Le Hezbollah resserre l’étau sur les jihadistes dans le jurd de Ersal

 

 


Des combattants du Hezbollah dans le jurd de Ersal, le 22 juillet 2017. AFP / Hezbollah media office

LIBANLes Brigades Ahl el-Cham se retirent ; le médiateur Ahmad Fliti tué.

OLJ
23/07/2017
La bataille du jurd de Ersal, lancée par le Hezbollah pour reprendre aux jihadistes cette zone aride située sur les hauteurs de cette bourgade sunnite frontalière de la Syrie, est entrée dimanche dans son troisième jour.

Samedi, les combattants du parti chiite avaient encore progressé face au Front Fateh el-Cham (ex-Front al-Nosra, l’ancienne branche d’el-Qaëda en Syrie), enregistrant par ailleurs un retrait des islamistes des Brigades Ahl el-Cham. Cependant, la journée a été également marquée par la mort de l’ancien vice-président de la municipalité de Ersal, Ahmad Fliti, qui faisait office de médiateur entre le parti chiite et les hommes du Front Fateh el-Cham durant ces combats meurtriers.

Les combattants du parti ont pu effectuer ces avancées grâce au soutien aérien de l’aviation syrienne. Celle-ci a bombardé samedi le jurd de Flita, en Syrie. Dans l’après-midi, les appareils syriens bombardaient intensément le jurd de Ersal, selon l’Agence nationale d’information (Ani, officielle). C’est le Hezbollah, soutenu par l’armée syrienne, qui avait lancé les hostilités vendredi au petit matin depuis le territoire syrien.

Le parti chiite a également pénétré, selon la chaîne locale LBCI, dans la grotte où s’abritait Abou Malek el-Talli, le chef de Fateh el-Cham dans la région. Aucune information supplémentaire n’a été donné à ce sujet. Des rumeurs sur la capture d’El-Talli avaient été relayées samedi soir par certains médias locaux.

Vendredi, le Hezbollah avait déjà réalisé de nombreuses avancées sur le terrain, en annonçant toutefois la mort de deux de ses combattants. Samedi, il a fait part de la mort de neufs de ses combattants dont les funérailles se sont tenues aujourd’hui. Il s’agit de : Hussein Ali Mahmoud, Hussein Zouheir Salim, Mahdi Hamad Assaf, Hassan Samir Seifeddine, Fadl Abbas Bazzi, Hussein Ali Ismaïl, Mahmoud Ali Asseily, Mohammad Issam Salamé et Hussein Zouheir Assaf.

Les jihadistes acculés
La situation des combattants islamistes qui font face au Hezbollah et à l’armée libanaise semble désespérée. Selon le “média de guerre” du Hezbollah – une structure en ligne combinant vidéos et images, puis rediffusée notamment par la chaîne du parti, al-Manar – 200 combattants des Brigades Ahl el-Cham ont déposé les armes samedi soir et se sont rendus dans le camp de réfugiés syriens dans le secteur de Malahi, à l’est de Ersal, et de Wadi Hmayed. Plus tôt dans la soirée, une source militaire citée par la LBCI avait indiqué que tous les islamistes appartenant à ce groupe se sont retirés du jurd de Ersal.

Le Front Fateh el-Cham semble également en mauvaise posture. Samedi, le groupe jihadiste a lancé des appels de détresse via des hauts-parleurs dans Wadi el-Khayl, appelant les civils dans le secteur à lui prêter main forte. Selon le parti chiite, plusieurs combattants de Fateh el-Cham ont hâtivement battu en retraite, laissant derrière eux du matériel et des armes.

L’armée libanaise défend pour sa part Ersal contre toute infiltration jihadiste. Elle bombarde sporadiquement depuis vendredi les positions des islamistes dans le jurd voisin. Samedi, les militaires ont ciblé un groupe de combattants à Wadi el-Dam qui tentaient de s’infiltrer dans la localité. Ils ont également bombardé un autre groupe qui se déplaçait au sud de Wadi el-Khayl et se dirigeait vers Ersal, ainsi que des combattants au niveau du secteur de Safa el-Lazzab qui tentaient de s’approcher des positons de l’armée.

Une source proche des services de sécurité libanais, citée par l’agence Reuters, avait fait état samedi après-midi d’un bilan de 43 rebelles et de 15 combattants du Hezbollah tués depuis le début de la bataille.

 

Fliti tué par les islamistes
Une médiation visant à convaincre Fateh el-Cham de se retirer de Wadi el-Khayl a échoué dans l’après-midi, le médiateur Ahmad Fliti, ancien vice-président de la municipalité de Ersal ayant succombé à ses blessures après avoir été atteint par un obus tiré par le groupe jihadiste, selon un communiqué publié par l’armée libanaise dans l’après-midi. Fayez Fliti qui l’accompagnait a quant à lui été blessé, précise le texte.

Le Courant du Futur a aussitôt rendu hommage à Ahmad Fliti, “martyr de toute la nation”. De son côté, Waël Bou Faour, député joumblattiste, a salué un homme qui a “sauvé tellement de vies”, “défenseur de la coexistence” et “protecteur des habitants de Ersal”.

Par ailleurs, la Croix-Rouge libanaise (CRL) est entrée samedi soir dans Ersal, notamment pour distribuer des aides aux réfugiés syriens, en coordination avec l’armée libanaise et le président de la municipalité, Bassel Hojeiri. Plus tôt dans la journée, elle avait annoncé avoir exfiltré sept blessés et 100 femmes du jurd de Ersal.

En raison des affrontements, plusieurs familles de réfugiés syriens ont fui leurs tentes situées aux abords de Ersal. Elles ont été autorisées par l’armée libanaise, sous la supervision des Nations Unies, à entrer à l’intérieur de la bourgade sunnite. Samedi, la situation était calme à l’intérieur de la localité, et les gens vaquaient normalement à leurs occupations, selon les informations de la LBCI.

Sur un autre plan, le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Joseph Aoun, a reçu samedi à Yarzé l’ambassadeur de Syrie à Beyrouth, Ali Abdel Karim Ali. Aujourd’hui, dans les milieux libanais favorables au régime du président syrien Bachar el-Assad, on évoque une éventuelle coopération entre les armées libanaise et syrienne, au même titre que la coopération des militaires libanais avec le Hezbollah. Mais cette collaboration est rejetée par les responsables libanais hostiles au régime syrien.

Depuis le 30 juin, date à laquelle l’armée avait mené, dans deux camps de réfugiés dans la région de Ersal, des opérations durant lesquelles cinq kamikazes s’étaient fait exploser, tuant une fillette et blessant sept soldats, la tension était palpable sur ce dossier. Notamment en raison du fait que suite à cette opération, qui avait débouché sur l’arrestation de dizaines de réfugiés syriens soupçonnés de terrorisme, quatre Syriens arrêtés étaient décédés. Par ailleurs, les images de détenus maltraités ont provoqué une vive controverse et mené à l’ouverture d’une enquête dirigée par l’armée.

C’est également dans le secteur de Ersal et de son jurd qu’avaient eu lieu, en août 2014, de violents combats entre l’armée libanaise et les jihadistes. Une trentaine de militaires avaient été enlevés par les jihadistes. Quatre d’entre eux avaient été assassinés en captivité, seize avaient été libérés par le Front al-Nosra en décembre 2015, et neuf autres sont toujours otages du groupe État islamique, mais le sort de ces derniers est plus que jamais incertain.

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