Pour bien skier en 1932 : suivre les recommandations du Figaro

Par Véronique Laroche-Signorile Mis à jour le 03/01/2018 à 18:30 Publié le 03/01/2018 à 18:21
Pour bien skier en 1932 : suivre les recommandations du Figaro

Piste de ski de Rochebrune a Megeve (massif du Mont Blanc que l’on apercoit au fond au c) en 1938 — Skiing track in winter sports station in France in 1938

LES ARCHIVES DU FIGARO – Il y a 86 ans Le Figaro illustré prodiguait ses conseils pour réussir ses sports d’hiver: lieux de villégiature à privilégier et bonnes pratiques aux skieurs débutants.

Le phénomène ski débute dans les années 1930 avec un engouement croissant pour les sports d’hiver -il se développera pleinement dans les années 50. Les raisons de l’éclosion de ce tourisme hivernal sont plurielles: les communes se tournent vers les activités touristiques, de nombreux petits villages de montagne s’équipent pour cette pratique sportive et se transforment en stations de sports d’hiver; les infrastructures ferroviaires et routières (réseaux d’autocars) s’améliorent. Sans oublier le rôle joué par les accords sur «les congés payés» de 1936 et la généralisation des vacances.

Le problème crucial de l’enneigement
Dans un article paru dans Le Figaro illustré de décembre 1932 Marcel Ichac balaie les différents massifs montagneux et donne les clés pour choisir la meilleure station (enneigements, équipements, pentes, hôtellerie, accessibilité…). Selon lui, le ski ne peut plus être taxé «d’amusement de snob» au regard du nombre de touristes -300.000- et prédit que cela va continuer d’augmenter (en 2016 il y en a eu 10 millions dont 7 millions pratiquant les sports de glisse). Mais il souligne le principal problème de la France: beaucoup de stations sont installées à trop basse altitude «où la neige est insuffisante dans les hivers secs». Constat toujours autant d’actualité, avec ces stations dont le domaine skiable est fermé ou réduit et qui sont contraintes de développer d’autres activités pour attirer les vacanciers.

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Article paru dans Le Figaro illustré de décembre 1932.

Où et comment faire des sports d’hiver
La notion de l’hiver, telle que nous l’entendions, il y a encore quelques années, s’est tellement transformée que nos enfants ne comprendront jamais plus pourquoi nous donnions au nom de cette saison, un sens redoutable, presque maléfique: «Fermez la porte, l’hiver arrive. Calfeutrons-nous près du foyer, car dehors le vent souffle… la neige tombe…» Voilà l’hiver d’hier. «Il gèle à -8°, il est tombé 60 centimètres de neige. Victoire! nous partons samedi en Savoie.» Voilà l’hiver d’aujourd’hui.

Le ski et le patin ont eu raison de la vieille terreur hivernale. Et ce sont les citadins, ceux que leurs habitudes, leurs occupations, leurs goûts, prédisposaient le moins à le pratiquer qui lui ont fait ce succès. Un petit bouleversement social -un renversement des pôles d’attractions touristiques en ont résulté. Aujourd’hui, beaucoup préfèrent prendre une partie de leurs vacances en hiver, ou tiennent au moins à faire chaque année quelques jours de ski. Cinquante mille en France il y a dix ans —aujourd’hui six fois plus nombreux, demain ils seront peut-être un million. Ces chiffres lavent définitivement le ski des deux accusations courantes portées contre lui: «Le ski, c’est un amusement de snob» -et «Le ski, c’est trop cher, et je n’ai pas le temps».

Une fois équipé, le ski ne revient guère plus cher que la pêche à la ligne ou le football.

C’était vrai. Une élite fortunée lança en France le goût des sports d’hiver. Mais aujourd’hui, avec les chiffres que je viens de citer, il faut admettre que leur pratique s’est ouverte à toutes les classes de la société. Une fois équipé, le ski ne revient guère plus cher que la pêche à la ligne ou le football.

Il existe actuellement en France quelques grandes stations de sports d’hiver célèbres à plus ou moins justes titres, et qui monopolisent à leurs profits la majorité de la clientèle hivernale. Une réaction se produit depuis quelque temps, en faveur des petites stations moins connues, et plus économiques. N’oublions pas le grave danger que courent actuellement les stations d’hiver françaises: la concurrence des stations étrangères: Adelboden, Wengen, Gstaad, Davos, en Suisse; Saint-Anton, Zurs, Galtur, en Autriche- supérieurement organisées: Hôtels confortables et relativement bon marché, cours de ski sérieux, enneigement régulier de décembre à mars, et surtout des terrains éminemment favorables au ski.

C’est malheureusement ce qui manque souvent en France: la plupart des stations ont été prévues à trop basse altitude où la neige est insuffisante dans les hivers secs. On n’a pas tenu compte du terrain environnant, car il faut des pentes, de toutes les inclinaisons, de toutes les expositions (pour avoir de la bonne neige à toute heure).

Les Vosges n’offrent pas de belles pentes, mais des parcours de crêtes variés et très intéressants, qui permettent des grands circuits.

Voyons maintenant comment, en connaissance de cause, nous choisirons le lieu de nos vacances d’hiver. Pour les séjours courts, les week-ends de ski, les Parisiens (et c’est pour eux que je parle principalement) vont généralement dans les Vosges: grands hôtels au Lac Blanc, au Markstein, petits hôtels un peu partout, malheureusement tous assez loin du chemin de fer, et il faut compter au total, de Paris 8-9 même 10 heures de trajet. Les Vosges n’offrent pas de belles pentes, mais des parcours de crêtes variés et très intéressants, qui permettent des grands circuits. La neige est souvent dure ou tolée malheureusement.

