Les dames de Damas

Photo D.R.
L’Orient Littéraire
09/04/2017

S’il y a une littérature minimaliste, cet ouvrage en fait certainement partie

L’auteur, Alain Bonnand, y raconte son arrivée à Damas en 2007 puis la découverte de la ville et de la Syrie – avant la guerre désastreuse. En revanche, c’est dans un autre ouvrage publié en 2012, Le Testament syrien, qu’il relate les débuts de la « révolution » et son départ de cette capitale où   –    le  soleil renonce à suivre l’actualité

Dans les deux ouvrages, le narrateur qui est l’auteur dans sa vraie vie, s’adresse à des interlocuteurs, Alexandrine dans le premier et son ami le philosophe nihiliste Roland Jaccard, dans le second. Et l’on plonge dans la vie quotidienne, dans ce qu’elle pourrait avoir de plus banal parfois, (le nombre de pièces de l’appartement du quartier Malki, à proximité du parc Techrine par exemple) – et cela ne manque pas de dérouter – de plus anecdotique ou de plus signifiant

Le charme discret des textes brefs. Noter ce qui est furtif, fixer ce qui est fugace, capturer sur le vif un instant en le considérant d’un œil neuf. Observations que l’on inscrit dans des carnets de voyage, dans un journal intimo-public. Phrases courtes qui en disent d’autant plus long, décrochant un droit comme en boxe. « Les coiffeurs et les chauffeurs sont muets ». « Les femmes n’ont pas les yeux dans leurs poches ». « Une jeune femme abandonne son véhicule au milieu de la chaussée, moteur en marche… ».-    L’hôtesse (de l’air) passe son service à caresser le chat Lewis

Et tout cela commence à prendre de l’épaisseur et de l’ampleur. Comme dans un carnet de croquis, la ville, celle des petites gens, s’anime. Damas prend vie. Sans grandiloquence aucune. Sans événements majeurs. Sans pathos. Une ville à raz de sa quotidienneté : l’achat d’un poulet rôti, les poubelles de Damas vert épinard… Situations parfois cocasses, observations rapportées souvent avec humour, sinon ironie, pince-sans-rire

Il nous faut évoquer ici l’orientalisme puisque, somme toute, Alain Bonnard est un Français vivant en Syrie. Il pose fatalement un regard d’étranger sur une réalité qui ne lui est pas familière. Mais la posture n’est jamais condescendante et semble échapper aux problématiques du touriste ou du colon. Une sorte d’étranger-local qui ouvre certes les yeux pour découvrir du nouveau mais les referme, désabusé, ne poussant jamais des hauts cris d’ébahissement. Bonnand ne s’interdit pas d’écrire, sans complaisance « Il m’en dégoûte même… ». Lorsqu’il se rend en famille visiter les vieux quartiers de Bab Touma, c’est la glace au retour qui retient son attention et non le pittoresque

Hors de Damas, il y a bien évidemment, l’hôtel Baron et les huit kilomètres de dédales des souks d’Alep ; le stylite Siméon refusant durant trente-six ans jusqu’à sa mort de descendre de sa colonne et les « montagnes féminines » au lointain… Cependant, Bonnand ne se résout pas à des notes de voyage traditionnelles. Il avoue à demi-mot que seuls les livres et les femmes le font voyager

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