LIBAN : Après l’« Aube du jurd », une épreuve de force politique n’est pas à exclure entre souverainistes et prosyriens

 


Lors de son allocution télévisée, hier soir, le secrétaire général du Hezbollah a mis en avant une nouvelle équation  : « peuple-armée-résistance-armée syrienne ». Ali Hashisho/Reuters
ÉCLAIRAGE
25/08/2017

Une fois que sera terminée la quatrième phase de l’opération « Aube du jurd », l’offensive militaire menée par l’armée contre les jihadistes du groupe État islamique, près de Qaa et de Ras Baalbeck, c’est une autre bataille qui sera lancée, mais au plan politique cette fois par le Hezbollah qui avait pris l’initiative de nettoyer le jurd de Ersal de la présence des jihadistes de Fateh el-Cham (ex-Front al-Nosra).

La formation chiite prépare déjà l’après-bataille des jurds suivant une stratégie qui devrait principalement justifier le maintien de ses armes, compte tenu de l’équation nouvelle mise en évidence par les offensives militaires contre les jihadistes à la frontière avec la Syrie. Car si le Hezbollah a essayé à travers la bataille de Ersal de ressusciter l’équation « armée-peuple-résistance », sur le terrain, il est apparu que c’est le triptyque, lancé par le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, à savoir « armée-peuple-État » qui a aujourd’hui la cote, au point qu’un responsable du parti chiite aurait suggéré de modifier le sien pour qu’il devienne « armée-peuple-État-résistance ».

La formation de Hassan Nasrallah ne peut pas ignorer l’importance de l’unanimité politique, populaire et diplomatique, qui s’est formée autour de l’opération militaire menée par l’armée contre l’EI à Qaa et Ras Baalbeck, au moment où son offensive dans le jurd de Ersal était fortement contestée à ses trois niveaux et suscitait de nombreuses interrogations. Ses cadres continuent de souligner, face au discours qui met en relief la capacité de l’armée à protéger et à défendre le Liban contre les dangers terroristes, qu’il ne faut pas surestimer ces capacités en se basant seulement sur « Aube du jurd », et conseillent de maintenir les armes du Hezbollah comme instrument d’appui aux forces régulières. Les auteurs de ce discours rappellent ainsi que c’est grâce à ces armes que le Liban-Sud avait pu être libéré de l’occupation israélienne en 2000 et qu’Israël n’avait pas été en mesure d’atteindre ses objectifs lorsqu’il avait lancé sa guerre contre le Liban en 2006. Ils estiment que les armes du Hezbollah permettent de maintenir un équilibre de la terreur au Liban-Sud et constituent une force dissuasive face à Israël. Ils donnent ainsi en exemple les menaces de Hassan Nasrallah, qui avait promis que son parti bombarderait les usines israéliennes d’ammoniaque ainsi que la centrale nucléaire de Dimona, ce qui avait immédiatement poussé le propriétaire d’ateliers de fabrication d’ammoniaque au nord d’Israël à les démanteler et à les déplacer plus au sud.

Les partisans des armes du Hezbollah soutiennent que tant que le conflit arabo-israélien n’a pas été réglé, ces armes restent une nécessité et complètent le rôle assumé par l’armée qui ne peut pas lancer d’opération militaire contre l’État hébreu, au risque de provoquer une guerre entre les deux pays, alors que les actes de la résistance n’engagent l’État libanais en rien. Ils citent l’ancien chef de gouvernement, Fouad Siniora, qui avait insisté sur ce point lors de la guerre de juillet 2006. On peut cependant rétorquer qu’Israël n’est pas sensible à cet argument, puisqu’il avait immédiatement fait assumer aux autorités libanaises, en 2006, la responsabilité du rapt des deux soldats israéliens qui avaient été kidnappés par des combattants du Hezbollah et avait lancé son offensive contre tout le Liban.

Parallèlement, dans les milieux du 14 Mars, on insiste sur le fait que l’armée a montré qu’elle est parfaitement capable de défendre seule le pays et que le Hezbollah ne peut plus se permettre d’entraîner le Liban dans des guerres avec Israël, et se contenter par la suite de se justifier, comme l’avait fait son secrétaire général en 2006, lorsqu’il avait affirmé : « Je ne savais pas que la réaction israélienne serait de cette ampleur. »

Dans ces milieux, on affirme qu’avec l’opération « Aube du jurd », la donne a changé. La décision de guerre et de paix doit être aux mains de l’État libanais, estime-t-on. En d’autres termes, c’est une nouvelle épreuve de force qui s’engage. Au moment où les partis du 8 Mars s’apprêtent à multiplier les allers-retours entre Beyrouth et Damas dans le cadre de manœuvres visant à forcer à terme le gouvernement à engager un dialogue avec le régime de Bachar el-Assad, au sein du camp souverainiste on considère qu’une fois la bataille des jurds terminée, il est nécessaire de demander au comité libano-syrien de coordination militaire de contrôler la frontière pour empêcher la circulation des éléments armés. Or, le Hezbollah est opposé à ce genre de projet qui limitera ou perturbera sa liberté de mouvement entre le Liban, la Syrie, l’Irak et l’Iran.

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