C’est dans le Jura Français que se trouvent les champs de ski les plus rapprochés de la capitale: 7h.30 de chemin de fer (réduction de 50% individuelle l’hiver sur le P.-L.-M., valable du vendredi au mardi, pour certaines stations du Jura et des Alpes). Le voyage revient approximativement à 95 francs aller et retour en 3e classe, et à 145 francs en seconde. La neige y est généralement très bonne mais il y en a rarement avant le milieu de janvier.

Autour des Jeux Olympiques d’hiver de 1924 à Chamonix: ski joëring.
Avantage inappréciable, on peut chausser les skis en débarquant du train. On trouve quelques hôtels généralement modernes et bon marché: aux Hôpitaux-Neufs, à Jougne, par Pontarlier et aux Rousses, par Morez. Pas de pentes raides, mais des promenades pour débutants et l’ascension facile des sommets du Jura: la Dole, le Colomby de Gex, le Suchet, etc…(panoramas magnifiques sur les Alpes les jours de beau temps).

Abordons les Alpes: le Revard assez rapidement accessible de Paris —9 heures de chemin de fer (grand hôtel, installations très complètes: tremplins, patinoires, pistes de bob, etc.). Neige très bonne, mais c’est un plateau manquant de belles descentes —Chamonix, la grande station française, a d’excellents terrains de ski, mais dans ses environs seulement: Plateau de Planpraz, accessible en funiculaire, ski possible de novembre à mai, Col de Balme, Col de Voza— terrains au-dessus de 2.000 enneigés régulièrement. Par contre, nombreuses distractions, hôtels à tous les prix —magnifique patinoire, etc… De même pour Megève, la station voisine et rivale, très bien exposée, quelques pentes intéressantes, beaucoup de jolies promenades à ski, mais quelquefois peu de neige!

Dans les Pyrénées une station remarquable: Superbagnères, très belles pentes à ski.

Citons encore, dans les Alpes: Morzine et le Col des Gets, centre important, bien situé. En Savoie, dans la haute vallée de l’Isère, et jouissant généralement d’un enneigement abondant: Nancroix, Peisey, Tignes. Plus au sud encore, l’Alpe d’Huez, Chamrousse, rendez-vous dominicaux des skieurs lyonnais et grenoblois, et le Mont-Genèvre-près de Briançon. Enfin, dans les Alpes maritimes, à proximité de Nice, Beuil et Peira-Cava.

Dans le Massif Central, stations en formation du Mont-Dore et du Lioran, très mal desservies l’hiver par chemin de fer et qui méritent d’être organisées. Enfin dans les Pyrénées une station remarquable: Superbagnères (grand hôtel à 1.800 mètres d’altitude, mais on peut habiter Luchon, et monter chaque jour en funiculaire) très belles pentes à ski.

En résumé, à quelques exceptions près, grande station de sport d’hiver ne dit pas forcément centre idéal pour le ski. Toutes les petites villégiatures d’été des Alpes, situées au-dessus de 1.000 mètres, ouvrent maintenant des hôtels d’hiver très suffisants à condition qu’ils aient le chauffage central et elles font, pour les amateurs de simplicité et de tranquillité, aussi bien l’affaire, à condition qu’elles ne soient pas situées dans des vallées étroites et resserrées mais à proximité de plateaux vallonnés sans trop d’arbres.

On ne saurait trop conseiller aux débutants de suivre avant tout un cours de ski, car on apprend maintenant le ski comme l’anglais, en douze leçons!

Votre lieu de séjour choisi, votre équipement acheté, vous débarquez. Comment allez-vous commencer? On ne saurait trop conseiller aux débutants de suivre avant tout un cours de ski, car on apprend maintenant le ski comme l’anglais, en douze leçons! On trouve presque partout de bons professeurs nourris des meilleures traditions de l’école de l’Arlberg. En leur absence, un ami plus calé et un bon manuel d’exercices (1) peuvent y suppléer.

Mais pliez-vous quelques jours à la discipline d’un apprentissage. Les bons conseils, l’émulation et… l’expérience des maîtres vous auront vite débrouillés. En principe, dès le premier ou second jour, un débutant peut aller faire une promenade en terrain facile, apprendre à suivre une trace, à monter régulièrement, et à se relever sans trop de fatigue quand il est par terre. Car des chutes répétées exténuent le débutant. Il faut donc lui éviter les pentes trop raides, les chemins glacés en pente, les parcours sous-bois et l’empêcher de freiner en s’appuyant sur ses bâtons, habitude néfaste dont on se défait trop difficilement.

Partie de ski à chien à Chamonix Mont-Blanc vers 1930.
Peu à peu viendra la confiance car, comme dit Arnold Lunn, un des apôtres du ski: «L’art du ski, c’est la foi…, dans une descente restez le plus longtemps possible sur vos skis, ne vous laissez jamais glisser par terre tant qu’il vous reste un atome d’équilibre, même quand la chute est inévitable, essayez de la retarder d’un ou deux mètres.» Mais ne vous attardez pas sur les pistes trop fréquentées, où la neige tassée permet toutes les évolutions. Allez répéter les mouvements dans la neige profonde, vierge de toute trace, et lancez-vous dans les grandes descentes, essayez votre virtuosité sur les parcours de slaloms (courses de descente suivant un itinéraire jalonné). Perfectionnez-vous, entraînez-vous à améliorer chaque fois votre «temps».

Une fois sûr de vous, vous pourrez aborder ce magnifique royaume du skieur, cette apothéose du ski: la Haute Montagne hivernale. Mais cela mérite un chapitre à part.

(1) Comme livre d’exercice, recommandons: La Nouvelle Technique du Ski, de M. Winker, Dardel, édit.

Par Marcel Ichac

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