LIBAN : Le PDG d’Ogero annonce le déblocage des vitesses de connexion

 

Imad Kreidieh tenant un bout de fibre optique, lors d›une interview au siège d’Ogero, à Beyrouth. Photo Anne-Marie el-Hage

INTERNETLa stratégie annoncée des télécoms : donner une capacité minimale de 50 mbits/s à chaque usager connecté au réseau national.

19/07/2017
Le 22 juin dernier, dans la rubrique « Citoyen grognon » intitulée « RIP internet », L’Orient-Le Jour faisait part de la grogne des internautes quant à la qualité de la connexion internet. La réponse du PDG d’Ogero, Imad Kreidieh, ne s’est pas fait attendre. « Nous sommes attentifs aux problèmes des consommateurs et essayons d’être à l’écoute de tous », assure-t-il lors d’une rencontre au siège de l’organisme public qui gère les infrastructures étatiques de télécommunication. « Mais nous ne pouvons satisfaire en même temps les 4 millions de Libanais, pour des raisons d’ordres technique et géographique, mais aussi en raison de l’état de nos infrastructures », regrette-t-il, précisant que « le réseau de l’internet date déjà de 23 ans ». Un net revirement par rapport à la politique de l’ancien ministre des Télécoms, Boutros Harb, qui s’était engagé à connecter chaque abonné à la fibre optique d’ici à 2020.

« Étendre la fibre optique à tout le territoire et à tous les particuliers nécessite un investissement d’un milliard et demi de dollars (et non pas 600 millions comme l’estimait M. Harb), ce qui n’est pas envisageable aujourd’hui », souligne le PDG d’Ogero. « Et puis à quoi bon déployer la FTTH (Fiber to the home) si cet investissement n’a pas une valeur économique et si les abonnés refusent de payer pour ce service ? » Le responsable illustre son argument par deux exemples, à titre de comparaison : « Seulement 30 % du réseau internet à Dubaï est relié à la fibre optique, le reste du réseau étant connecté par câbles de cuivre. Par ailleurs, la Norvège, qui a un PIB par habitant beaucoup plus important que le Liban, a mis 10 ans pour déployer la fibre optique à 70 % des abonnés. »

Améliorer le réseau cuivre

Ce que promet M. Kreidieh, par contre, c’est une « opération transparence » de la part d’Ogero, « une meilleure communication » aussi, sous le label « pas de promesses qu’on ne peut tenir », qui viennent accompagner la stratégie des télécoms : « Celle d’introduire le Liban au monde numérique en rénovant son infrastructure, de manière à donner une capacité minimale de 50 mbits/s à chaque usager connecté au réseau national. » Autrement dit, « d’améliorer le réseau cuivre avec pour objectif d’atteindre par endroits des vitesses de 150 à 170 mbits/s, voire 300 mbits/s comme à l’ABC Verdun ». Dans quel délai ? « Le temps que ça prendra », répond-il tout de go. « Mais tout dépendra du budget alloué au secteur en Conseil des ministres. » Parallèlement, le PDG promet dès à présent une nette amélioration de la vitesse de la bande passante qui va de pair avec la baisse des tarifs annoncée par le ministre Jamal Jarrah. Les essais sous le label #unleashthespeed (débloquer la vitesse) se sont révélés concluants. « Nous avons débloqué les vitesses au niveau de tous les centraux et atteignons aujourd’hui des vitesses de 18 à 20 mbits/s, parfois plus », assure-t-il.
Imad Kreidieh est un technicien qui a fourbi ses armes à l’international dans le secteur privé. Actif sur les réseaux sociaux, il multiplie les conseils aux internautes mécontents et n’hésite pas à prendre le téléphone pour écouter les doléances des abonnés. « Nous travaillons à la solution, assure-t-il à ceux qui réclament un changement rapide. Mais il n’y a point de magie. La solution passe par la technologie, le travail acharné et le temps. »

Les problèmes à résoudre
Car les défis sont énormes. « L’un des problèmes essentiels rencontrés par Ogero est la mauvaise infrastructure à l’intérieur des maisons de nos abonnés », constate le PDG. Selon les statistiques de l’institution, 75 % du ras-le-bol des internautes établis en zones urbaines résulte de cette infrastructure défectueuse. « Ogero installe la connexion au bas des immeubles ou à l’entrée des logements. Mais il n’est pas responsable du réseau interne des abonnés », souligne-t-il, invitant ces derniers à s’assurer de la qualité de leur réseau, à comparer donc la vitesse de connexion entre le point d’arrivée du câble d’Ogero et l’intérieur de leur appartement. « Un bon électricien connaît les standards de câblage nécessaires », conseille-t-il, annonçant la publication prochaine par Ogero d’un « prospectus d’information » sur « la bonne hygiène » à respecter par le consommateur pour optimiser sa connexion internet.
Autre problème de taille, la vitesse de la connexion dépend de la distance qui sépare l’abonné du central. « Jusqu’à un kilomètre et demi, la connexion est performante. Mais au-delà, plus la distance est importante, plus la vitesse de la connexion baisse, quel que soit l’état de l’infrastructure technologique et quels que soient les moyens mis en œuvre », explique Imad Kreidieh. Ce qui a poussé Ogero à envisager un changement de stratégie. « Nous devions coûte que coûte réviser la technologie que nous utilisions, pour augmenter les vitesses de connectivité en zones urbaines », note-t-il. La question demeure toutefois problématique en zones rurales. « Nous n’avons pas encore la solution idéale pour améliorer la qualité et la vitesse de la connectivité dans ces régions », reconnaît le PDG, précisant que l’infrastructure ne suit pas, pour l’instant.

