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La Corniche de Beyrouth : tous les Liban qu’on aime…

ZAWARIB BEIRUT

16/09/2017

Photo Carla Henoud.

Si les physiciens devaient confirmer la théorie du temps en tant que quatrième dimension, ils feraient bien d’entreprendre des recherches dans la zone pluridimensionnelle et multiculturelle de Ras Beyrouth. Car nulle part ailleurs au Liban, l’effet du temps n’est aussi visible que dans les rues de Hamra et sur la Corniche qui longe la mer. Le visage changeant du paysage urbain durant ces deux dernières décennies a été à la fois destructif et passionnant, créant ainsi un lieu unique et attachant qui offre de nombreuses surprises d’un quartier à l’autre. Une promenade qui prend des airs d’aventure dans l’espace et le temps.
En allant de la Corniche vers les quartiers de Koraytem et Aïn el-
Tiné, le paysage naturel de Ras Beyrouth qui s’étale devant nos yeux y est résumé dans toute sa diversité géographique, historique et sociologique. Les rochers usés, délavés par le sel et le temps, ce point où se rencontrent la mer et la terre, composent une plate-forme idéale pour de nombreuses histoires : celle du pêcheur qui vient se poser, les matins, et murmurer à l’oreille des vagues ; celle des familles qui viennent pique-niquer en fin d’après-midi, ou enfin celle des amoureux qui prêtent serment au coucher du soleil. Les grottes tapies au-dessous de la Corniche sont magnifiques à visiter en barque : les pêcheurs du coin se feront un plaisir de jouer les guides. En observant attentivement les différentes strates qui dessinent les rochers de Raouché, il devient facile de comprendre l’impact du temps sur la ville. Des centaines d’années par centimètre en couches de formes et de couleurs différentes…


Photo Carla Henoud.

Retour sur terre
Mais revenons sur la terre ferme, et tellement poétique, sur cette magnifique étendue qu’est la Corniche et qui réunit tous les visages du Liban dans une coexistence idéale. Une fois de plus, la notion de temps se fait ressentir, car le paysage et les émotions évoluent avec et au gré d’une journée, d’une saison, d’une année… Du matin au soir, son visage se modifie. Ses visiteurs aussi… Elle peut se transformer en podium pour fashionistas pressées, en piste pour coureurs passionnés, en un arrêt improvisé pour food trucks racoleurs, en fenêtres pour voyeurs ou en salon presque officiel. La Corniche illustre bien ce qui était, ce qui constitue l’essence même du Liban. Et ceci est tout aussi valable aujourd’hui qu’il y a 4 ou 400 ans. Cette marche du temps et à travers le temps permet aussi de voir des visages qui l’ont habitée. Le nom officiel de cette Corniche de bord de mer, dépendamment de sa situation géographique, a rendu hommage au général de Gaulle, à Rafic Hariri et à la ville de Paris. Quoi qu’il en soit, les Beyrouthins qui y sont très attachés l’ont toujours surnommé « notre » Corniche. Ou « notre » Ramlet el-Baïda. Ou encore « notre » Raouché, là où Janine Rubeiz avait installé sa galerie éponyme, aujourd’hui reprise par sa fille Nadine Begdache, réunissant une pléiade d’artistes variés depuis plus de 40 ans.

De la magie
Ces lieux pleins de charme ont leurs habitués qui ont leurs habitudes : le mythique Sporting Club, le Riviera et le Luna Park qui scintille la nuit. Uncle Deek, le Stade de Nejmeh et la plage de l’AUB constituent un mélange éclectique de genres, de visages contemporains, mais aussi nostalgiques et représentatifs de la belle époque des années 60 et 70 de Beyrouth.
En remontant à pied la pente un peu abrupte, le piéton un peu essoufflé débarque sur les rues de Californie, Caracas, Bahreïn et d’Australie. Essoufflé et le souffle coupé par cette magnifique vue sur la Méditerranée sans fin, le vieux phare, qui n’est pas le premier, puisque l’original fut construit au XIXe siècle, et le phare plus moderne, pointent le bout de leur nez protecteur et leurs lumières sur une architecture des années 20 à 2010.
À l’autre bout de la Corniche, qui commence au niveau de la rue de Aïn el-Mreissé, des enfants, des danseurs de breakdance et des fous de patin et de vélo s’éclatent sur un énorme échiquier dessiné au sol. En face, la statue de Gamal Abdel Nasser, à quelques pas de l’ancien Théâtre de Beyrouth, veille sur la mémoire du président égyptien. L’artisanat créé par Nadia el-Khoury, quelques cafés et restaurants et une petite plage privée sont également un mélange de genres réussi.
Durant ces quelques 50 dernières années, le tissu urbain de Ras Beyrouth a connu des bouleversements extrêmes, qui l’ont presque défiguré. Le Ras Beyrouth des années 60 n’a déjà plus rien à voir avec celui du début du siècle dernier. Il en sera ainsi, je pense, entre aujourd’hui et 2050.
Historiquement et géographiquement, il est sans doute difficile d’accepter ou de prévoir une cité-musée. Une ville qui préserve et archive son passé. Notre force réside plutôt dans le patrimoine oral, intangible, dans le hakawati, le conteur… Nous sommes une nation de commerçants. Un peuple passionné, intense, vibrant, flexible et versatile, et qui sait s’adapter à tout. Soyons fiers de l’effet que nous avons sur la ville, et apprécions ses changements de facettes qui permettent un voyage unique dans le temps et l’espace.


Photo Carla Henoud

*Il a sillonné les rues de Beyrouth à pied, plongé dans ses entrailles, pour y décrypter les vrais noms, avant que des coïncidences, des (mauvaises) habitudes, ne les aient changées. Bahi Ghubril en a constitué des plans, des cartes, des guides et un label : Zawarib Beirut. Il devient ainsi, un samedi sur deux, le guide des lecteurs de « L’OLJ », irréductibles amoureux de cette ville aux mille parfums.

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