Samir Frangié, grand défenseur du vivre-ensemble, n’est plus

Samir Frangié : une vie au service de la défense du vivre-ensemble et du dialogue inter-communautaire
DISPARITIONRetour sur une vie d’engagement pour le vivre-ensemble et le dialogue inter-communautaire

L’ancien député et maître à penser du vivre-ensemble, Samir Frangié, est décédé mardi à l’âge de 71 ans des suites d’une longue maladie

Originaire de Zghorta, il était le fils de Hamid Kabalan Frangié, l’un des pères de l’indépendance du Liban, plusieurs fois ministre des Affaires étrangères, des Finances et de l’Éducation

Ancien journaliste à L’Orient puis à L’Orient-Le Jour, Samir Frangié est marié à Anne Mourani. Il est père de deux enfants, Hala et Samer

Retour sur une vie d’engagement pour le vivre-ensemble et le dialogue inter-communautaire.

Jeune homme, Samir Frangié fait ses études au Collège Notre-Dame de Jamhour puis au lycée de Saint Germain en Laye. Il s’oriente ensuite vers la philosophie, à l’Ecole des Lettres de Beyrouth. Ses amis et compagnons de l’époque étaient Amin Maalouf, Maroun Bagdadi, Jad Tabet

Journaliste
En 1970, il rejoint L’Orient, puis L’Orient-Le Jour, auquel il continue de contribuer de manière intermittente, après son départ en 1976, à travers des analyses et des éditoriaux. De 1970 à 2016, il collabore avec Le Monde Diplomatique, Libération, Esprit ou encore L’Orient Littéraire, en tant qu’analyste politique. M. Frangié a écrit également en arabe pour An-Nahar et As-Safir. Dans le cadre de ses activités professionnelles, il se lie d’amitié avec de multiples journalistes, auteurs et intellectuels tels qu’Olivier Mongin, Henry Laurens, Eric Rouleau, Jean-Pierre Perrin, entre autres

En 1972, il cofonde les Fiches du Monde Arabe, et en 1985 le centre de recherches sur le Liban “The Lebanese Studies Foundation”. De 1993 à 1996, il est rédacteur en chef de la revue Hiwar (dialogue) consacrée aux problèmes du dialogue intercommunautaire. De 1990 à 1992, il crée et dirige un centre de recherches et d’études rattaché à la Fondation Hariri à Paris

En 2000, à la demande du père Sélim Abou, il devient maître de conférences à l’Université Saint-Joseph, où il anime une série de tables-rondes centrées sur le dialogue et le vivre-ensemble. Rapidement, il devient l’une des figures référentielles du mouvement estudiantin de l’époque, surtout sur le plan intellectuel

Les thèmes du vivre-ensemble et du dialogue interreligieux, chers à son coeur, seront également au centre de multiples séminaires et interventions qu’il donne à travers le monde

(Lire aussi : Emmanuel Bonne à Samir Frangié : “Vous êtes un homme libre qui a su s’extraire de toutes les contraintes”)

Auteur
En 2011, il publie un essai, Voyage au bout de la violence (éditions Actes Sud), fruit de sa longue expérience et de son contact ininterrompu avec la violence, depuis le massacre de Miziara (caza de Zghorta) le 16 juin 1957, qui aura un impact politique et physique considérable sur son père, jusqu’à nos jours. L’ouvrage s’inscrit dans la lignée du mouvement de la non-violence, sur les pas de Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela, modèles politiques de Samir Frangié, mais aussi et surtout de la pensée de l’anthropologue René Girard, dont il est un disciple

Samir Frangié est le fils de Hamid Frangié, l’un des pères de l’indépendance du Liban

En 1975, il devient membre du Mouvement national et le compagnon de Kamal Joumblatt. Entre 1977 et 1989, il jouera un rôle de médiateur et sera le précurseur du dialogue entre les différents belligérants de la guerre civile libanaise. Il participe, dans ce cadre, aux diverses tentatives de rapprochement entre les parties en conflit, notamment Walid Joumblatt et Elias Sarkis, Walid Joumblatt et Bachir Gemayel, le Fateh et les Forces libanaises (1981-1982), le Parti socialiste progressiste et les chrétiens de la Montagne (1984)

En 1987, il joue un rôle actif dans l’élaboration et la rédaction de l’accord de Taëf, qui a mis fin à la guerre civile

Après la fin de la guerre, M. Frangié reste engagé dans l’indispensable dialogue. En 1993, il est l’architecte et le membre fondateur du “Congrès permanent pour le dialogue libanais”, aux côtés de Hani Fahs, Mohammad Hussein Chamseddine, Saoud el-Maoula et Farès Souhaid. L’initiative vise à réunir autour d’une table d’anciens acteurs de la guerre civile dans le but d’amorcer une dynamique de réconciliation nationale

(Lire aussi : Samir Frangié : Le rejet de la discrimination confessionnelle est aujourd’hui la condition à notre survie)

Très proche du patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, il sera son émissaire, en 2000 et 2001, à Damas, dans le cadre d’une mission visant à sonder les intentions du régime syrien concernant la mise en place d’un véritable dialogue avec les chrétiens du Liban

En 2001, il est l’un des membres fondateur de la : Rencontre libanaise pour le dialogue

La même année, il sera l’un des principaux architectes et membre fondateur du Rassemblement de Kornet Chehwane et du Forum démocratique, puis du Rassemblement du Bristol, formations plurielles qui visent à transcender les clivages idéologiques et communautaires hérités de la guerre civile entre les différentes forces politiques et à redéfinir le périmètre de la souveraineté libanaise

Le 21 juin 2004, est publié dans Le Monde, “l’Appel de Beyrouth”, un texte dont il est l’auteur et qui appelle à tirer les leçons de la guerre civile et à en tourner la page pour reprendre en mains le destin national libanais

Le 18 février 2005, quatre jours après l’assassinat de Rafic Hariri, il annonce, du domicile de Walid Joumblatt, au nom de l’opposition plurielle, le début de l’intifada de l’indépendance contre l’occupation syrienne

La même année, il est élu député. De 2009 à 2015, il sera membre du secrétariat général du 14 Mars. Un engagement dans le cadre duquel il multipliera les appels et initiatives en faveur du dialogue, de la réconciliation, de la paix civile et de l’édification d’un Etat civil au Liban

Après avoir été, entre 2015 et 2016, président du Conseil national des Indépendants du 14 Mars, il fonde le Groupe de l’Appel Beyrouth-Méditerranée, qui vise à défendre l’idée du vivre-ensemble, toujours, et à jeter les bases d’un réseau de solidarité entre les “modérés” du Liban, du Proche-Orient, des deux rives de la Méditerranée et du monde, face aux tenants de la violence et de ce qu’il appelle la “culture de l’exclusion”. Un Observatoire du vivre-ensemble est en cours de fondation

Le 10 octobre dernier, l’ambassadeur de France, Emmanuel Bonne, lui avait décerné les insignes de la Légion d’honneur avec rang de commandeur. En décembre, il avait également reçu la première édition du prix Hani-Fahs, du nom de l’uléma chiite décédé en septembre 2014

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