Réussir son sapin de Noël : les bons conseils du Figaro en 1885

 

LES ARCHIVES DU FIGARO – La cime doit toucher le plafond et chaque branche plier sous les décorations et les jouets: au 19e siècle, l’arbre de Noël est déjà toute une affaire.

Le règne de l’arbre de Noël commençait tout juste en France. Déjà institutionnalisé dans les pays anglo-saxons et germaniques, il est popularisé par les réfugiés alsaciens après la défaite de 1870. Le sapin de Noël s’installe ensuite peu à peu dans tous les foyers français. En 1885, Le Figaro s’intéresse à la question et dévoile sa recette pour un 25 décembre merveilleux.|

Article paru dans Le Figaro du 24 décembre 1885

L’arbre de Noël

Est-ce réveil du sentiment religieux? Est-ce tout simplement le résultat de l’anglomanie qui met «Christmas» à la mode chez nous comme il a mis le lawn-tennis ou le polo? Je ne me prononce pas à cet égard, mais ce que je constate, c’est que Noël a repris singulièrement faveur depuis ces dernières années. On le fête maintenant dans certaines familles avec autant d’allégresse que le jour de l’an.

Entendons-nous cependant. Le réveillon, le classique réveillon n’est guère admis dans les foyers paisibles. J’irais presque jusqu’à dire que la messe de minuit est devenue, dans certaines églises envahies par les curieux des deux sexes, une sorte de spectacle mondain qui en éloigne plus d’un fidèle. Et entre parenthèses, je ne suis pas surpris que M. le curé de la Madeleine ait supprimé comme on l’annonce, son orchestre pour ce soir. Il est inutile qu’un temple chrétien se transforme en lieu de rendez-vous pour noctambules.

C’est seulement donc le matin de Noël que la gaîté reprend ses droits en toute justice, et depuis quelques années, je le répète, beaucoup de familles s’ingénient à célébrer de leur mieux cette grande journée. Mais c’est surtout les enfants qui battent des mains à la date du 25 décembre. En dehors du soulier classique placé vide dans la cheminée et retrouvé rempli le lendemain, un usage ancien, longtemps négligé, a aujourd’hui complètement ressuscité partout l’arbre de Noël.

Mères de famille, il en est encore temps. D’ici à demain, si vous voulez improviser une fête qui vous coûtera moins cher qu’un bal et qui vous assurera plus de gratitudes expansives, laissez-vous guider par moi. Allez d’abord chez un fleuriste ou au marché aux fleurs acheter un sapin, le plus haut possible, car il est bon que la cime touche le plafond de votre salon. Cela fait, adressez-vous directement à un confiseur spécial. Il y en a qui fournissent tout ce qui constitue un arbre de Noël.

Distribution des cadeaux de Noel autour du sapin, gravure americaine, vers 1870 — Passing out Christmas presents around the tree: American engraving, c1870

Rien de plus joli que l’aspect d’un arbre de Noël, mais à condition que rien n’y manque. Il faut que la moindre petite branche plie sous le poids des objets attachés par des faveurs de différentes couleurs. Ces objets sont, en général, outre des jouets, bien entendu, tout ce qui brille, tout ce qui fait écarquiller des yeux d’enfant, par exemple des noix dorées, des boules, des soleils, des étoiles en verre soufflé ou en métal. Et pour illuminer le tout, un magnifique éclairage à giorno composé d’innombrables petites bougies de toute nuance qu’on fait tenir toutes droites aux branches en les fixant délicatement avec un peu de cire.

Que si vous voulez donner des cadeaux plus sérieux, l’usage est de les mettre autour de l’arbre, sur la caisse dans laquelle ce sapin est planté, avec le nom de chaque destinataire.

Mais toute fête a une fin, les bougies s’éteignent. Dès que l’obscurité commence, on donne le signal de la tombola. On tire alors au sort tous les petits jouets accrochés à l’arbre, et vous entendez d’ici les cris de joie et les trépignements des gagnants. Si après cela, madame, le goûter que vous servez à vos petits hôtes sort de chez un pâtissier consciencieux, si vous avez eu la bonne pensée d’exhiber une lanterne magique, si vous vous êtes mise au piano pour faire danser une ronde, vous n’avez pas perdu votre journée et, au moins jusqu’au jour de l’an qui apporte d’autres ivresses, tout votre petit monde gardera un souvenir enchanté de votre arbre de Noël.

Par Fonteneilles**

*Pseudonyme du journaliste Gaston Jollivet (1842-1927)

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