LIBAN Pins du Liban : ravages et solutions

La punaise du pin s’attaque aux cônes et les vide de leur substance, occasionnant des pertes économiques considérables pour les gens qui vivent des ressources des forêts. Photo Bigstock

FORÊTSLa mauvaise gestion, le changement climatique, l’âge et la vulnérabilité des arbres ont favorisé la prolifération d’insectes, qui soit déciment la récolte des pignons, soit tuent les pins

01/05/2017

 La récolte des pignons a nettement baissé depuis deux ans. Un jeune homme qui louait des terrains forestiers pour récolter et vendre les pignons m’a demandé récemment de lui trouver un job comme portier dans la capitale. C’est vous dire combien les gens d’ici sont affectés

C’est par cet exemple que Habib Farès, président du conseil municipal de Bkassine (caza de Jezzine), décrit le désarroi qui règne depuis qu’un fléau ravage les belles pinèdes de cette région du Liban-Sud. Bkassine comprend l’une des plus grandes et belles pinèdes du Liban

– Le bois nous rapportait annuellement autour de 400 à 500 millions de livres libanaises de pignons, récoltés par des privés qui louent les terrains, poursuit-il. Cette année, la récolte n’a pas dépassé les 60 millions. Beaucoup de terrains ont été gardés tels quels parce que cela ne valait pas la peine d’y accéde

Si, à Bkassine, les pommes de pin sont grignotées par un insecte ravageur, dans plusieurs localités du Metn, ce sont des arbres, attaqués par un autre nuisible, qui meurent. Hicham Labaki, président du conseil municipal de Baabdate, nous décrit un phénomène comparable à celui observé au Bois des pins à Beyrouth (lire L’Orient-Le Jour du 18 mars 2017), où 500 arbres ont déjà été perdus. Certes, à Baabdate, le fléau semble pour l’instant se limiter à quelque 110 arbres des 50 000 que compte le village, mais M. Labaki n’en est pas moins soucieux de mettre un terme au danger. – Nous constatons cette maladie depuis deux ans, dit-il. Cette année, le ministère de l’Agriculture nous a recommandé de couper les arbres morts, de les traiter pour tuer l’insecte, puis de les brûler, afin d’éviter toute contagion

Vider les cônes de leur substance

Interrogé sur ces « nouveaux fléaux » qui attaquent les pins depuis deux ou trois ans, Chadi Mehanna, directeur du développement rural et des ressources naturelles au ministère de l’Agriculture, distingue deux insectes qui ravagent actuellement les pinèdes, avec des conséquences différentes sur les arbres. « Le premier de ces insectes est le Leptoglossus occidentalis (alias la punaise américaine du pin). Cet insecte est originaire d’Amérique, mais on dit qu’il serait arrivé à notre région via l’Europe, et il fait déjà pas mal de dégâts dans des pays comme la Turquie. Chez nous, il aurait déjà fait baisser la production de pignons de 50 à 60 % dans certains régions », dit-il. L’insecte en question se nourrit des cônes encore jeunes qu’il suce jusqu’à les vider de leur substance. À la récolte, on retrouve donc le cône entièrement vide : –  Nous avons lancé un projet de recherche avec les experts de la FAO, l’année dernière, et avons identifié l’insecte qui pullule depuis peu dans nos forêts, souligne-t-il. Nous avons également déterminé une combinaison de facteurs, notamment en relation avec les longues périodes de sécheresse dues au changement climatique, et avec le fait que les forêts de pins sont souvent âgées et très denses, donc plus vulnérables

Vu l’ampleur du phénomène et ses conséquences sociales (comme à Bkassine), le ministère, sur l’avis des experts locaux notamment, a opté pour un traitement chimique ciblé en forêt: –  Une première campagne pilote a été menée, l’année dernière, dans des régions de la montagne particulièrement touchées, précise Chadi Mehanna. Nous n’avons pas encore les résultats définitifs de notre intervention
– en effet, même si nous avons observé des insectes morts, il faut attendre trois ans pour s’assurer que les cônes seront récoltés intacts, puisque cette récolte ne se fait que tous les trois ans

À Bkassine et dans tout le caza de Jezzine, la campagne de traitement commence le mois prochain, selon Habib Farès.

