LIBAN : 40e anniversaire de la canonisation de saint Charbel, un saint pour le Liban

 

Les guérisons à l’intercession de l’ermite de Annaya ne connaissent « ni limites géographiques ni frontières religieuses »

Fady NOUN | OLJ
10/10/2017
Les guérisons à son intercession ne connaissent « ni limites géographiques ni frontières religieuses ». Le Liban, le couvent de Annaya et le village de Békaa-Kafra (Liban-Nord) ont célébré, hier, le 40e anniversaire de la canonisation, le 9 octobre 1977, de saint Charbel Makhlouf (8 mai 1828 – 24 décembre 1898).

Deux ans et quelques mois après l’étincelle meurtrière du 13 avril 1975, cet événement constitua pour le Liban un moment particulièrement émouvant. Comme le souligna à l’époque la regrettée Marie-Thérèse Arbid dans un éditorial – croyait-elle si bien dire ? –, ce fut « après deux très longues années d’une guerre absurde parce qu’injuste, d’une très longue tragédie, la pause-foi ». De fait, après cette « pause », la guerre devait reprendre de plus belle et conduire le Liban au fond de l’abîme.
À l’époque, un rapport de la Chambre de commerce et d’industrie de Beyrouth chiffrait à 6 % la part de la population active, tuée durant la guerre que nous appelons aujourd’hui « guerre des deux ans », et à 700 000 sur 3 millions, les Libanais partis (provisoirement ou définitivement) pour d’autres cieux. Le Liban frôla, puis sombra dans un désastre économique irréversible. La monnaie nationale s’effondra et le pays connut un retard économique dont il ne s’est toujours pas relevé. Aujourd’hui, nous savons aussi que la guerre a fait entre 130 000 et 250 000 victimes civiles, plus de 17 000 disparus, et que le Liban ploie sous une dette de 70 milliards de dollars.
Dans l’homélie prononcée lors de la messe de canonisation de saint Charbel, le pape Paul VI affirma : « L’Église entière, de l’Orient à l’Occident, est invitée aujourd’hui à une grande joie. Notre cœur se tourne vers le Ciel, où nous savons désormais avec certitude que saint Charbel Makhlouf est associé au bonheur incommensurable des saints, dans la lumière du Christ, louant et intercédant pour nous. Nos regards se tournent aussi là où il a vécu, vers le cher pays du Liban, dont nous sommes heureux de saluer les représentants (…). La tourmente des récents événements a creusé des rides profondes sur son visage et jeté une ombre sérieuse sur les chemins de la paix. Mais vous savez notre sympathie et notre affection constantes : avec vous, nous gardons la ferme espérance d’une coopération renouvelée, entre tous les fils du Liban. »
« (…) Aujourd’hui, en le canonisant et en étendant son culte à l’ensemble de l’Église, nous donnons en exemple, au monde entier, ce valeureux moine, gloire de l’ordre libanais maronite et digne représentant des Églises d’Orient et de leur haute tradition monastique.
« (…) Bénissons le Seigneur de nous avoir donné saint Charbel Makhlouf, pour raviver les forces de Son Église, par son exemple et sa prière. Puisse le nouveau saint continuer à exercer son influence prodigieuse, non seulement au Liban, mais en Orient et dans l’Église entière ! Qu’il intercède pour nous, pauvres pécheurs, qui, trop souvent, n’osons pas risquer l’expérience des béatitudes qui conduisent pourtant à la joie parfaite ! Qu’il intercède pour ses frères de l’ordre libanais maronite, et pour toute l’Église maronite, dont chacun connaît les mérites et les épreuves ! Qu’il intercède pour le cher pays du Liban, qu’il l’aide à surmonter les difficultés de l’heure, panser les plaies encore vives, marcher dans l’espérance ! »
« Chose impressionnante, notait le pape au passage, le peuple de Dieu ne s’y est pas trompé. Dès le vivant de Charbel Makhlouf, sa sainteté rayonnait, ses compatriotes, chrétiens ou non chrétiens, le vénéraient, accouraient à lui comme au médecin des âmes et des corps. Et, depuis sa mort, la lumière a brillé plus encore au-dessus de son tombeau : combien de personnes, en quête de progrès spirituel, ou éloignées de Dieu, ou en proie à la détresse, continuent à être fascinées par cet homme de Dieu, en le priant avec ferveur, alors que tant d’autres, soi-disant apôtres, n’ont laissé aucun sillage. »

Près de 10 % de miraculés non chrétiens
Aujourd’hui encore, saint Charbel, qui prolonge l’expérience fondatrice de saint Maron, est pour les Libanais un signe d’unité. Selon le père Louis Matar, économe du couvent de Annaya, les guérisons qui s’opèrent à son intercession ne connaissent « ni limites géographiques ni frontières religieuses ». « Tous ceux qui l’invoquent en recueillent les fruits de sainteté, soit sous la forme d’une guérison, soit sous la forme d’une consolation dans la souffrance. »
« Le Seigneur ne lui refuse rien, ose ajouter le père Matar, parce que saint Charbel ne lui a rien refusé, car rien n’est impossible à Dieu. »
Et le P. Matar de préciser que près de 10 % des cas de guérisons enregistrées à Annaya depuis juillet 2017 intéressent des non-chrétiens. Il rapporte ainsi avoir reçu, il y a quelques semaines, la visite de Hassan Ali Fakih, un Libanais de confession chiite originaire de Roub Talatine (Marjeyoun), et habitant Hay el-Sellom, que le saint a miraculeusement guéri d’un pincement nerveux au talon gauche, dû à une mauvaise soudure osseuse. Sur le conseil d’un de ses amis chrétiens, Chahid Sassine, l’homme avait enduit son talon, sur lequel il ne pouvait plus s’appuyer sans une vive douleur, d’une huile qu’il lui avait ramenée de Annaya (Facebook: Miracles of Saint Charbel – Annaya, cas n°20, 9 septembre 2017). Le P. Matar ajoute que beaucoup de villageois souffrant de divers maux empruntent efficacement au miraculé un chapelet que lui a mystérieusement remis saint Charbel, qui lui est apparu au bureau même du père Matar, le jour où il s’était rendu à Annaya pour rendre grâce de sa guérison.
En ce 40e anniversaire de la canonisation de saint Charbel, les « rides profondes » creusées par la guerre sur le visage du Liban n’ont toujours pas disparu, mais, sous la forme d’une profusion à peine croyable de consolations et de guérisons, l’ermite de Annaya fait de son mieux pour aider les hommes à se réveiller au « Dieu qui vient », qui « essuiera toute larme » de leurs yeux, le jour où « la mort ne sera plus ». (Apo. 21).

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