Les larmes du peuple : ciment de la cité

 

 

LES ÉCHOS DE L’AGORA


12/02/2018

 

Assassiné le lundi 14 février 2005, l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri fut enterré le mercredi 16. Jamais le Liban n’avait connu de telles obsèques populaires. La famille Hariri, à l’époque, avait catégoriquement refusé que les funérailles soient organisées par l’État. Le 16 février, je me suis retrouvé avec des centaines de milliers d’autres citoyens autour de la mosquée al-Amine inachevée, au milieu d’une indescriptible cohue, notamment de « Beyrouthins », toutes communautés et toutes conditions sociales confondues.

Aujourd’hui, elles paraissent lointaines, ces larmes que les Libanais ont versées sur la sépulture de Hariri et que le monde entier a pu voir, durant des semaines, grâce aux médias. Tout ou presque a été dit et écrit sur le phénomène des pleurs, des lamentations et des sanglots de 2005. Certains pensent que ce fut un phénomène induit par le mimétisme contagieux des médias. Treize ans après le drame, je livre au lecteur mon témoignage personnel, vécu au lendemain des obsèques, le 17 février, aux environs de six heures du matin. J’avais décidé de me rendre, avant d’aller travailler, sur la place des Martyrs afin de voir où on avait enterré Monsieur Hariri en vue de lui rendre mes respects. La place était vide ; la circulation n’avait pas encore été interdite. Je me suis garé devant le magasin Virgin.

La sépulture était bien visible, surmontée d’un monticule de fleurs. Autour d’elle, quelques barrières métalliques circonscrivaient un espace circulaire à l’intérieur duquel deux vieux ulémas étaient accroupis, lisant le Coran placé devant chacun d’eux. Afin de ne pas les déranger, je suis demeuré en retrait, derrière la barrière. Quelques gardiens étaient là, ainsi que quatre à cinq personnes, dans l’attitude de recueillement que les musulmans adoptent en priant debout. Aucune caméra de télévision dans les parages. La scène baignait dans le silence de Beyrouth en deuil et le murmure à peine audible de la cantillation coranique des deux ulémas. Dix minutes après, je vis arriver, à ma grande surprise, l’artisan menuisier Jean (Hanna) qui avait réalisé ma bibliothèque, une rose rouge à la main. Après nous être salués, je lui demande :
– Maître Jean, que faites-vous là ?
– La même chose que vous, Docteur Antoine, répond-il…….

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