, derrière ou devant les caméras

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