Pourquoi les Américains considèrent-ils l’Iran comme la source du terrorisme ?

ÉCLAIRAGE

31/07/2017

Donald Trump est désormais connu pour ses diatribes parfois à l’emporte-pièce et pour ses accusations souvent à la limite de la véracité. En visite en Arabie saoudite, en mai dernier, le président américain s’en est violemment pris à l’Iran qu’il a accusé d’être le « principal pourvoyeur et organisateur du terrorisme international ». « Du Liban à l’Irak en passant par le Yémen, l’Iran finance, arme et entraîne des terroristes, des milices et d’autres groupes terroristes qui répandent la destruction et le chaos à travers la région », a ainsi déclaré M. Trump dans un discours à Riyad devant les représentants d’une cinquantaine de nations musulmanes, dont 37 dirigeants.

Cette attaque au vitriol contre Téhéran avait ulcéré nombre d’observateurs et de capitales étrangères, notamment au moment où l’ouverture internationale vers l’Iran semble se confirmer suite à l’accord nucléaire signé il y a deux ans, et surtout après la réélection récente de Hassan Rohani.

Autre explication, la volonté du nouveau président américain de faire table rase de la politique de l’ancienne administration Obama. En effet, l’ancien locataire de la Maison-Blanche avait privilégié le dialogue avec Téhéran ayant abouti à l’accord sur le nucléaire iranien en juillet 2015. La doctrine Obama visait en outre à créer un équilibre entre les deux puissances rivales au Moyen-Orient.

Il n’en reste pas moins que les déclarations de Donald Trump accusant l’Iran chiite d’être la source du terrorisme sont, pour certains, déconcertantes. Alors que le monde aujourd’hui combat le terrorisme jihadiste sunnite d’el-Qaëda et de Daech. Alors que 15 des 19 kamikazes des attaques du 11 septembre 2001 sur le sol américain étaient saoudiens.

Toutefois, les propos de Donald Trump ne sont pas dénués de bon sens pour grand nombre d’Américains, surtout dans le camp républicain. Et pas seulement. Ainsi, le département d’État désigne régulièrement dans son rapport annuel l’Iran comme le principal sponsor du terrorisme mondial, et ce quelle que soit l’administration en place. Pour lui, les jihadismes salafiste et khomeyniste ne sont que les deux visages du terrorisme contemporain. Et les États-Unis en ont payé le prix du terrorisme iranien bien avant le 11-Septembre, et ce depuis près de 40 ans.

Dès la révolution khomeyniste en 1979, la prise d’otages de l’ambassade américaine a été le début d’une série d’actions terroristes dirigées contre les États-Unis par le régime des mollahs. Le 4 novembre 1979, quelque 400 militants du nouveau régime iranien montaient à l’assaut de l’ambassade des États-Unis à Téhéran, prenant 52 personnes en otage, auxquelles s’ajouteront trois autres, capturées au ministère des Affaires étrangères. Elles resteront en captivité pendant des semaines et des mois. La crise des otages n’a été résolue que lorsque le président Ronald Reagan est entré en fonctions, le 20 janvier 1981.

Depuis, tous les liens ont été coupés entre Washington et Téhéran, et la confrontation entre les deux pays s’est déplacée vers d’autres pays. L’Iran a ainsi utilisé le terrorisme comme moyen d’action pour frapper les intérêts américains un peu partout dans le monde.

Pionnier dans les attaques terroristes contemporaines
Les attaques lancées au Liban, en particulier contre les contingents américain et français le 23 octobre 1983, tuant des centaines de marines et de soldats, ont appuyé les accusations de « terrorisme d’État » contre l’Iran pour le distinguer du terrorisme issu de groupes non étatiques. Ces attaques ont été suivies d’attentats à la bombe contre l’ambassade américaine et d’autres cibles. La technique d’utiliser des camions et des voitures piégés a été innovatrice dans les techniques terroristes jihadistes mondiales.

Parallèlement, le régime iranien s’est livré à des prises d’otages (américains, français, britanniques) au Liban, via le Hezbollah. Il a aussi systématiquement visé Israël, allié indéfectible des Américains au Proche-Orient, notamment à l’étranger. Les opérations terroristes les plus marquantes ont été dirigées contre la représentation diplomatique israélienne en Argentine en 1992 et l’Association mutuelle israélite (AMIA) en 1994, toujours dans ce même pays.

À cette époque, l’ancien président iranien, Ali Akbar Hachémi Rafsandjani (appelé d’ailleurs l’homme aux 300 attentats terroristes) a été explicitement accusé par le gouvernement argentin d’avoir commandité l’attaque contre l’AMIA à Buenos Aires. Des accusations fondées sur l’allégation selon laquelle des responsables iraniens de haut niveau avaient planifié l’attaque lors d’une réunion en août 1993, parmi lesquels se trouvaient Ali Khamenei, le guide suprême, et M. Rafsandjani, en fonctions à l’époque.

D’ailleurs, quelques années plus tard, en 1997, lors du procès en Allemagne de Mykonos (un restaurant grec à Berlin où ont été assassinés plusieurs leaders de l’opposition irano-kurde, en 1992), le rôle de l’ancien président Rafsandjani a été cité dans la liquidation d’activistes de l’opposition iranienne en Europe.
En effet, le régime des mollahs a régulièrement utilisé le terrorisme pour museler l’opposition à l’étranger, après l’avoir éliminée à l’intérieur.

Il convient enfin de signaler que même si l’Iran n’est pas directement impliqué dans la naissance et le développement de l’État islamique en Irak et en Syrie, beaucoup d’analystes estiment désormais que la politique répressive et despotique des gouvernements irakien du chiite Nouri el-Maliki et syrien de l’alaouite Bachar el-Assad, tous deux alliés du régime iranien, a été déterminante dans l’évolution de ce mouvement jihadiste radical.

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