Une stratégie à plusieurs niveaux
Faire appliquer la stratégie annoncée implique nécessairement de résoudre ces problèmes. Ogero s’y emploie à plusieurs niveaux. L’organisme a donc pris la décision d’installer dans toutes les agglomérations urbaines du pays 7 700 active cabinets, relais qui rapprochent le central de l’abonné. « Il s’agit là du plus gros projet du pays dans le domaine des télécoms », assure le PDG, qui estime « les coûts d’un tel projet à 150 millions de dollars environ, selon l’étendue des travaux publics qu’il faudra entreprendre ». « Ces cabinets seront reliés aux centraux par fibre optique (fiber to the cabinet), mais le dernier lien vers le consommateur se fera par cuivre », explique-t-il, précisant que l’infrastructure en cuivre utilisée est l’une des plus récentes au Moyen-Orient. Les études sont d’ailleurs en cours, préalables à l’appel d’offres. Pour les zones rurales, « une combinaison de technologies sans fil sera privilégiée, car ces régions ne présentent pas de valeur économique suffisante pour creuser des tranchées et installer des câbles ». Par ailleurs, « toutes les bases du réseau téléphonique, depuis les centraux jusqu’aux points d’arrivée, sont en passe d’être rénovées selon les technologies les plus modernes », note M. Kreidieh, rappelant que le géant chinois des télécoms Huawei a récemment remporté l’appel d’offres. À terme, « le remplacement du réseau de téléphonie fixe classique par un réseau de nouvelle génération basé sur l’architecture IP Multimedia Subsystem (IMS) devrait permettre de proposer aux usagers des services triple play, autrement dit internet, téléphonie et télévision sur le même réseau », assure-t-il.

Un partenariat public/privé bénéfique à Ogero
Dans ce cadre, le développement de la fibre optique sera en grande partie réalisé « par les entreprises privées accréditées qui feront passer les câbles par les infrastructures étatiques là où elles estiment qu’elles auront un rendement économique ». GDS et Waves ont déjà obtenu l’aval du ministre des Télécoms, sur base d’un décret du Conseil des ministres. D’autres sociétés devraient aussi recevoir le feu vert, sous peu. « Le secteur privé est un élément-clé pour le développement de l’économie nationale et du secteur des télécoms », reconnaît M. Kreidieh, précisant que l’attribution du marché au secteur privé n’entrave en rien les activités d’Ogero mais les complète. « Le partenariat entre les secteurs public et privé est total dans le domaine des télécoms », constate-t-il. Ce qui n’empêche pas Ogero de développer à son tour son propre réseau de fibre optique. « Nous avons sélectionné pour l’instant deux projets communautaires, Beit Misk et Waterfront City, car équipés d’une bonne infrastructure pour la fibre optique. À Beit Misk, qui est un projet de ville intelligente, la vitesse de la connexion atteint aujourd’hui 2,5 GB/s », souligne-t-il.
Quel bénéfice tire Ogero de ce partenariat entre le public et le privé ? Du point de vue de la technologie, « les sociétés privées sont soumises à des principes de base, des règles d’engagement, afin qu’il ne soit pas porté atteinte à la sécurité de l’État ». « Ogero bénéficie donc de l’exclusivité de la maintenance, le câblage et l’infrastructure étant liés à la souveraineté nationale », soutient Imad Kreidieh. « Les entreprises privées ont de plus accès aux conduits étatiques, mais pas aux relais ou active cabinets que nous installerons bientôt », poursuit-il. Enfin, « le secteur privé complète l’infrastructure étatique ». « Dans chaque région où il déploie la fibre optique, il est donc tenu de donner à Ogero un accès gratuit à ce réseau, afin que l’organisme public ait la possibilité de connecter ses clients par fibre », explique encore le PDG, assurant qu’Ogero est gagnant dans ce partenariat et que l’emploi de ses 2 000 fonctionnaires n’est en aucun cas menacé. Le chantier est en marche. Quoique insuffisantes, certaines améliorations sont aujourd’hui palpables. « Accordez-nous le bénéfice du doute et faites-nous confiance, conclut Imad Kreidieh. Cela ne peut se faire du jour au lendemain. »

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