LIBAN : Première étape de la bataille du jurd de Ersal : effet de surprise et avancée rapide

 

OFFENSIVE

22/07/2017À l’aube d’hier, juste après la prière, l’offensive conjointe du Hezbollah et de l’armée syrienne dans le jurd de Ersal a officiellement commencé. Elle était préparée depuis quelques jours par des bombardements aériens intensifs de l’armée de l’air syrienne contre les positions présumées des combattants de Fateh el-Cham (ex-Front al-Nosra), de Daech, ainsi que d’autres factions armées de l’opposition syrienne.

Comme annoncé, l’offensive se fait par étapes. La première, qui se déroule actuellement, vise spécifiquement les combattants de Fateh el-Cham, parce que leurs positions sont les plus proches de la frontière libanaise. Une fois cette étape terminée, les forces qui mènent l’offensive pourront avancer vers les positions de Daech, plus en profondeur dans le jurd. Il faut préciser que Daech contrôle une superficie cinq fois plus grande que celle de Fateh el-Cham, sachant que la superficie totale de l’ensemble du jurd est estimée à 150 km². Il s’agit donc d’une région immense et peu peuplée, montagneuse et difficile d’accès. Il n’y a pas d’informations précises sur le nombre de combattants cachés dans le jurd. Les estimations parlent d’un peu plus d’un millier, mais leur puissance est décuplée par la géographie des lieux et par leur détention de missiles antichars Milan et Tow (qu’ils ont pris aux factions de l’opposition syrienne dite modérée) considérés comme très efficaces. C’est pour cela qu’on affirme généralement que la bataille du jurd est difficile et coûteuse en vies humaines pour ceux qui mènent l’offensive.

Mais il faut noter le fait que dans cette région immense, il y a peu de civils. Ce qui constitue un élément en faveur de l’offensive, car cela facilite les attaques et ôte aux combattants la possibilité de se cacher au sein de la population. De même, l’arme favorite des combattants, à savoir l’envoi de kamikazes, n’est pas possible dans une telle région, car en raison de l’absence de villages et de zones habitées, ceux-ci sont rapidement décelables et ne peuvent plus passer inaperçus pour faire un maximum de victimes. De même, les combattants dans les deux camps n’étant pas très nombreux, il est difficile de les piéger par l’envoi d’éléments armés portant leurs uniformes chargés de se faire exploser au milieu des positions ennemies…
La bataille entamée du jurd de Ersal ne ressemble donc à aucune autre de celles qui déchirent la Syrie depuis six ans. Elle a plutôt des allures de guerre du Moyen Âge, avec toutefois des équipements modernes et des tactiques différentes.

L’offensive des combattants du Hezbollah dans sa première étape a ainsi été menée à travers deux axes, dans le but évident de couper en deux la zone contrôlée par Fateh el-Cham, pour affaiblir les combattants et les déstabiliser. Le premier axe est celui du jurd de Flita (à l’ouest, en Syrie) et le second à partir de la chaîne de montagnes qui sépare le Liban de la Syrie, au nord-est du jurd de Ersal. Ce qui montre bien l’intention de ceux qui mènent l’offensive de couper le contact entre les deux zones pour piéger les combattants.
Dans le premier axe, l’avancée des combattants du Hezbollah et des soldats de l’armée syrienne est spectaculaire. En quelques heures, ils ont pris la colline stratégique al-Bourkan occupée par les combattants de Fateh el-Cham. Concernant le second axe, c’est la position al-Kanzah qui constitue la première cible vers laquelle les combattants du Hezbollah et les soldats syriens avancent rapidement. Selon les informations données par le département d’information militaire (un service conjoint libano-syrien qui couvre en ligne les développements militaires), certaines positions ont été évacuées par les combattants de Fateh el-Cham, avant même l’arrivée de l’armée syrienne et du Hezbollah. D’autres, par contre, ont fait l’objet de combats acharnés. Au total, et en quelques heures, huit positions de Fateh el-Cham ont été reprises par le Hezbollah et l’armée syrienne, et plusieurs experts militaires prévoient une bataille rapide (du moins pour ce qui concerne cette dernière formation), les combattants n’ayant aucune chance de tenir longtemps face à cette offensive étudiée jusque dans ses moindres détails.

 

Il faut préciser aussi que l’offensive, bien que prévue, a pris de court les combattants de Fateh el-Cham qui misaient encore sur une ultime tentative de négociation menée par le cheikh al-Hojeiry (plus connu sous le nom d’Abou Takiyé). Ce dernier aurait convaincu le chef de Fateh el-Cham dans le Qalamoun syrien, Abou Malek al-Tallé, de quitter la région avec ses hommes et ses fonds. Mais celui-ci voulait passer par le Liban. Le Hezbollah n’a donc pas attendu un nouveau round de négociations. Avec l’armée syrienne, il a lancé l’offensive, profitant de l’effet de surprise…

Pour éviter toute fuite des combattants vers le Liban, le Hezbollah et l’armée syrienne ont bloqué, par des tirs, les deux voies de passage à Wadi Hmayed et Aïn Ata du côté syrien. Mais il reste, selon ceux qui connaissent bien la région, un espace de près de 12 km qui n’est pas contrôlé et par lequel des combattants peuvent s’infiltrer. De son côté, l’armée libanaise est en état de vigilance et surveille les points de passage. Elle a déjà tiré sur un groupe de combattants qui essayaient de s’introduire au Liban. Selon certaines informations, les combattants de Fateh el-Cham chercheraient à envoyer leurs blessés au Liban pour s’y faire soigner… L’armée libanaise laisse en tout cas passer les civils, et elle a même demandé aux organisations humanitaires relevant de l’ONU d’être présentes sur les lieux. Au premier jour des combats, on ne peut en tout cas pas parler d’un afflux de civils syriens vers Ersal… Mais la bataille n’en est qu’à ses débuts…

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