LIBAN : À Bazbina, des projets municipaux créent de grosses controverses


DÉVELOPPEMENT

Une installation d’énergie solaire pour laquelle on a sacrifié des espaces verts et un futur projet de traitement des eaux usées « manquent de transparence », selon des habitants de ce village du Akkar. La municipalité dément

24/06/2017
Le village de Bazbina est l’une de ces localités encore très vertes de la région de Joumé, au Akkar. Recouvert de forêts, le village conserve un atout précieux que ses habitants ne voudraient pas voir disparaître. Certains projets récents du nouveau conseil municipal ont cependant soulevé des remous. Des photos prises par des habitants montrent une terre remuée et une nouvelle route, précisant qu’il s’agit de travaux entrepris sur 1 500 mètres carrés, en vue d’y installer des panneaux solaires. Ce qui les inquiète plus encore, c’est un futur projet d’installation d’égouts dans le village, dont les contours leur paraissent obscurs. Les deux projets sont financés par l’International Orthodox Christian Charities  IOCC

Mohammad Arabi, habitant originaire de Bazbina et expert en développement communautaire, dénonce d’emblée le « manque de transparence » du conseil municipal, soulignant que ces grands projets – qu’il n’attaque pas en tant que tels – sont conçus sans que quiconque des habitants ne soit consulté, et sans que les documents en rapport avec les projets ne soient remis à ceux qui les demandent. « Les études de faisabilité ont-elles seulement été faites ? se demande-t-il. Pour ce qui est de l’installation solaire qui doit servir à faire fonctionner un puits, était-il nécessaire de défricher 1 500 mètres carrés pour les panneaux ? » M. Arabi rappelle que Bazbina est un village classé site naturel depuis 1996 pour la beauté de ses paysages
Toutefois, le plus grave, selon lui, reste le projet d’installation d’égouts aux contours flous. « Que personne ne nous comprenne mal, nous sommes très favorables à ces projets, notamment à l’installation d’égouts et de traitement des eaux usées à Bazbina, dit-il. Bien au contraire, le gouvernement aurait dû le faire beaucoup plus tôt : en effet, c’est dans ce village qu’on trouve la source qui alimente la moitié du Akkar en eau, et elle doit être protégée. Mais le design de ce projet n’est pas clair, et la municipalité refuse de nous en livrer les documents, sous prétexte que ceux-ci se trouvent à Beyrouth, chez le bailleur de fonds. Nous ne savons pas si ce réseau desservira tout le village ou une partie. D’après les quelques informations dont nous disposons, les canalisations devraient passer au niveau du fleuve. Si tel est le cas, ce serait très risqué, avec une perspective de problèmes à la moindre crue. Pourquoi avoir pris cette décision

Des projets « très nécessaires  
Interrogé par L’Orient-Le Jour sur les deux projets, Tarek Khabbazé, président du conseil municipal de Basbina, nie toute volonté de cacher quoi que ce soit, ou tout dégât causé dans le présent ou à l’avenir. –  Ces projets sont très nécessaires pour le village, affirme-t-il d’emblée. Nous avons obtenu de l’IOCC un don de 120 000 dollars pour l’installation solaire, et un autre de 320 000 dollars pour construire un réseau d’égouts et une station d’épuration. Il était temps qu’un tel projet voie le jour
Sur les études de faisabilité et d’impact environnemental effectuées dans le cadre de ces projets, M. Khabbazé assure qu’elles ont bien été faites.  –  Pour l’installation du solaire, il s’agit d’un projet environnemental qui produit de l’électricité propre pour faire fonctionner un puits qui dessert le village, dit-il. Il n’y avait pas besoin d’une étude d’impact environnemental (NDLR : rendue indispensable pour tout projet d’une certaine envergure par le décret 8633). Et ceux qui disent que nous avons dégradé un terrain et abattu des arbres se trompent sur toute la ligne : il s’agissait d’un terrain vague au-dessus du site où a été creusé le puits. Il y avait quatre petits arbres exactement, et la route ne mène qu’à des terrains municipaux qui ne peuvent en aucun cas être construits. Une délégation du ministère de l’Environnement est venue sur place inspecter le site et a pu constater qu’aucun dégât n’a été causé à l’endroit. En tant qu’élu, je suis là pour préserver mon village et non pour provoquer sa dégradation

Des réunions –  factices  
En ce qui concerne le projet plus grand de traitement des eaux usées, M. Khabbazé affirme que « l’étude d’impact environnemental a bien été faite par un bureau qui collabore avec le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) ». Il précise que le projet en est aux étapes préliminaires, et que la municipalité attend les approbations des ministères de l’Environnement et de l’Énergie. Il ajoute que la municipalité a bien organisé « des réunions publiques pour discuter du projet, à la demande du ministère de l’Environnement

Des réunions « factices », selon Mohammad Arabi, qui assure qu’elles se sont limitées aux proches de l’équipe municipale, et ne constituent en aucun cas des informations apportées au public. Sur ce point, une source autorisée nous affirme en effet que le ministère a demandé que de nouvelles réunions publiques soient organisées
Sur un autre plan, M. Arabi souligne qu’« il est très important que le projet des eaux usées soit bien étudié, sinon il ferait plus de mal que de bien ». Quant au défrichage de terrain, selon lui, les photos prises montrent un abattage d’arbres bien plus important que celui reconnu par le président du conseil municipal, puisque tout le terrain est boisé
Des sources autorisées (mais désirant rester anonymes), interrogées par L’OLJ, donnent un certain éclairage à l’affaire. D’une part, il s’avère qu’une plainte a été déposée par l’Office des eaux du Nord contre le conseil municipal de Bazbina qui, semble-t-il, n’a pas consulté cette administration incontournable avant d’entreprendre ses projets à caractère hydraulique. D’autre part, nous apprenons qu’une délégation du ministère de l’Environnement est effectivement montée au village pour inspecter le projet d’installation solaire, constatant que le muret de 150 mètres de long « ne provoque pas de dégât notable au paysage », selon la source interrogée. Toutefois, pour ce qui est du projet des eaux usées, la même source affirme que le dossier est aux mains du comité concerné au ministère de l’Environnement, qu’aucune approbation n’a encore été donnée et que le ministère a effectivement exigé une nouvelle réunion publique pour que le projet soit discuté avec la population

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