Sauver l’artisanat du cuivre, perpétuer la tradition

07/06/2017

Hajj Mahmoud Abdel Rahman Hassoun est un artisan heureux. À 86 ans, il a assuré la relève. Il a réussi à transmettre à ses six fils sa passion et son savoir-faire. Dans sa boutique située sur la vieille route de Qalamoun, il nous montre avec une fierté non dissimulée la dextérité de son travail et les pièces uniques qu’il a façonnées avec amour. Son bureau est orné de vieilles photos jaunies qui parlent d’un temps où le cuivre était de toutes les fêtes et dans toutes les maisons

Dans la famille Hassoun, on est dinandier de père en fils. Du souk el-Nahassine dans le cœur du vieux Tripoli détruit au début des années 60 jusqu’aux nombreuses boutiques qui bordent aujourd’hui la rue principale de Qalamoun, le travail va bon train. Hajj Mahmoud a le sourire espiègle quand il raconte comment il rivalisait de bêtises à l’école dans l’espoir d’être renvoyé. Après plusieurs tentatives de le calmer, son père abdique et se résigne à voir son fils de dix ans rejoindre la tradition familiale avec pour tout bagage sa détermination à taper le métal comme l’ont fait ses ancêtres. De ce métier dont on dit que « s’il ne te rend pas riche, il te ruine », le vieux monsieur parle comme d’un flambeau à maintenir allumé coûte que coûte

Bien sûr c’était « mieux avant », et la guerre a beaucoup ralenti la production. Mais l’important était de continuer, de transmettre, d’initier, d’apprendre, de perdurer et de ne pas laisser ce formidable artisanat libanais sombrer dans l’oubli. Connu depuis l’Antiquité sous le nom de cyprium, le cuivre a connu ses lettres de noblesse au XIIIe siècle sous le règne des Mamelouks qui ont transmis leur savoir-faire aux artisans de la région de Tripoli. Depuis, le cuivre est roi à Qalamoun. Si les Hassoun sont dinandiers depuis cinq siècles, si les pièces réalisées ont su s’adapter aux besoins du monde moderne, l’habileté et la dextérité restent, elles, inchangées. Chauffer le cuivre, le plier, le découper, le marteler, le polir, le graver, autant de gestes ancestraux qui donnent du cœur à l’ouvrage. Ces artisans-là revendiquent le travail à la main comme un acte sacré entre le métal et l’homme. Et même si les doigts de hajj Mahmoud sont racornis par des années de dur labeur, c’est avec beaucoup de douceur qu’il caresse les grands chandeliers, les tables ciselés, les cloches gravées et les lustres dorés

On pourrait passer des heures avec ce monsieur à la barbe blanche qui raconte volontiers les histoires d’hier, les anecdotes d’aujourd’hui, ses nombreux voyages, ses multiples rencontres. Visiblement satisfait de la vie qu’il a vécue, il s’estime chanceux, comprend-on aisément, d’avoir pu continuer à exercer sa passion. Il est sûr que si le dinandier est sincère et authentique, il ne peut que réussir. Et quand on lui demande comment va le travail aujourd’hui, il rétorque les yeux brillants que tant qu’on a la santé, le travail va bien, et que l’évolution vient de l’innovation. Et devant cette immense fierté d’avoir légué à ses enfants des siècles de savoir-faire, d’être serein pour la retransmission, on a juste envie de protéger l’artisanat libanais dans son ensemble comme un trésor issu d’un passé plus riche que ne le sera jamais notre futur

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