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Joe Achkar et Michel Charrière, le XVIIIe siècle chevillé au corps et au cœur

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L’Orient-Le Jour
Jeudi 07 septembre 2017 | Le Commerce du Levant | Boutique

Le duo Michel Charrière, à gauche, et Joe Achkar. Photo DR

RENCONTRE
Le tandem libano-français est chargé de restituer le garde-meuble royal de Louis XV et Louis XVI, patrimoine dispersé lors de la Révolution.
May MAKAREM | OLJ07/09/2017

Joe Achkar et Michel Charrière sont un duo de restaurateurs de palais et de résidences prestigieuses. Leur vaste connaissance des ors et décors des siècles passés et leur goût pour l’authenticité historique ont amené le président du Centre des monuments nationaux (CMN) Philippe Bélaval à leur confier la mission de recréer l’intérieur de l’ancien garde-meuble de la couronne, occupé après la Révolution par le ministère de la Marine, place de la Concorde. D’où son nom : hôtel de la Marine.


L’hôtel de la Marine, place de la Concorde. Photo DR

Construit sur ordre de Louis XV par l’architecte du Petit Trianon, Ange-Jacques Gabriel, l’édifice, qui a abrité l’administration chargée de commander le mobilier, les objets d’orfèvrerie, les bronzes et autres trésors de la monarchie, illustrait le faste et le goût officiels du XVIIIe siècle. Les sondages préalables aux travaux ont dévoilé des peintures, des stucs, des boiseries et des dorures « aussi somptueux que ceux de Versailles. Ils sont restés intacts. Malmenés, mais intacts, malgré la Révolution », précise Michel Charrière. « On est en présence d’un des rares bâtiments appartenant à la couronne qui a conservé tous ses décors d’origine », ajoute Joe Achkar.
À l’inverse de Versailles, pillé par les révolutionnaires, « le contenu du garde-meuble a été entreposé dans le Muséum, aujourd’hui Meuble national ». Pour restituer son décor d’origine, Joe Achkar et Michel Charrière s’appuient sur « 900 pages d’inventaires conservées aux Archives nationales, qui fournissent la description des meubles et des objets, ainsi que leur emplacement d’origine. On sait même que les rideaux étaient cousus dans des tissus gros de Tours, brodés de fil d’or ou d’argent. Les documents nous ont permis de lancer le processus de recherche et de localisation de ce trésor dispersé entre l’Élysée, les ministères et les administrations publiques ». Achkar et Charrière soulignent que la Première dame, Brigitte Macron, a déjà donné le ton en restituant « à perpétuelle demeure » un canapé et deux fauteuils estampillés Georges Jacob.

Table volante
Néanmoins, toutes les pièces ne sont pas récupérables. Ainsi, le lit et les sièges de la chambre d’un des intendants ont été acquis par le musée de Boston. Car il faut savoir que certains d’entre eux, dont Pierre-Élisabeth de Fontanieu et son successeur Thierry de Ville-d’Avray, ont vécu dans « un luxe inouï ». Non seulement ils puisaient dans les réserves des collections de la couronne, mais ils faisaient leurs propres commandes chez les fournisseurs des résidences royales, comme Georges Jacob, H.R. Riesener, Jérémie Delaroue et Lescuyer. « Leurs appartements rayonnaient par la magnificence du mobilier qui s’y trouvait, la somptuosité des objets, des tapisseries et des textiles qui s’y déployaient », signale Joe Achkar.
Les deux décorateurs sont notamment émerveillés par la découverte du dispositif d’une « table volante », commandée pour Louis XV. Mais ce dernier, tout roi qu’il était, l’estimant trop onéreuse, avait renoncé à l’installer au Petit Trianon. Pierre-Élisabeth de Fontanieu l’a alors utilisée pour son usage personnel. « Actionnée par des poulies, la table descendait dans les cuisines en passant par le plancher découpé ; les domestiques y disposaient couverts et plats ; puis elle remontait dans la pièce du haut et le plancher se remettait en place. »
Ouvert au public les premiers mardis du mois, le garde-meuble était devenu au XVIIIe siècle « le premier Salon des arts décoratifs en Europe », souligne Joe Achkar. Supprimée après la Révolution, l’administration renaît en 1800 avec la vaste politique de réaménagement des palais entreprise par Napoléon. L’hôtel occupé ensuite par le ministère de la Marine a conservé d’importants décors et objets du XIXe siècle.


Le projet de restauration des 11 maisons à Jounieh. Photo DR

Et 11 maisons à… Jounieh
Bardé du prix d’architecture de l’Institut de France en 2011, le duo franco-libanais n’est pas à son premier essai. Féru d’histoire, il s’est fait un nom international en ressuscitant des demeures prestigieuses : le Palazzo Bernardo à Venise ; la maison de l’illustre grammairien de Saussure (1704) à Genève ; l’ancien hôtel Mégret de Serilly à Paris (XVIIe siècle, inscrit sur la liste des monuments historiques) et des palais du XIVe siècle à Alep. Réveiller « l’esprit des lieux » est leur base de travail. « Nous ne faisons jamais de concessions, ni en ce qui concerne la qualité d’un décor ni celui des objets. Meubles ou tableaux, tous sont d’origine, ou du moins de la même époque. Tout doit être cohérent. » C’est dans cet esprit qu’ils ont conçu, à la demande de Shéhérazade et Rachid Rizk, les plans de restauration de « 11 maisons d’armateurs », construites au XIXe siècle sur la plage de Jounieh. Dans le lot, un caravansérail et une grande demeure qui a conservé ses décors et peintures murales, précise Michel Charrière. Le projet est actuellement en suspens en raison de la conjoncture régionale.
Joe Achkar et Michel Charrière, qui se posent de temps à autre au Liban, dans leur « palais ottoman » à Hosrayel, sur les hauteurs de Jbeil, sont basés en France. Leur résidence parisienne n’est autre que l’ancien hôtel particulier du duc de Gesvres, gouverneur de Paris sous Louis XIV, où un long et minutieux travail de restauration a permis de dégager des décors surprenants et même un cabinet datant de 1680, qui a fait un tabac dans la presse française. Leur acquisition, en 2014, du château de Ravel datant du XIIe siècle, une des perles architecturales du Forez, en Auvergne, en impose tout autant. Une forteresse royale… pour talents en or.

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