LIBAN : Aux 8es Jeux de la Francophonie d’Abidjan, de jeunes Libanais trouvent dans les ruelles un écho à leur art

Des bénévoles résidant à Abidjan réunis pour célébrer l’inauguration, mercredi dernier, du Village des Jeux de la Francophonie dans la commune de Marcory.

CÔTE D’IVOIRELa Côte d’Ivoire sort ses couleurs pour l’ouverture, ce soir, des Jeux de la Francophonie

21/07/2017
De l’aéroport d’Abidjan jusqu’à la commune de Marcory, où sont hébergés, dans le Village des Jeux, près de 4 000 candidats aux 8es Jeux de la Francophonie, les bus transportant tour à tour les 53 délégations officielles, sous escorte militaire (tensions sporadiques entre l’armée et le gouvernement obligent), évoluent dans un paysage de bidonvilles. La poussière et la fadeur métallique servent de décor à des réduits portant parfois des enseignes de salon de coiffure ou de tailleur, derrière des corridors étroits de foyers sillonnés par des ruelles de sable. Mais ce n’est pas l’impression de pauvreté qui s’en dégage de prime abord, plutôt le sentiment de naviguer dans une dimension spatio-temporelle parallèle, où la vie trouve ses signes dans l’élément humain.

Chaque passant(e) aperçu(e) par la vitre du bus est comme un portrait qui n’attend qu’à être peint. L’esthétique des vêtements aux couleurs très vives est particulière à la Côte d’Ivoire, qui y voit l’expression de la pluralité et de l’ouverture. Et cette esthétique baigne dans une langueur qui transforme chaque mouvement en pause.

« Même la lumière est nouvelle »

Les jeunes Libanais concourant à onze des douze catégories de jeux culturels y voient un terrain ouvert à leurs sensibilités artistiques. « Tout est nouveau ici, la lumière, les couleurs, les habits, l’esthétique… Même par rapport à d’autres pays d’Afrique que j’ai visités », constate Myriam Boulos, 25 ans, candidate à la catégorie photographie, qui espère se voir proposer par le jury un thème relatif à la ville. Pour les candidats à la création numérique (catégorie installation), John Daoud, 27 ans, et Jean Jabbour, 25 ans, percevoir l’homme se mouvoir dans la splendeur de l’état sauvage, même après avoir été intégré à la ville, leur donne l’espoir de voir une partie de l’humanité « échapper au système » d’automatisme culturel. Un système dont ils contestent le caractère aliénant dans leur art. « C’est l’un des rares lieux où l’on croise des hommes qui agissent au naturel », constate pour sa part Hussein Ali Ghandour, qui concourt avec trois autres à la jonglerie avec ballon – une activité encore peu connue du public libanais, mais que le jeune compétiteur identifie, dans une certaine mesure, à « l’aptitude des enfants jouant dans les ruelles d’Abidjan à faire de rien quelque chose. Et à partir d’un ballon, je sais que nous pouvons offrir des spectacles infinis », ajoute-t-il.

« En Côte d’Ivoire, tout est possible… »
La symbiose interculturelle qui s’opère ainsi est en partie la raison d’être des Jeux de la Francophonie, dont les trois thèmes de cette édition sont la solidarité, la diversité et l’excellence. Trois objectifs dont l’hospitalité ivoirienne reconnue devrait servir de support idéal.
C’est d’ailleurs sur cette valeur ajoutée que le district d’Abidjan semble miser. Et c’est elle également qui fait presque oublier, même au Comité international des Jeux, les retards au niveau de l’organisation.
En effet, les préparatifs des 8es Jeux de la Francophonie semblent avancer au rythme des Ivoiriens, c’est-à-dire avec une lenteur qui a le pouvoir d’accentuer le charme du mouvement plutôt que de l’alourdir.
À quelques heures de la cérémonie d’inauguration prévue ce soir, des travaux étaient toujours en cours sur certains des huit sites de compétition, répartis entre le Plateau, Treichville et Marcory, ainsi que dans le Village des Jeux. Les organisateurs locaux reconnaissent leur retard, mais semblent étrangers à tout stress. Rien qu’à l’évocation de ce mot, des ouvriers sur le chantier du Village des Jeux, à l’œuvre jour et nuit, éclatent de rire et préfèrent décrire plutôt une « envie de gérer tout cela ». Des délégués de l’Organisation internationale de la Francophonie ont fini par comprendre qu’ici, les habitants semblent avoir « le besoin de travailler dans l’urgence ». Entre-temps, les bâtisses, centres d’accueil, rédaction et distribution des programmes, réunions finissent tant bien que mal par prendre forme, comme un échafaudage inespéré…

Ce soir, un spectacle « riche en couleurs »
« En Côte d’Ivoire, tout est possible, grâce au sourire, au courage, à l’hospitalité du pays… et sa cuisine », confie un parlementaire en tournée d’inspection sur l’un des chantiers.
Et c’est cette hospitalité, palpable jusque dans le feu des couleurs ivoiriennes, qui promet de se déployer à la cérémonie d’ouverture des Jeux, aujourd’hui, en présence de trente chefs d’État invités et des centaines de ministres et hautes personnalités. La cérémonie en trois séquences, qui est répétée en boucle depuis quelques jours, s’annonce déjà comme « grandiose et riche en couleurs », selon un communiqué de l’OIF. Après le défilé fanfares en couleurs des 53 délégations, suivi par le segment des discours protocolaires, un spectacle musical mettra en scène des milliers de figurants sous la baguette du chef d’orchestre Richard Attias, avec la participation de vedettes de Côte d’Ivoire, dont le groupe Magic System.
C’est à travers ce spectacle que l’histoire de la Côte d’Ivoire et ses 63 ethnies sera retracée. Le pays d’accueil veut renvoyer un message d’amitié au monde, une amitié sur laquelle insiste le gouverneur du district d’Abidjan, Beugré Mambe, désigné il y a un an ministre en charge des Jeux de la Francophonie.
L’espoir est aussi, pour l’OIF notamment, d’inscrire cette huitième édition dans un double projet de développement de l’infrastructure et de renforcement de la cohésion nationale pour la Côte d’Ivoire.

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