LIBAN : L’offensive militaire à Ersal : un pari raté pour le Hezbollah ?

 

ÉCLAIRAGE

04/08/2017

En dépit de son issue positive, puisqu’elle a permis de refouler les jihadistes de Fateh el-Cham (ex al-Nosra) en Syrie, l’opération militaire du Hezbollah dans le jurd de Ersal n’a pas eu et n’aura pas le retentissement espéré par la formation chiite. Elle ne pourra sûrement pas renflouer le triptyque « peuple-armée-résistance » si cher au cœur des responsables du parti de Hassan Nasrallah.
Ce constat a été fait par des personnalités politiques chrétiennes qui reconnaissent pourtant que les Libanais ne peuvent que se féliciter de tout ce qui peut nettoyer leur pays de la présence de terroristes. Ils relèvent cependant dans le même temps les retombées négatives de cette opération. La plus importante à leurs yeux est que face à la montée de la puissance du Hezbollah, que reflète sa victoire expresse contre Fateh el-Cham, c’est la force du pouvoir central qui en a pris un coup. Ces personnalités mettent ainsi en relief les nombreuses interrogations que l’opération de Ersal continue de susciter : Qu’est-ce qui a motivé son timing? Pourquoi le Hezb a-t-il lancé son offensive contre les terroristes retranchés dans le jurd de Ersal et pas contre ceux qui occupent le jurd de Qaa et Ras Baalbeck, laissant à l’armée de soin de les refouler en Syrie? Pourquoi le Hezbollah a-t-il accepté de s’engager dans des négociations avec Fateh el-Cham après avoir annoncé qu’il en refusait le principe même ? Comment a-t-il permis à 116 miliciens et à leur chef, Abou Malek el-Tallé, de se retirer avec leur argent et leurs armes, alors qu’ils sont accusés d’avoir tué des militaires et des civils libanais, d’avoir organisé des attentats et planifié d’autres ?
Pour ces personnalités, c’est l’armée libanaise qui aurait dû programmer la bataille des jurds, laquelle était supposée nettoyer d’un même coup toute la frontière de la présence de terroristes, suivant son propre agenda et son propre timing et non pas en fonction d’un agenda et d’un timing extérieur, en l’occurrence iranien. D’ailleurs, le chef du gouvernement, Saad Hariri, avait lui-même affirmé, à l’époque où des rumeurs circulaient encore sur une opération militaire à Ersal, que l’armée allait mener « une offensive programmée ». Quelques jours plus tard, l’offensive était lancée par le Hezbollah.
Celui-ci considère que sa victoire à Ersal est nationale et est celle de tous les Libanais alors qu’en fait, il cherche à en tirer profit pour l’exploiter politiquement au double plan interne et externe. Au plan interne, cette bataille lui a permis de reprendre le triptyque « peuple-armée-résistance » – qui a récemment agrémenté les discours de tous ses responsables – parce qu’il considère que c’est grâce à la combinaison des trois qu’il a réussi à chasser les jihadistes de Fateh el-Cham des hauteurs de Ersal. Or ce triptyque est tombé définitivement, à partir du moment où le Hezb a décidé de s’engager dans la guerre en Syrie, sans le consentement de l’État et sans l’appui du peuple.
Au plan externe, le parti de Hassan Nasrallah croit pouvoir se hisser au rang du camp qui mène la guerre face au terrorisme. Dans les milieux politiques chrétiens, on assure toutefois que la bataille de Ersal ne permettra pas au Hezbollah d’accroître sa popularité et ne changera pas le regard que le monde extérieur porte sur lui. Son nom ne sera pas rayé de la liste des organisations terroristes et les États-unis ne modifieront pas les sanctions économiques le visant. À ce propos, un responsable arabe, cité par un homme politique libanais, a commenté en ces termes la bataille de Ersal: « Nous sommes partenaires d’une stratégie contre le terrorisme représenté par Daech (État islamique), al-Nosra (Fateh el-Cham) et contre l’Iran et le Hezbollah. »
Le monde occidental souhaite que les capacités de l’État et plus particulièrement l’armée soient renforcées. Il estime qu’il appartient aux forces régulières, seules, de libérer la terre, de la nettoyer des terroristes et de combattre le terrorisme. C’est ce discours que le président américain, Donald Trump, a tenu devant le Premier ministre, Saad Hariri, durant sa récente visite à Washington.

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