LIBAN La férule du mont Hermon, le (présumé) viagra local


Cette férule pousse dans une aire géographique très limitée, ce qui l’expose à un risque plus important d’extinction.

FAUNE ET FLORE
26/08/2017

Et si l’on vous disait « chelch el-zallouh » ? Beaucoup se souviennent sans doute de la notoriété soudaine de cette plante qui a accompagné la mise sur le marché du Viagra. Réputée pour être un aphrodisiaque naturel, la demande pour la racine de cette férule endémique du Liban et de Syrie, qui ne pousse que dans une aire géographique bien précise dont elle porte le nom, a favorisé autant la surexploitation que les fraudes. Or, selon Marc Beyrouthy, ethnobotaniste et professeur associé à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), la question serait fondée sur un malentendu…

Nom scientifique :
Ferula hermonis, un nom qui lui vient de son lieu d’origine, le mont Hermon, et qui peut lui avoir valu sa réputation d’aphrodisiaque puisqu’il a une consonance similaire à « hormone ».

Description :
La férule du mont Hermon est une plante glabre, montagnarde, de la famille des apiacées. Sa fleur est jaune. Elle fait partie de cinq autres férules existant au Liban. On la connaît surtout sous forme de racines séchées, telle qu’elle est commercialisée sur le marché.

Mode de vie et lieu de prédilection :
Cette plante fleurit de mai jusqu’en août, dans une aire géographique très limitée qui est le mont Hermon, du côté libanais comme du côté syrien, et le mont Chekif en Syrie. Toutes les tentatives de la replanter hors de son milieu naturel, nombreuses en raison de l’intérêt qu’elle suscite, ont jusque-là échoué.

Impact positif en milieu naturel :
La Ferula hermonis est surtout connue pour ses propriétés médicinales, en médecine traditionnelle – elle n’est pas utilisée dans les médicaments modernes. Sa réputation d’aphrodisiaque est – du moins – surfaite, probablement davantage due à des idées préconçues qu’à des preuves scientifiques. Ce qui lui a valu cette réputation, c’est probablement son nom ( « hermonis » qui rappelle « hormone » ), ou encore le fait qu’elle est souvent consommée par les brebis durant leur période de reproduction (ce n’est vraisemblablement qu’une coïncidence liée à la période de floraison). D’aucuns pensent d’ailleurs que les prétendus « bienfaits » de cette plante sur ce plan sont dus à un effet placebo. La plante a toutefois de vraies propriétés comme celle de soigner contre les rhumatismes, l’asthme ou encore l’hyperglycémie. Il existe des études scientifiques sur cette férule, mais aucune n’est vraiment complète, selon Marc Beyrouthy.

Menaces et dangers :
La surexploitation est clairement la menace la plus importante qui guette la férule du mont Hermon, d’autant plus que la zone géographique où elle fleurit n’est pas très étendue. La demande s’est tellement accrue, au Liban, comme dans les pays du Golfe notamment, que la plante se trouve actuellement en danger d’extinction. Qui plus est, les « racines » vendues sur le marché sont, le plus clair du temps, falsifiées, prélevées à partir de plantes à l’aspect quelque peu similaire. C’est normal puisque cette plante existe en nombre limité dans la nature, et souvent dans des lieux assez inaccessibles. Des analyses effectuées par l’équipe de Marc Beyrouthy sur des échantillons venant d’Arabie saoudite ont montré que toutes les racines étudiées étaient issues d’autres plantes. Une autre menace, et non des moindres dans cet environnement rural dans lequel pousse la férule, est le surpâturage.

Moyens de protection :
Pour protéger cette plante trop convoitée et hypermédiatisée, Marc Beyrouthy recommande surtout d’en réglementer la cueillette. Apprendre à la planter nécessite des études beaucoup plus poussées, mais ce serait une mesure très fructueuse. Protéger les habitats fragiles, non seulement de la cueillette chaotique mais du surpâturage, est également une absolue nécessité.

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