Macron et l’honneur des femmes syriennes

 

Après la diffusion d’un documentaire accablant de France 2 sur le viol des femmes syriennes dans les prisons du régime Assad, le président Macron doit enfin retirer sa Légion d’honneur au dictateur syrien.

Photo extraite de « Syrie: le cri étouffé »

France 2 a diffusé, le 12 décembre, un bouleversant documentaire de Manon Loizeau sur le viol systématique des femmes emprisonnées dans les geôles du régime Assad. La réalisatrice de « Syrie, le cri étouffé » décrit la pratique instituée des crimes sexuels par la dictature comme une « arme de destruction de la femme et de la société » et, à travers elles, de « destruction de l’élan de la révolution ». Elle estime à 90% la proportion de femmes emprisonnées par le régime à avoir été victimes de viols. La diffusion de ce reportage accablant avait été précédée, dans « Le Monde », de la publication du témoignage de Hasna al-Hariri, une des trop nombreuses victimes de cette guerre cachée.

J’avais pour ma part dès mai 2013 lancé un cri d’alarme sur « le sexe comme arme de guerre en Syrie ». J’évoquais déjà les viols banalisés par la soldatesque d’Assad en vue de briser la volonté des populations insoumises. Il s’agissait bel et bien pour le despote, non seulement de frapper les Syriennes dans leur intimité, mais aussi de les emmurer éternellement dans l’impossible deuil d’une déchéance inavouable. Je dénonçais également le scandale des « mariages » de jeunes, voire de très jeunes femmes, à des combattants jihadistes, un phénomène qui s’est malheureusement amplifié durant les années suivantes.

Le « Cri étouffé » de ces victimes syriennes sur France 2 ne peut que relancer la campagne en faveur du retrait de la Légion d’honneur à Bachar al-Assad. Jacques Chirac avait remis en 2001 au despote syrien la Grand-Croix, soit la décoration la plus élevée de cet ordre, et ce dans la plus grande discrétion, tant il mesurait le caractère troublant d’une telle distinction. Le président Macron, placé devant ce fait accompli par ses prédécesseurs, a qualifié récemment Bachar al-Assad de « criminel » qui devrait répondre de ses actes devant la « justice internationale ».

Le chef de l’Etat a honoré la France et la République en retirant sa Légion d’honneur à Harvey Weinstein, poursuivi pour de multiples agressions sexuelles. Le porte-parole du gouvernement a depuis déclaré que la question d’unedéchéance similaire de Bachar al-Assad était « légitime ».La liste des crimes du despote syrien était déjà terriblement longue. Le « Cri étouffé » révèle à ceux qui l’ignoreraient encore l’ampleur de la violence méthodiquement infligée aux femmes par un tel régime.

Le temps des questions « légitimes » est dépassé. Il est urgent de trancher. Enfin. Sauf à ignorer le cri brutalement « étouffé » de toutes ces femmes syriennes.

Jean-Pierre Filiu est professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris). Il a aussi été professeur invité dans les universités de Columbia (New York) et de Georgetown (Washington). Ses travaux sur le monde arabo-musulman ont été diffusés dans une douzaine de langues. Il a aussi écrit le scénario de bandes dessinées, en collaboration avec David B. ou Cyrille Pomès, ainsi que le texte de chansons mises en musique par Zebda ou Catherine Vincent. Il est enfin l’auteur de biographies de Jimi Hendrix et de Camaron de la Isla.

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