LIBAN : Assaad Nakad, un phare dans la nuit


LE PORTRAIT DE LA SEMAINE

Le PDG d’Électricité de Zahlé illumine la vie des habitants de sa ville natale

Ce n’est pas seulement parce qu’Assaad Nakad est à la tête d’Électricité de Zahlé (EDZ) qu’on est tenté de le surnommer Monsieur 100 000 volts. Lorsque vous le rencontrez, son dynamisme et son effervescence vous envahissent, laissant d’un trait passer le courant. Depuis plus de trente ans, ce brillant économiste met au service de sa ville natale, Zahlé, son tempérament énergique et inné, grâce auquel il est parvenu, en 2014, à réaliser son projet de fournir 24h/24 de l’électricité aux 250 000 habitants de la capitale de la Békaa et de 17 villages qui l’entourent

L’exploit a été dur à accomplir, Assaad Nakad ayant fait l’objet d’intimidations et de menaces de personnes inquiètes des prestations qu’il se proposait d’offrir. C’est que les propriétaires de générateurs appréhendent une disparition de leurs bénéfices exorbitants, sans compter que des hommes politiques voient d’un mauvais œil la fin d’un rationnement dont eux aussi tirent profit. Combatif et animé d’un sens profond du service, le fougueux entrepreneur a mené avec acharnement la bataille contre la corruption afin de pouvoir satisfaire des usagers désespérés par la mainmise des gangs et de l’État sur leur droit élémentaire à l’électricité

« Par cette réalisation, j’ai voulu montrer un prototype des services dont devraient bénéficier tous les Libanais », révèle Assaad Nakad, qui indique que « même dans les pays les plus pauvres, les gens ont accès à l’électricité ». Citant de nombreux exemples d’États qui ont mis fin à leur monopole dans ce secteur, il plaide pour qu’au pays du Cèdre « le gouvernement suive cette voie et libéralise le marché », parce que, dit-il, « n’ayant pas les moyens d’investir, il ne doit pas le faire ». « Au lieu de recourir à une solution provisoire comme celle de produire sur des navires-centrales les 2 000 mégawatts supplémentaires dont le pays a besoin, il devrait confier cette charge à des entreprises du secteur privé », enchaîne le PDG d’EDZ, qui opère sur base d’une concession, estimant que « l’énergie serait alors produite pour moins cher, et distribuée avec plus d’efficacité ». « Pour notre part, nous avons des équipes d’ingénieurs et de techniciens mobilisés jour et nuit pour remédier à tout dysfonctionnement dans les câbles, transformateurs et autres matériels », indique-t-il à ce propos, fier de relever par ailleurs que les 200 employés de sa société « sont tous Libanais », qui plus est-   appartiennent à toutes les communautés

Ce n’est pas lui qui le dit, mais Assaad Nakad manifeste beaucoup de solidarité à l’égard des familles défavorisées qui l’entourent. Ses proches racontent en outre qu’il voue une dévotion particulière à sainte Rita. « C’est vrai », reconnaît-il, heureux de confier que chaque année il va en pèlerinage à Cascia (Italie), d’où il a rapporté une relique gardée précieusement dans la chapelle de sainte Rita qu’il a fait construire à Zahlé

Entre copains

Être pratiquant n’empêche pas Assaad Nakad de souvent faire la fête. Pour son entourage, il est le moteur qui carbure les réunions de famille et entre copains. « Dans les soirées, là où il y a de la joie, il y a Assaad Nakad, et vice versa », lance ainsi son ami d’enfance. « J’ai toujours été hyperactif et bruyant », approuve le jeune père de 3 enfants (Aurélie, Sibylle et Charles), marié à Zeina Sultani, se souvenant que lorsqu’il était interne au collège Stanislas à Paris, il transformait les couloirs du pensionnat en salle de récré. « Ma voix retentissait fréquemment dans la rue Notre-Dame-des-Champs, ce qui m’a valu un soir la visite d’un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps », raconte-t-il, avec ce ton haut et cette élocution articulée qui le caractérisent. « À la question de savoir comment il avait su que j’étais élève dans cette école, mon copain m’a assuré qu’il avait été guidé par le timbre de ma voix alors qu’il passait par là », relate avec amusement Assaad Nakad

Un autre ami dira qu’« il a beaucoup d’humour et n’a pas peur d’adopter une attitude sympa qui serait considérée comme ridicule si elle émanait de quelqu’un d’autre », relevant en outre « la rapidité et la pertinence de ses répliques ». Selon ce proche, pour qui un tel bouillonnement « exprime beaucoup d’intelligence mais recèle aussi un peu de nervosité et de l’anxiété », Assaad Nakad : –  ne prend pas les choses à la légère et il est bien plus profond qu’il n’y paraît

« Les controverses politiciennes empêchent de donner le feu vert qui mettrait fin au rationnement », accuse-t-il, appelant à organiser « une table de dialogue sur l’électricité ». « Il est nécessaire que les responsables résolvent ce dossier en se rassemblant sur une plateforme, comme ils le font pour les réunions consacrées aux questions politiques », martèle le responsable d’EDZ, dont la concession vient à expiration en 2018. À cette date – si le contrat n’est pas renouvelé ou prorogé –, tous les investissements de l’entreprise reviendront à l’État, comme le stipule le cahier des charges établi en 1923. Une échéance que ne semble pas appréhender Assaad Nakad, qui espère toutefois : – une transition positive entre EDZ et EDL, en l’occurrence l’octroi du courant électrique à tous les Libanais, pendant 24 heures quotidiennes tous les jours de la semaine

Vers quelle activité s’orientera alors celui qui, selon ses propres dires, a toujours eu « la bougeotte », tellement que lorsqu’il était enfant, il était le seul élève à avoir l’autorisation de rester debout pendant les cours

En une seconde, sa réponse fuse avec cet enthousiasme débordant qui dévoile un attachement à se fixer toujours un objectif, à le poursuivre et à le réaliser : « Je me consacrerai à la production d’électricité à partir de l’énergie solaire. » Un sens de l’innovation et un souci d’écologie montrant clair comme le jour qu’Assaad Nakad compte bien à l’avenir poursuivre sa mission d’homme-phare dans la nuit

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