Le vieux Pékin entre passé et présent

 

Les “hutongs”, ces ruelles de Pékin pauvres mais pleines de charmes, tentent de résisiter au temps, à la démolition et à l’embourgeoisement. Photo Fred DUFOUR/ AFP

OLJ
11/04/2017

 

Depuis près de 60 ans, Gu Chen vit dans sa petite maison basse des hutongs de Pékin, ces ruelles étroites et labyrinthiques de la capitale chinoise. Si beaucoup ont été rasées, d’autres sont préservées ou transformées en repaires à touristes
Chaque jour, M. Gu se lève, tire les rideaux de sa porte-fenêtre donnant sur la rue. Puis s’installe sur le perron en béton devant chez lui, prêt à travailler : il est réparateur d’appareils électriques. Ses clients sont ses voisins.
Si les loyers ont été multipliés par cinq en 10 ans dans les environs, les prix des services de M. Gu sont restés les mêmes : cinq euros environ pour une réparation. « Le loyer reste abordable ici par rapport aux appartements modernes. Et puis comme mon habitation est au rez-de-chaussée, je n’ai pas besoin de payer un loyer supplémentaire pour louer un magasin », explique à l’AFP l’homme de 58 ans.
La modeste demeure de Gu Chen, au toit recouvert de tuiles incurvées, est située au bord d’une cour carrée, dont la succession et l’imbrication forment les quartiers de hutongs.
Les allées souvent poussiéreuses prennent vie dès l’aube, lorsque les habitants y montent leurs étals de fortune pour y vendre des petits déjeuners : crêpes croustillantes aux œufs et à la ciboule, raviolis à la vapeur et bols fumants de bouillie de millet

Pas d’intimité
Vendeurs de fruits, bouchers et petits épiciers leur emboîtent le pas le long des ruelles, d’où ils hèlent les passants.
Plusieurs siècles plus tôt, les majestueuses portes rouges dressées le long des hutongs débouchaient sur de vastes cours décorées de poutres taillées et de colonnes peintes. Mais depuis l’arrivée au pouvoir des communistes en 1949 et surtout la tumultueuse Révolution culturelle (1966-1976), beaucoup de propriétaires en ont été dépossédés. D’autres demeures ont été rasées par les pelleteuses, sur l’autel de la modernisation. Le nombre de Pékinois, qui a bondi de 60 % en 15 ans, dépasse désormais les 21 millions. Résultat : les habitations ont été saucissonnées et plusieurs familles logent désormais autour d’une même cour, à quelques mètres l’une de l’autre.
« L’intimité est inexistante. Tout le monde voit vos allées et venues et entend vos conversations », décrit Luo Pu, un jeune homme qui habite près de la Tour du tambour, un imposant monument de pierre jadis utilisé pour annoncer l’heure à l’époque impériale

Art et bière
« Mon fils, sa femme et mon petit-fils n’habitent pas loin d’ici. On les voit tous les jours », explique Wu Xiaoming, un quinquagénaire qui vend des pains au maïs dans le quartier de Beixinqiao, à la lisière du périphérique qui ceinture la vieille ville
Dans la soirée, après avoir remis en état une antique machine à laver, Gu Chen, le réparateur, la charge sur un petit triporteur à moteur afin de la livrer à l’un de ses voisins. En chemin, il passe devant d’anciennes bâtisses cossues aujourd’hui délabrées
Mais certaines hutongs, à l’inverse, s’embourgeoisent : beaucoup d’ex-habitations sont reconverties en galeries d’art, en bars à bière ou en restaurants branchés très courus des visiteurs occidentaux. Le week-end, les promeneurs sont nombreux, à pied, à vélo ou en scooter électrique, à parcourir ces allées
Des bouleversements qui n’inquiètent guère les habitants : depuis quelques années, beaucoup de hutongs ont été classées monuments historiques :  La Chine change vite, mais c’est souvent pour le mieux, juge M. Gu. Si je continue à travailler dur, tout ira bien
Joanna CHIU/AFP

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