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LIBAN : Porter les armes sert juste à aider un chef de guerre à devenir ministre 

 

TÉMOIGNAGEUn ancien milicien raconte sa reconversion à « L’Orient-Le Jour ».

12/08/2017
Après des années de galère, Tony*, un ancien milicien de 56 ans, a enfin réussi à se trouver une situation confortable. Il est aujourd’hui gardien d’une station hydraulique et habite dans une maison attenante à la station. Tony a réussi à obtenir un « bon » salaire, bénéficie d’une assurance-maladie et il est inscrit à la Sécurité sociale.

Mais les choses n’ont pas toujours été aussi simples pour lui. Une fois la guerre terminée en 1990, il a dû faire face à la réalité. Il a dû, pour la première fois de sa vie, chercher du travail, assumer des responsabilités et payer des charges domestiques, comme le loyer, l’électricité ou l’eau. « J’ai vécu une période de perdition à la fin de la guerre. Je ne savais pas que faire ni où travailler. Je suis revenu à la vie normale mais elle était amère. C’est là que j’ai regretté mon engagement milicien. J’avais tout donné pour le chef, raconte Tony. Après la fin de la guerre, je suis allé voir un ancien compagnon d’armes devenu ministre pour qu’il me fasse embaucher quelque part, mais il m’a renvoyé parce que je n’avais aucun diplôme. »

« Entre 1975 et 1982, au moment où j’étais combattant chez les Kataëb, je ne percevais pas de rémunération. On recevait des aides alimentaires à l’époque et certains volaient pour subsister, confie Tony. Quand j’ai commencé à travailler pour Hobeika, j’étais payé 600 dollars par mois et il nous donnait quelquefois des bonus de 100 ou 200 dollars. Je regrette toutefois d’être monté à Zahlé. J’étais perdu et j’ai ressenti un grand vide là-bas. »

 

« Quand je vois les jeunes combattants du Hezb… »
Pour Tony, l’après-guerre a été une série de petits boulots, souvent obtenus grâce à des connexions établies durant la guerre : chauffeur-livreur, vendeur ou coursier, accompagnés d’une situation précaire et de longues périodes de chômage.

« La guerre m’a fait du bien et du mal en même temps. À cause d’elle, je n’ai pas poursuivi mes études. Je l’aurais sûrement fait si elle n’avait pas eu lieu, et si j’avais déjà un travail, je ne me serais même pas engagé peut-être. Ce qui est bien, par contre, c’est que la guerre m’a permis de rencontrer des gens qui sont aujourd’hui députés et ministres… » souligne-t-il.

« Si j’avais fait des études, ma vie aurait sans doute été différente aujourd’hui. Je voulais être ingénieur mécanique. Si j’avais eu ce diplôme, j’aurais pu travailler dans de grandes sociétés. C’est vrai qu’il n’y a pas de sot métier, mais il y a une différence entre le fait d’être un simple soldat ou un salarié et celui d’être officier ou ingénieur », déclare-t-il. « Je ne regrette pas de m’être battu avant 1982 car je le faisais pour une cause. Mais je conseille à chaque personne qui pense porter les armes de ne pas le faire. C’est le leader qui en tire profit et pas la personne qui combat et qui meurt pour rien. Pourquoi le leader ne prend-il pas les armes lui-même ? Un combattant ne sert à rien, il sert juste à aider un chef de guerre à devenir ministre », lance Tony.

« Quand je vois aujourd’hui les jeunes combattants du Hezbollah, je me dis que lorsque la guerre en Syrie va se terminer, ils deviendront comme moi. Ils iront chercher du boulot, déclare Tony. Ils sont aujourd’hui fiers de porter les armes. La période de combat est un moment de fierté et d’apparat. Mais, dans quelques années, ils ne seront plus aussi fiers, si tant est qu’ils ont la chance de survivre. »

 

Stress post-traumatique
Tony, qui n’a jamais suivi de thérapie depuis la fin de la guerre, porte de nombreuses traces de stress post-traumatique. Depuis des années, il fait des cauchemars tous les soirs et rêve de démons qui le poursuivent, d’accidents de voiture ou de personnes qui font du mal à sa famille.

Lorsque sa femme l’a quitté, vers la fin des années 1990, et emmené leurs deux enfants avec elle, Tony a arrêté de travailler pendant deux ans et a sombré dans l’alcool, mais il confie s’en être remis depuis par la force de sa volonté. « Quand ma femme est partie, j’ai perdu mes repères et j’ai eu de graves problèmes de santé à cause de l’abus d’alcool. Moi qui ai consacré ma jeunesse à me battre pour Achrafieh, je ne supporte plus ce quartier, car c’est là que ma femme m’a quitté. Après son départ, je suis resté enfermé deux ans chez ma sœur qui m’a recueilli. Je n’ai aucune nouvelle de mes enfants depuis une vingtaine d’années. Je ne reconnaîtrais pas mes fils s’ils se trouvaient dans la même pièce que moi », confie-t-il.

Tony assure n’avoir jamais touché à la drogue ni à l’alcool pendant ses années de combat, même s’il reconnaît avoir souvent consommé, ainsi que ses compagnons d’armes, une « sorte de liqueur blanche venue d’Allemagne » qui le tenait éveillé pendant les longues nuits de garde.

Tony a été blessé plusieurs fois durant la guerre, mais n’a touché aucune indemnité, ni pendant ni après… « Comme beaucoup de combattants, j’ai été touché et hospitalisé plusieurs fois, mais c’est à peine si on nous souhaitait bonne guérison », raconte-t-il.

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