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LIBAN : Loi électorale : Vous nous ramenez à 1975, accusent les étudiants de l’USJ

Le débat autour de la réforme électorale au campus des sciences sociales de l’USJ-Huvelin, modéré par le professeur Rizk Zogheib, et présenté par le président de l’amicale de droit, Karl Daou. Photo ANI
LOI ÉLECTORALE
22/05/2017

 

Invités par l’amicale de droit de l’USJ à débattre de la réforme électorale, les représentants respectifs du courant du Futur, du Courant patriotique libre (CPL), des Forces libanaises (FL), des Kataëb et des Marada ont révélé leurs profondes divergences autour de la notion de consensualisme, d’une part, et celle de partenariat, de l’autre. Des divergences renforcées entre autres par l’exacerbation du discours communautariste

C’est le député Fadi Karam (FL) qui a été le plus loin dans ce discours. Au nom du « pragmatisme » arboré par les FL depuis la réconciliation de Meerab, M. Karam appelle à « rétablir le partenariat réel entre toutes les composantes du Liban », conçues strictement sous l’angle communautaire. « Pourquoi avoir honte de dire les choses telles quelles ? Ce sont les communautés qui ont fondé le Liban », dit-il. Excluant d’entrée l’option d’une citoyenneté civile pensée en dehors des communautés, M. Karam assimile sur le ton de l’évidence les sièges parlementaires à des sièges communautaires. Il les présente comme « des sièges de députés représentant leur communauté », enterrant ainsi, sur les lieux mêmes de la plus ancienne école de droit de l’histoire, le caractère général du mandat parlementaire… C’est ainsi qu’il confirme les velléités de son parti d’obtenir un transfert de sièges attribués à des maronites d’une circonscription à une autre où ils seraient démographiquement majoritaires. Ce serait, à ses yeux, : –  le seul moyen de garantir une bataille électorale basée sur la compétence, sans que ses résultats ne soient connus d’avance

C’est en recourant à des détours plus subtils, mais pas plus convaincants, qu’Alain Aoun (CPL) tente de justifier « les garanties » souhaitées avec la proportionnelle. « L’appartenance à la communauté reste plus forte que l’appartenance à la patrie (…). Le comportement électoral reste foncièrement communautaire et ce n’est pas du jour au lendemain que cela va changer (…). Nous demandons des garanties qui tiennent compte de cet état des lieux et permettent d’éviter que la proportionnelle ne conduise à la prédominance d’une communauté », déclare-t-il. En présumant de « la réalité identitaire du pays », il laisse entendre que le tandem chrétien n’y est pour rien et occulte ses ambitions de monopoliser le vote des chrétiens

Mais l’assistance n’est pas dupe. « Par garanties, vous faites allusion à la préqualification », lance un étudiant à l’adresse du député. Un autre l’accuse « d’attiser les tensions de 1975 ». « 1975 ? Je ne sais pas à qui vous faites allusion », répond M. Aoun, avant d’expliquer que le seul moyen pour accomplir le passage du système confessionnel à la laïcité est de libérer le débat public des références confessionnelles. Et le faire en réglant la question de la marginalisation des chrétiens, : –  lésés de 1990 à 2005, et puis au lendemain de 2005

Une réponse qui n’impressionne pas les jeunes étudiants : « Comment préparer le terrain de la laïcisation, alors que vous ne faites que pousser à l’extrême la logique du système communautaire ? » demandera l’un d’eux à MM. Aoun et Karam.
« La rhétorique de victimisation », accessoire du discours identitaire chrétien, sera également dénoncée par un autre étudiant, en référence à l’ensemble des factions chrétiennes au pouvoir. Le caractère superflu de cette rhétorique est trahi d’ailleurs par les propos d’Alain Aoun lorsqu’il salue le blocage par le président Michel Aoun de la mise en œuvre de la loi de 1960. Ce blocage aurait « catalysé » à ses yeux la réforme électorale. Mais la capacité du chef de l’État à procéder à cet acte, dont la constitutionnalité est de surcroît controversée – comme le rappelle depuis l’assistance l’ancien ministre Marada Rony Araïji – ne serait-elle pas en soi une preuve contraire de la prétendue « marginalisation » des chrétiens

Mais comme tout populisme, la surenchère autour de ces droits ne manque pas de piéger des factions chrétiennes pourtant opposées au discours identitaire. Ainsi, l’ancien ministre Youssef Saadé (Marada) déconstruit dans un premier temps la logique du monopole chrétien : même s’il adhère à l’idée d’un vote préférentiel, il stigmatise les tentatives « dangereuses » du tandem CPL-FL de décrocher des « votes communautaires ». Mais il valorise dans un second temps le consensus qui avait été obtenu à Bkerké sur la proposition de loi dite orthodoxe – dont l’esprit déteint pourtant sur les « garanties » souhaitées par le tandem chrétien. « Ce consensus a le mérite d’avoir fait entendre le cri légitime des chrétiens… Et ce cri a été entendu, notamment par le Hezbollah », dit-il

L’intervention du député d’Achrafieh Nadim Gemayel (Kataëb) identifie les armes du parti chiite comme l’une des « anomalies » qui minent le débat sur la loi électorale (et justifient la communautarisation politique ? ). M. Gemayel met en garde contre le vide au niveau du pouvoir législatif, comme prélude à une Assemblée constituante. Pour sa part, le président de l’amicale de gestion dénonce, en s’adressant à MM. Aoun et Karam, le paradoxe entre les prétendus efforts à réformer la loi électorale pour renforcer les institutions et l’existence d’une force paramilitaire qui, à tout moment, remet en cause cette démarche. Une remarque à laquelle Youssef Saadé se chargera de répondre
L’autre « anomalie » serait l’usage du « consensualisme » à des fins de « blocage », sinon pour justifier que « les décisions soient prises dans des lieux de rencontre extraconstitutionnels, ou des salons politiques », s’indigne le député d’Achrafieh. Si « les votes communautaires » entravent la formation de blocs pluriels, comme le souligne M. Saadé, la pratique viciée du consensualisme semble conduire à exclure le concept même d’opposition politique. Aussi, Fadi Karam répond-il à ce qu’il a qualifié d’ « idéalisme » de M. Gemayel en faisant remarquer que « l’absence d’opposition politique prouve que le système est consensuel ». Or, la proportionnelle viendrait consacrer ce système dysfonctionnel, comme le fait remarquer un étudiant. –  La proportionnelle ne serait-elle pas, par son caractère participatif, une forme de consensualisme qui se grefferait sur le consensualisme existant et paralyserait le pays  s’interroge-t-il
Le ministre Jamal Jarrah (Futur) reconnaît de son côté que « la plupart des projets proposés jusque-là, dont la proportionnelle intégrale, n’ont pu dépasser l’approche strictement communautaire, chaque communauté se demandant comment elle peut augmenter le nombre de sièges qu’elle détient au Parlement ». Or, étant donné que le nombre de sièges est insignifiant en tant que tel (preuve en est le compromis de la présidentielle), l’enjeu de la loi électorale résiderait dans « la vision du pays » qu’elle compte fonder. Jamais cette vision n’a semblé plus morcelée

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