Lamia Moubayed Bissat,  désespérément déterminée 

11/05/2017

Lamia Moubayed Bissat n’a rien d’une matheuse, encore moins d’une directrice d’un institut de finances. Elle préfère clairement les lettres aux chiffres. Ce qui intéresse cette femme de tête et de cœur, c’est l’humain, qui est, dit-elle, « l’avenir du Liban ». Et ce pays en souffrance, peinant à fonctionner selon des normes, une clarté et une transparence internationales
Qualifiée de « studieuse » à l’école, elle en a retenu le terme « sérieuse », continuant, comme elle l’a toujours fait, à puiser sa force dans l’amour qui circule autour d’elle. –  C’est ma religion, dit-elle. Je vais persévérer dans mes convictions, toucher les gens autour de moi pour qu’ils soient contaminés par mon énergie. Nous en avons besoin pour pouvoir espérer des jours meilleurs dans notre pays

Hasard et rencontres
Lamia Moubayed est une « jeune » des guerres de ce pays qu’elle aime par-dessus tout. Au moment de se choisir un avenir, –  je n’avais, dit-elle, aucune idée de ce que je voulais faire. Nous n’avions pas d’horizons, pas de perspectives alors, et une seule université ouverte au monde, l’AUB… C’est dur de grandir dans ces conditions
Alors, en désespoir de cause(s), elle clique au moment de remplir le formulaire d’inscription sur les deux premiers A de la liste : agriculture et architecture. C’est un tirage au sort qui fixera son choix final. Ce sera agriculture… : – Cette matière ne me disait rien… Petit à petit, comme je suis quelqu’un de curieux, j’ai découvert que les sujets d’économie et de développement m’intéressaient particulièrement. Que se focaliser sur l’être humain et sur le développement était un moyen de se concentrer forcément sur l’espoir et l’avenir
Avec une maîtrise en économie agricole et en développement – elle décroche au passage le prix Sana Najjar-Zahr de la meilleure performance académique –, elle enseigne deux ans à la faculté d’agriculture de l’Université libanaise avant de se convertir définitivement à l’économie du développement et démarrer dans une boîte d’études en économie privée.  -La guerre s’estompait, poursuit-elle. Heureusement, le travail que nous faisions préparait l’avenir du pays. Je m’intéressais à nouveau à l’espoir

Le capital humain
Après un deuxième arrêt auprès d’une société de conseil privée œuvrant aussi sur des projets de développement porteurs d’une vision sociale, parmi lesquels la construction de l’Université libanaise et le projet, suspendu, de transport en commun et du chemin de fer, Lamia Moubayed s’engage auprès des Nations unies et du PNUD où elle se familiarise avec et se spécialise dans les questions de bonne gouvernance, de gestion publique et de programmes de développement institutionnel. –  Je me suis retrouvée dans un projet qui consistait à réhabiliter les administrations de l’État. » Et d’ajouter, même si on s’en doutait bien : – Ce sont les grands projets qui m’intéressent. Il n’y a pas de grands projets si le plus grand projet ne marche pas. J’ai pu réapprendre ce que signifiaient action publique, coopération au développement comme outil de travail. Et j’ai réalisé l’importance de saisir l’opportunité, de sortir de sa zone de confort lorsqu’on travaille pour le citoyen et la nécessité de l’apprentissage continu. L’importance du capital humain
En 2000, elle prend le poste de directrice adjointe de l’Institut des Finances, devenu en 2006 l’Institut des Finances Basil Fuleihan (IOF), en mémoire de ce martyr de la révolution du Cèdre, alors jeune ministre de l’Économie et du Commerce et membre du Parlement, spécialisé dans la gestion des finances publiques et des douanes au Liban, et qui avait contribué à sa création. L’année suivante, elle en devient sa directrice

16 ans plus tard, le bilan, plus que positif, de son travail à la tête de l’Institut a été salué par l’ambassadeur de France Emmanuel Bonne qui lui a remis l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur le 7 avril dernier. « Je souhaite saluer votre bilan à la tête de l’Institut des Finances, devenu un pilier de la formation des agents publics au Liban et un acteur du renforcement des institutions libanaises. Sous votre direction, plus de 52 000 stagiaires ont pu bénéficier de 90 000 heures de formation», a-t-il précisé

Entourée d’une majorité de femmes dans une équipe qu’elle a voulue restreinte, intime, et dont elle connaît chaque personne individuellement, cette mère de famille qui pense aussi à l’avenir de ses enfants en tant que citoyens conclut ainsi : –  La clef de notre succès, c’est d’avoir réussi à transformer les limites en opportunités. Et accompagner les jeunes générations qui intègrent le ministère des Finances et les projets de modernisation. » Optimiste ? Elle sourit, lucide : – Je suis une personne désespérément déterminée, persuadée que l’État est une idée qui a de l’avenir

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