Liban :
Au Liban, 50 % de la production de cannabis va à l’exportation

26/01/2017

« En 2016, nous avons saisi 7,5 tonnes de cannabis, plus de 200 kilogrammes de cocaïne, plus de 15 millions de cachets de Captagon et des quantités d’autres psychotropes. Nous avons aussi arrêté 548 personnes pour trafic de drogue », souligne, dans un entretien à L’Orient-Le Jour, le général Ghassan Chamseddine, chef de la brigade antistupéfiants des Forces de sécurité intérieure (FSI). Il révèle également qu’au Liban, « 50 % de la production de cannabis est consommée dans le pays, le reste va à l’exportation vers l’Europe, et cela notamment à travers l’Égypte et la Libye ».

De nombreuses opérations de saisie de drogues et de démantèlement de réseaux de trafiquants ont été menées au cours des douze mois écoulés. Voici les plus importantes.
Commençons par une opération qui s’est déroulée à Baalbeck, il y a tout juste deux semaines. La brigade antistupéfiants des FSI a effectué une descente dans un dépôt de ce caza de la Békaa et a saisi des ateliers de production de Captagon, avec pièces de rechange si besoin est, et la matière première comme le benzène méthyle cétone nécessaire à la fabrication de cette amphétamine et 400 000 cachets de ce stupéfiant.
« Produit en Syrie et en Turquie, et exporté dès 2006 vers les pays du Golfe, le Captagon a commencé à intéresser les fabricants de drogue libanais qui ont pris leur savoir-faire des Syriens ayant trouvé refuge au Liban, il y a six ans. Ces importants producteurs et trafiquants de Captagon déplacés de Syrie ont eu besoin des Libanais, qui connaissent les réseaux et les rouages du trafic pour pouvoir écouler et transporter leur marchandise », note le général Chamseddine, soulignant que « ces Libanais ont à leur tour appris le métier et ouvert des ateliers dans la Békaa ».
Une autre saisie importante est celle de quatre laboratoires de Captagon à l’aéroport de Beyrouth.
« À la fin de 2016, nous avons saisi du matériel nécessaire à la mise en place de quatre ateliers de fabrication de Captagon ainsi que de la matière première pour produire ces stupéfiants. La cargaison était en provenance d’Inde. Elle devait passer la douane d’une façon frauduleuse. La facture montrait un inventaire propre au laboratoire des universités », raconte le chef de la brigade antistupéfiants des FSI.

Préférer les petites quantités
« Au début de 2016, nous avons saisi au port de Beyrouth des cachets de Captagon dissimulés dans des noyaux de machines à laver. Aujourd’hui, les trafiquants deviennent plus professionnels. Ils préfèrent dissimuler de petites quantités de Captagon dans du matériel allant vers l’Arabie saoudite, que ce soit des lave-linge, des meubles, des UPS ou des machines à Ice Cream, et sécuriser ainsi leurs gains. Ils ne veulent pas risquer de trafiquer de grosses quantités de stupéfiants qui seront découvertes par les autorités concernées. Ils préfèrent donc réaliser de moindres gains mais ne pas être pris », explique-t-il.
Quatre pays sont impliqués dans le trafic du Captagon : la Syrie, le Liban, la Jordanie et l’Arabie saoudite. Au Liban, parfois, le port de Tripoli est utilisé pour des cargaisons allant jusqu’à Aqaba. La Jordanie est aussi un pays important sur le plan du transit terrestre.
« En 2016 également, nous avons réussi une opération baptisée dans notre jargon de “contrôle de la livraison”. Nous avons ainsi repéré une opération de trafic au Liban et nous avons suivi l’affaire jusqu’en Arabie saoudite, où notamment six ressortissants syriens ont été arrêtés, et trois millions et demi de cachets de Captagon saisis. Nous effectuons généralement ce genre d’opérations pour démasquer tout un réseau, du producteur jusqu’au destinataire », ajoute-t-il.
Le général Chamseddine souligne également qu’en 2016, sa brigade a arrêté une importante opération de trafic de cocaïne démantelant un réseau entre le Liban et la Suède.
« Généralement, les mules qui portent de la drogue sont originaires d’Amérique latine, notamment des Brésiliens et des Colombiens, ou de l’Afrique, comme les Nigériens. D’habitude, ils arrivent à Beyrouth avec 200 dollars en poche alors qu’ils ont des réservations de plusieurs jours dans des hôtels de la ville. En 2016, nous avons mis la main, pour la première fois, sur des mules suédoises. Nous étions très surpris de cette nouvelle stratégie. Pour le transport de leur drogue, les trafiquants utilisent généralement des toxicomanes ayant besoin d’argent. La mule suédoise était dans ce cas. Elle avait été embauchée par des Libanais naturalisés suédois et devait remettre de la cocaïne à un trafiquant libanais. Nous avons, avec la police suédoise, réussi à démanteler tout le réseau au Liban et en Suède », note-t-il.
En réponse à une question, le général Chamseddine souligne que « tout le monde n’est pas fouillé à l’aéroport et que le passage d’une mule ou d’une cargaison est facilité – aux frontières – par des personnes qui sont de connivence avec les trafiquants ». « Contrairement à d’autres pays du monde, la brigade de lutte antistupéfiants des FSI ne dispose pas d’antennes aux frontières terrestres et maritimes, ainsi qu’à l’aéroport. Mais pour mieux lutter contre le trafic de drogue, il est nécessaire que nous disposions de ces antennes », martèle-t-il.
Il convient de signaler également que depuis le début de la guerre en Syrie, l’État n’a pas détruit des champs de cannabis dans la Békaa, et cela pour ne pas provoquer la colère de la population qui est de plus en plus indigente.
« Il faut penser sérieusement à des cultures de substitution et ôter toute argumentation aux trafiquants et aux agriculteurs. Le climat de la Békaa ressemble à certaines régions d’Iran où du crocus, la pousse à partir de laquelle on extrait le safran, est planté », estime le général Chamseddine. Et le safran est l’une des épices les plus chères au monde…

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