Une intervention « chirurgicale »

« Si la punaise américaine du pin vide les pommes de pin de leur substance, un autre insecte condamne à mort l’arbre tout entier. Et c’est bien celui dont on constate la présence, au Metn et ailleurs. Cet insecte appartient à la famille des scolytidés, une sorte de charançon », explique Chadi Mehanna. « Il se nourrit sous l’écorce et finit par affaiblir l’arbre jusqu’au dessèchement », précise-t-il, ajoutant qu’il y a plusieurs hypothèses sur sa soudaine prolifération sous nos cieux. « L’attaque a été particulièrement sévère au Bois des pins et elle est constatée dans certaines régions, dans le Metn notamment. L’insecte est d’autant plus virulent que l’arbre est vulnérable à cause de son grand âge, de la densité de la forêt, des remblais ou chantiers alentour… » note-t-il.

Pour les arbres trop atteints, il n’y a plus rien à faire. Selon l’ingénieur agronome, il faut les couper puis les brûler, afin d’éviter toute contamination. « En raison de l’interdiction des coupes dans les forêts de résineux, nous avons souvent dû délivrer des permis spéciaux pour permettre d’ôter ces arbres malades, sous la supervision de nos gardes forestiers, bien sûr », dit-il. Pour le reste, le ministère a identifié l’insecticide chimique qui peut tuer ce charançon:  – Des campagnes de dissémination par voie aérienne sont hors de question, précise Chadi Mehanna. Il faut soit pulvériser l’insecticide à forte pression sur le tronc de l’arbre touché, soit l’administrer par voie d’irrigation. Dans les deux cas, il s’agit d’une intervention quasi chirurgicale, afin d’éviter que d’autres espèces ne soient décimées par la même occasion

Selon lui, le ministère compte importer des quantités de ce pesticide. « Toutefois, comme il s’agit d’une affaire urgente, nous sommes obligés de procéder par contrat de gré à gré, d’où la nécessité d’un accord du Conseil des ministres », précise-t-il. Que faire entre-temps ? « Le produit n’étant pas très cher, nous avons encouragé les municipalités qui le peuvent à l’acquérir pour traiter les arbres touchés, sous notre supervision, dit-il. Mais nous aurons davantage de marge de manœuvre quand nous en disposerons nous-mêmes. » À Baabdate, la municipalité a acheté le produit, ainsi que nous le confirme Hicham Labaki. « Nous aurions aimé que le ministère nous fournisse du matériel spécialisé afin d’administrer plus efficacement l’insecticide », ajoute-t-il cependant

Utiliser des insecticides chimiques en pleine forêt quand le problème atteint une certaine ampleur a beau être incontournable, Chadi Mehanna souligne qu’:  –  il faut toujours espérer que l’équilibre naturel soit rétabli dans l’écosystème forestier, par l’apparition de prédateurs naturels par exemple, et surtout par l’adoption d’une gestion durable du milieu forestier

Une bonne nouvelle pour les forêts 

Une fois n’est pas coutume : il y a bel et bien une bonne nouvelle pour les forêts du Liban. Un insecte surmédiatisé, la chenille processionnaire, qui prolifère depuis des années dans les bois de pins, s’est fait plus discret cette saison. Chadi Mehanna, directeur du développement rural et des ressources naturelles au ministère de l’Agriculture, fait état d’une observation :  Du moins, nous n’avons pas compté deux générations cette année, donc deux éclosions

Il explique qu’un traitement efficace, effectué l’année d’avant, est à l’origine de ce succès

– La première phase du traitement a été la dissémination d’un produit biologique, “Bacillus thuringiensis”, sur les forêts à risque, par voie aérienne, indique-t-il. Ce produit n’est toutefois efficace que sur le premier stade de développement de l’insecte. Pour les stades plus avancés, nous avons employé un insecticide chimique, mais sur les alentours des forêts, plus proches des populations, afin de les protéger des désagréments causés par la présence de la chenille processionnaire

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