LIBAN : Le Hezbollah veut encore prouver que ses armes sont nécessaires

 

ÉCLAIRAGE
05/09/2017
De l’avis d’un cadre du 14 Mars, les derniers développements dans le jurd de Ersal et Qaa ont prouvé le caractère fallacieux de l’affirmation du Hezbollah selon laquelle sa participation à la guerre syrienne était de nature préventive et visait à empêcher les terroristes de pénétrer en territoire libanais. Le Hezbollah a menti : sa participation aux combats en Syrie visait à empêcher la chute du régime Assad. Ce que la bataille du jurd a montré, une fois de plus, c’est que le parti chiite opère selon l’agenda de l’Iran, et non pour des considérations libanaises.

Si le Hezbollah tenait vraiment à empêcher les jihadistes d’entrer au Liban, ces derniers ne seraient pas arrivés au jurd libanais. Le Hezbollah aurait bloqué les frontières. Or les terroristes ont occupé le jurd durant pas moins de quatre ans. À considérer, comme le prétend le Hezbollah, que ce soit le 14 Mars qui ait facilité l’arrivée et l’installation des jihadistes dans ces régions, pourquoi le parti chiite n’a-t-il rien fait pour les combattre durant tout ce temps ? Pourquoi n’a-t-il pas pris l’initiative d’arrêter des responsables du Front al-Nosra ou de l’État islamique (EI) pour les pousser à avouer, après enquête, qu’ils seraient de mèche avec le 14 Mars ? Pourquoi s’est-il empressé, au contraire, de conclure un marché avec eux pour les inciter à quitter le pays ? Si le Hezbollah dit vrai, livrera-t-il à l’État les miliciens de l’EI qui se sont rendus durant la bataille du jurd de Qaa pour que ce dernier puisse les interroger ?

De plus, la position du Hezbollah concernant le convoi des miliciens de l’EI et leurs familles et les critiques adressées à la coalition internationale à ce sujet sont pour le moins étonnantes, souligne ce cadre du 14 Mars, en dépit des tentatives de l’ancien ministre Wi’am Wahhab d’y trouver une portée humaniste et morale, à travers sa volonté de mettre en exergue la capacité du parti chiite à « tenir ses promesses et ses engagements ».

Des milieux politiques souverainistes estiment pour leur part que toute l’opération menée par le Hezbollah dans le jurd de Ersal est une vaste fumisterie, à commencer par l’obstination du parti chiite et de l’armée d’Assad à dire qu’ils ont coordonné avec l’armée libanaise, sans quoi la bataille contre l’EI eut été plus coûteuse – ce que la troupe dément catégoriquement. Si cela était effectivement vrai, le Hezbollah et le régime syrien en auraient fini avec les miliciens de l’EI et d’al-Nosra, d’autant que le parti chiite prétend avoir été en Syrie pour combattre les terroristes. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, n’avait-il pas annoncé, le 12 octobre 2016, la nécessité d’en finir avec l’EI et al-Nosra sans négociations ? Comment le Hezbollah a-t-il pu, après les déclarations de son chef, permettre aux jihadistes de quitter pour Deir ez-Zor ?

Selon ces milieux, les dernières positions du Hezbollah, notamment sa détermination à obtenir une coopération avec l’armée dans le jurd, vise à perpétuer la thèse selon laquelle l’armée est incapable de faire face seule aux menaces, d’où la nécessité de maintenir les armes du parti chiite. C’est dans cette logique que le député Ali Fayad annonçait hier, au lendemain du communiqué du Hezbollah accusant la coalition internationale de refuser de l’aide aux « civils » de l’EI, que « la souveraineté de l’État, sa logique et sa présence ne peuvent aller bien sans le rôle de la résistance ». Pour un cadre du 14 Mars, les propos de M. Fayad constituent un défi à la logique même de l’État.

Le Hezbollah ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Par le biais du député Nawaf Moussaoui, il s’en est pris aux prises de position exprimées par le Premier ministre Saad Hariri lors de son entretien avec le président français Emmanuel Macron à Paris, concernant le régime syrien et le retour des réfugiés dans leur pays. « Les prises de position du chef du gouvernement sont personnelles et n’expriment pas celles du gouvernement, mais plutôt les siennes propres, ainsi que celles de son parti et de son courant », a affirmé M. Moussaoui, accusant le M. Hariri de « violer la Constitution ». Selon lui, les voix qui critiquent le Hezbollah ne sont rien d’autre qu’un « feu d’artifice », un peu de « boucan », qui n’aura « aucun effet sur le parti ».

Pour un ancien ministre, ce que le Hezbollah a fait en laissant s’échapper les jihadistes du Front al-Nosra et de l’État islamique rappelle les « lignes rouges » que Hassan Nasrallah avaient établies en 2007 pour empêcher l’armée libanaise de foncer sur Fateh el-Islam dans le camp palestinien de Nahr el-Bared. L’origine de tous ces groupes est la même, souligne cet ancien ministre : il s’agit du régime Assad, dont l’armée a accueilli les miliciens évacués du Liban sur base du marché avec le Hezbollah. Tout comme le régime Assad avait accueilli, en 2007, le leader du Fateh el-Islam, Chaker el-Absi, exfiltré de Nahr el-Bared vers la Syrie sain et sauf.

Il est actuellement à craindre que le Liban ne soit le théâtre d’une polémique sur la normalisation des relations entre Beyrouth et le régime Assad, pour détourner les yeux du marché conclu par le Hezbollah avec les jihadistes. Pour anticiper d’éventuels changements à venir, le parti chiite cherche à prouver que son arsenal est légitime et nécessaire pour préserver la souveraineté du Liban et faire face aux dangers qui menacent le pays du Cèdre, comme Israël ou les terroristes. Une campagne pourrait en effet prendre pour cible le Hezbollah dans les mois prochains, avec l’adoption de sanctions US contre lui par le Congrès américain, point de départ d’une tentative d’en réduire son influence pour contrôler la frontière syro-libanaise et empêcher le passage de combattants entre les deux pays afin de consolider la souveraineté du Liban et de ses institutions.

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