LIBAN : Le peintre Yazan Halwani médaillé d’or de peinture

LES JEUX DE LA FRANCOPHONIE
29/07/2017

Le dernier jour des compétitions culturelles aux Jeux de la francophonie a apporté à la délégation libanaise un heureux dénouement. Son candidat dans la catégorie peinture, Yazan Halwani, a réussi à décrocher hier la médaille d’or. Par les deux œuvres qu’il a soumises, une première à l’ouverture des Jeux et une seconde produite sur place, ce jeune autodidacte a réussi à exporter sa technique de pigmentation par la calligraphie, et à transmettre les messages culturels qui s’y emboîtent – et qui semblent avoir été mieux compris par le jury des Jeux, présidé par l’artiste ivoirien Yacouda Komaté, que par Beyrouth lui-même.
La capitale libanaise avait été fascinée par la synesthésie de sa technique, la musicalité de sa peinture glissant sur des lettres, révélée dès 2015 par ses portraits géants de Sabah et de Feyrouz sur des façades bétonnées de la ville. Mais elle n’avait retenu de ces manifestations qu’un hommage à des figures mythiques de la chanson, sans forcément saisir la dimension politique de l’acte, celle d’extraire des clivages un espace interlibanais commun : l’existence de ces artistes prouve que ce patrimoine commun existe. Dessinées dans l’espace public, elles deviennent une incitation aux Libanais à en prendre conscience, en même temps qu’à se réapproprier l’espace public urbain par l’art et l’expression libre, selon les explications du jeune peintre à L’Orient-Le Jour. « La création d’un art public » serait la première affirmation d’une identité libanaise citoyenne.
En dehors du territoire libanais, la peinture par la calligraphie incarne une « identité libanaise moderne », prônant la sauvegarde des spécificités culturelles dans un monde ou les similitudes entre les peuples seraient souvent exagérées, balayant des différences pourtant synonymes de richesse.
C’est donc non sans risque que le peintre a présenté comme première œuvre aux Jeux de la francophonie un autoportrait qui se veut « une remise en question de ma francophonie », explique-t-il. La calligraphie se révèle comme l’expression d’une appartenance originelle, s’opérant dans l’intimité de l’artiste et de sa toile. Le rôle de l’individu comme vecteur de sa propre langue et gardien d’une culture collective est sous-jacent. Le jury sera sensible à cette thématique scripturale dans la peinture, qu’il récompensera aussi chez le candidat du Sénégal, médaillé d’argent pour sa représentation de chaînes de petits bonhommes se tenant les mains.
La seconde peinture que Yazan Halwani a exécutée à Abidjan établira une connexion – jamais une identification – entre la culture libanaise et l’universalité. Son portrait à l’acrylique d’une petite fille aux yeux profonds, sur une toile recouverte à moitié d’un papier d’ornement adhésif, simulacre de voile de mariée, est une image froissée, une dénonciation minimaliste des mariages précoces. Un problème qui touche aussi bien le Moyen-Orient que l’Afrique. Les visiteurs de l’exposition sur le site du musée national, au Plateau, s’arrêteront souvent pour contempler les yeux de la petite fille. L’un des visiteurs, un jeune étudiant ivoirien, demandera même à l’artiste pourquoi il n’a pas choisi de peindre une Africaine plutôt qu’une Méditerranéenne… Il apprendra ensuite que le problème qu’il croit être sien se trouve aussi ailleurs. La peinture de Yazan Halwani aura ainsi, tout en revendiquant une identité culturelle libanaise exclusive, amené un entrecroisement, plutôt qu’un fusionnement des cultures.
« Le lauréat est récompensé pour la sobriété de son expression, la pertinence de son questionnement, l’adéquation entre ces questions, et les matériaux utilisés et la démonstration de sa capacité à se laisser imprégner par les problèmes du milieu où il se trouve », a déclaré M. Komaté, avant d’annoncer le gagnant au nom des cinq jurés. C’est avec un sourire décontracté mais non moins surpris que Yazan Halwani fera alors son chemin au milieu de vifs applaudissements pour se voir décerner sa médaille sur la scène de l’auditorium du musée national. Il sera rejoint par Mbaye Babacar Diouf (Sénégal, médaille d’argent), Ahmad Youssouf Ahmad (Égypte, médaille de bronze) et Djaha Jean Wilfried Vianey (Côte d’Ivoire, mention du jury).

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