Pourquoi Téhéran et Pyongyang ont les yeux braqués l’un sur l’autre

 


Reuters
ANALYSE
16/09/2017
C’est le retour de la bombe. Alors que l’actualité internationale était plutôt marquée ces dernières années par les conflits du Moyen-Orient et par la lutte contre le terrorisme, la question nucléaire est à nouveau sur le devant de la scène. Plus un jour ne se passe en effet sans que les missiles nord-coréens ou la survie de l’accord nucléaire iranien ne fassent la une des médias.

Que ces deux crises connaissent un pic au même moment n’a rien d’une coïncidence : elles sont liées non seulement en raison de leur objet, mais également du fait que les États-Unis y jouent, dans un cas comme dans l’autre, un rôle de premier plan. Et le fait que l’accord nucléaire signé en juillet 2015 entre l’Iran et les 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Allemagne) soit actuellement remis en question par Washington renforce probablement Pyongyang dans ses options radicales. Réciproquement, l’évolution de la crise nucléaire nord-coréenne est certainement scrutée avec attention du côté de Téhéran.
Les deux situations sont pourtant différentes. Après plus d’une décennie de négociations, avec des hauts et surtout beaucoup de bas, l’Iran a accepté de geler son programme nucléaire pendant au moins dix ans en contrepartie d’une levée des sanctions internationales. Depuis, malgré les tensions récurrentes entre Téhéran et Washington, notamment autour de la question des missiles balistiques, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est formelle : l’Iran respecte ses engagements et ne cherche pas à se doter de la bombe. L’accord, bien qu’imparfait, peut être considéré comme un succès diplomatique. Même si Téhéran n’a pas renoncé à ses ingérences au Moyen-Orient ou à ses diatribes antiaméricaines, l’Iran a fait son retour sur la scène internationale et a repris le dialogue avec les Européens.
En tant que puissance émergente, ayant la volonté de dominer le Moyen-Orient, l’Iran était particulièrement affecté par les sanctions économiques l’empêchant de poursuivre son développement. C’est cette pression exercée par les sanctions ajoutée à la lente construction d’une relation moins méfiante entre les deux parties qui a poussé Téhéran à accepter le gel de son programme nucléaire. S’il avait fait de l’acquisition de l’arme nucléaire l’une de ses priorités, et ce depuis le chah, l’Iran n’en avait jamais fait pour autant une condition de sa survie. C’est sans doute la principale différence avec le cas nord-coréen.

Confiance
Beaucoup plus à l’est, le régime de Pyongyang est persuadé que l’acquisition de l’arme atomique est une condition indispensable de sa survie. C’est sa priorité stratégique numéro un. Penser que des négociations diplomatiques puissent pousser ce régime à abandonner la bombe relève purement et simplement de l’utopie dans le contexte actuel. Contrairement à l’Iran, la Corée du Nord est déjà une puissance nucléaire. Et contrairement à l’Iran, elle ne démontre aucune volonté de faire son retour dans le concert des nations.
Trois options sont sur le tapis. Un : les négociations. Elles ont le mérite de limiter les risques et pourraient rassurer les Nord-Coréens. Deux : des énièmes sanctions. Elles affaiblissent Pyongyang et le braquent. Mais, de l’avis des experts, aucune de ces mesures ne peut, à court terme, aboutir à une Corée du Nord dénucléarisée. Trois : l’option militaire. Mais celle-ci est tellement risquée, surtout pour le Japon et la Corée du Sud, qui seraient les premiers à en subir les conséquences, qu’elle semble pour l’instant écartée.
Donald Trump a bien compris que seule une coopération plus étroite avec la Chine, le principal allié de Pyongyang, pourrait permettre une avancée dans ce dossier. Mais même si Pékin joue pour l’instant le jeu, même s’il ne cache pas son inimitié pour le leader nord-coréen Kim Jong-un et voit d’un mauvais œil la possession de l’arme nucléaire par Pyongyang, il craint plus que tout autre chose un renversement du régime et un renforcement de la présence américaine, non seulement dans la région, mais carrément à sa frontière. Là encore, seule une relation de confiance entre Chinois et Américains peut permettre de dépasser ces désaccords stratégiques. Mais en attendant, Washington n’aura sans doute pas d’autres choix que d’accepter une Corée du Nord nucléarisée. Et tout ce que cela implique non seulement en termes de risques, mais aussi en termes d’affaiblissement du processus de règlementation de l’obtention de l’arme nucléaire.
Autrement dit, il sera beaucoup plus difficile après cela d’expliquer aux Iraniens pourquoi la communauté internationale leur refuse le droit de posséder la bombe.

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